Césaire (Joseph) KARL – 1863-1931

Scherwiller, 1930.

« Vous avez été mille fois trop aimable et votre cher petit mot m’a tout
ému. Il m’est arrivé la veille du jour fixé pour mon départ pour
Scheidegg où je devrais m’installer, suivant le désir du P.
Gervais Quenard. Le lendemain j’ai dû me mettre entre les
mains du dentiste, ce qui ne me va pas du tout. J’avais cru que tout se
terminerait en une séance, j’en suis à la troisième et ce n’est
pas fini. Je suis à cheval sur le Rhin que je franchis
régulièrement deux fois par semaine. Le Frère Marie- Hubert,
votre petit diable, est venu nous voir en costume militaire,
le 26 décembre. Toute la famille s’est bien amusée de
vos aimables réflexions, d’autant plus que tout le monde a
conservé un bien affectueux souvenir de votre séjour à
Dinshelm. Je compte m’installer à Scheidegg très
prochainement, c’est-à-dire aussitôt que je pourrai quitter
ici, car le courrier de ces jours est fort volumineux et
important. Le P. Benoît Moll est donc parti pour l’éternité sans
voir un seul de ses plans se réaliser ».

P. Césaire Kayser.

Religieux de la Province de Lyon.

Un missionnaire, rude et infatigable.

Joseph Kayser est né le 15 novembre 1863 à Dinsheim (Bas-Rhin), en Alsace. Il fait ses études secondaires au collège de Matzenheim et, à 19 ans, connaît l’Assomption, dit-on, par l’intermédiaire d’un religieux de l’ Orient, sans doute le P. Antoine Silbermann, alsacien de passage dans son village. Une de ses s?urs entrera elle-aussi, à son tour, dans la famille des Petites-S?urs de l’Assomption. Devenu Allemand en 1870, le jeune Joseph dont les papiers ne sont pas en règle, saute dans un train à Avricourt (Moselle) pour passer la frontière et échapper aux investigations de la police, départ irrégulier qui ne sera pas sans conséquences. Il gagne l’alumnat de Mauville (Pas-de-Calais) où il recommence une partie de ses études (1882-1884). Le 8 septembre 1884, il prend l’habit à la communauté de la rue François 1er Paris, sous le nom de Frère Césaire, avant de gagner le noviciat en Espagne, à Osma. Il est reçu à la profession perpétuelle, le 18 septembre 1886, à Avila, et se lie d’amitié avec le futur P. Alfred Mariage, futur supérieur de la mission d’Orient où le Frère Césaire rêve d’être envoyé. La formation philosophique et théologique du Frère Césaire, sui generis, se fait sur le tas. Le P. Joseph Maubon, supérieur à Koum- Kapou (Turquie), supervise l’initiation du Frère Césaire aux sciences ecclésiastiques alors même que ce dernier est, sur place, directeur de l’école- séminaire (1886-1891). Le Frère Césaire est ordonné prêtre le 28 décembre 1888 à Constantinople par Mgr Bonetti. Très robuste de constitution, servi par une excellente mémoire, parfaitement bilingue (français-allemand), le P. Césaire apprend le turc très rapidement si bien qu’il peut prendre la direction de l’école de Brousse (1891-1894). A cette époque, des ingénieurs anglais, français et allemands prospectent la région

et découvrent un gisement de chrome à Sultan-Chaïr, près de la presqu’île de Cyzique. Les ouvriers catholiques souhaitent la présence parmi eux d’un aumônier et tout naturellement le P. Césaire va s’établir au milieu de cette colonie européenne perdue dans les déserts d’Asie Mineure (1894-1895). La construction de la voie ferrée Constantinople-Bagdad le pousse à fonder un poste de mission à Eski-Chéïr dont il est supérieur de 1894 à 1905. Il y soutient aussi la petite communauté d’Oblates qui, contre vents et marées, dirigent une petite école qui a le don d’exciter le fanatisme du kaïmalan, gouverneur de la ville. Le soutien de l’ambassadeur français, M. Paul Cambon, est efficace pour obtenir le remplacement du gouverneur par un successeur plus libéral, Réchid Bey. Sans cesse le P. Césaire multiplie des voyages en Europe pour trouver des ressources et organiser une école avec internat et et externat. Expansif, joyeux, volontiers aventurier, il réussit même avec l’obtention d’un firman officiel, à faire construire une église paroissiale à Eski-Chéïr. N’a-t-il pas déjà pu obtenir en 1891 par des démarches répétées auprès de la chancellerie de Guillaume Il sa réintégration dans ses droits de citoyen allemand, éviter sa condamnation à une peine de prison de 50 jours et obtenir son exemption de service militaire? En plein pays musulman, le P. Césaire ne craint pas d’organiser pour la Fête- Dieu des processions sur la voie publique que les Turcs médusés appellent Gul-Baïram (fête des roses)? En 1896, n’a-t-il pas connu la prison pour avoir porté secours à un groupe d’Arméniens molestés par les Turcs? Il est vrai que son Oecuménisme pratique lui fait scolariser sans distinction toutes les composantes de la population et son dévouement sans frontière lui conquiert bien des sympathies. En 1905, le P. Césaire est rappelé en Alsace: le P. Emmanuel Bailly le charge d’établir, dans tous les diocèses limitrophes du Rhin de langue allemande, l’Archiconfrérie de Notre-Dame de l’Assomption. L’ancien missionnaire s’installe dans son pays natal, Dinsheim, et fonde le bulletin allemand Missionen. La guerre de 1914- 1918 l’éprouve: il comparaît 17 fois devant le Conseil de guerre à Strasbourg tandis que son compagnon, le P. Léonard Tardy est interné en Allemagne. Après la grande guerre, il a la grande joie de recevoir comme ordre de mission le soin de découvrir un terrain et une maison pour établir l’Assomption en terre alsacienne. La Providence lui fait rencontrer au cours d’un voyage la famille Meyer de Scherwiller qui met à sa disposition leur maison de famille qui va devenir le berceau d’un nouvel alumnat, où réside le P. Césaire à partir de 1925. Ses quêtes incessantes lui valent des difficultés avec l’évêque de Strasbourg, Mgr Ruch qui demande la fermeture du poste de Dinsheim. Il est question de l’éloigner à Scheidegg, en voie de fondation. Malade, le P. Césaire est soigné à la clinique Sainte-Odile de Strasbourg. Il y meurt le 18 septembre 1931, à 68 ans, usé par les fatigues d’une vie missionnaire ininterrompue. On a pu contester parfois le zèle intempestif du P. Césaire, on n’en admire pas moins sa générosité apostolique et son dévouement d’un désintéressement absolu pour sa propre personne. Mgr Ruch, oublieux d’un passé orageux, tient lui-même à le bénir sur son lit de malade à l’hôpital. Le 22 septembre, le P. Césaire est inhumé dans son village natal, à Dinsheim.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1931, n° 408, p. 249; n° 409, p. 258-259; n° 410, p. 265-268. L’Assomption et ses CEuvres, 1932, n° 374, p. 146-148. Missions des Augustins de l’Assomption, 1931, n° 352, p. 562-567. Notice biographique du P. Césaire Kayser par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Vers l’Autel (bulletin de Scherwiller), 1931, n° 57, p. 82-89 (texte allemand). Lettre du P. Césaire Kayser au P. Ernest Baudouy, Scherwiller, 31 décembre 1930. Dans les ACR, du P. Césaire Kayser, correspondances (1887-1927), rapports sur Dinsheim (1908-1917), sur Scherwiller (1920). On trouve dans les Missions des Augustins de l’Assomption de nombreuses chroniques et nouvelles des séjours du P. Césaire en orient. Scherwiller, au pays de Sainte-Odile : cf L?Assomption et ses ?uvres, 1956, n° 511, p. 6- 10.