Chérubin (Joseph-J.-Francois) ARTIGUE – 1889-1964

Le P. Chérubin, victime d’un escroc.

« Je vous écris mon Père pour que vous ranimiez le courage d’un homme mal
heureux: j’ai prêté le 10 de ce mois (avril
1958) une somme de 450.000 cruzeiros, soit 1.700.000 francs. Nous ne
pouvons plus guère douter que nous avons été roulés par un bandit. Il
venait, à la suite d’un vœu,
nous donner 10% de sa récolte de café en argent. Il montrait
et me laissait en mains la licence de toucher ici même à Rio à la Banque du
Brésil. Après plusieurs courses que je fis avec lui en auto, à la Banque, à
l’Institut du café, au Ministère des Finances, il m’a
demandé de l’aider à payer des impôts qu’i 1 n’avait pas prévus… Dernière
condition pour être payé et nous donner notre part qui montait à
728.000 cruzeiros ainsi que la fourniture d’un ascenseur. Il a disparu
soudain et nous n’avons pu lui mettre la main dessus. Le pire dans cette
affaire est que notre alumnat d’Eugenopolis pourrait avoir à souffri r de
cette perte. Pardonnez moi, mon Père, je ne perds pas ma confiance en dieu,
même en ces heures de
nuit où tout menace de devenir noir…. ».
Lettre du P. Chérubin au P. Dufoult, 23 avril 1958.

Religieux français, affilié à la Province de Bordeaux, en mission au Brésil.

Un pyrénéen dans le monde.

Joseph est né le 2 août 1889 à Cadéac dans les Hautes-Pyrénées, au diocèse de Tarbes. Il connaît l’Assomption à l’alumnat du Breuil (Deux-Sèvres) de 1900 à 1903 et à celui de Taintegnies (1903- 1905). Il prend l’habit religieux le 13 septembre 1906 à Louvain, il y poursuit ses études de philosophie (1907-1910) et se rend à Jérusalem pour sa théologie (1912-1914) qu’il termine de 1914 à 1916 à Rome où il est ordonné prêtre le 3 mai 1915. Il se fait connaître comme un homme gai, spirituel et travailleur, prenant plaisir à mystifier les autres.

Les premières armes: l’enseignement et la presse.

Il a commencé par un des temps d’enseignement à l’alumnat de Bure en Belgique (1910-1911) puis à celui de Taintegnies (1911-1912). Il continue à Vinovo, près de Turin (1916-1919). Ses supérieurs l’envoient alors à la Bonne Presse au service des éditions et de la bibliothèque pendant seize ans (1919-1933). En 1933 c’est lui qui compose, anonymement, le célèbre ouvrage illustré: Les grands jours de la Rédemption.

Fondateur au Brésil: 1935-1936.

Au départ il est envoyé en Argentine pour fonder un journal à Buenos-Aires (1933), l’Assomption ayant été sollicitée sur place en ce sens par le cardinal Copello. Entre temps, les projets changent et il se retrouve à Rio-de-janeiro au Brésil où le cardinal Leme lui demande d’abord de se ‘brasiliser’ et de trouver du terrain en dehors du centre ville pour établir une chapelle publique. Il est secouru par l’arrivée de trois autres religieux, les PP. Dugachard, Crispin et Quirinus, et ils se mettent à vivre de petits travaux sur place,

Notices Biographiques A.A Page : 91/91 ayant trouvé en aout 1936 un pied-à-terre indépendant rue Paisandu n° 223. Le P. Chauvin, supérieur, arrivé en renfort à la place du P. Dugachard que le climat anémiait, trouve les terrains nécessaires à la construction d’une grande église, dans le quartier Flamengo. En 1940, la maison des religieux est terminée et l’église commencée, mais le P. Chauvin meurt rapidement le 27 février 1941 des complications d’une opération. Bien qu’il ne se sente pas la vocation d’un curé bâtisseur, le P. Chérubin mène à bonne fin le chantier de l’église, avec la ténacité qui le caractérise. Le 28 aoùt 1944, l’église de la Très sainte Trinité est solennellement consacrée et le P. Chérubin installé comme premier curé d’une paroisse à construire. Il va donner pour cette fondation la mesure de patience et d’énergie qui particularise les pyrénéens. Il orne l’église de 21 vitraux consacrés aux saints pour lesquels sa dévotion est sans bornes.

En 1948, il désire souffler un peu. Le P. Labialle le remplace dans ses fonctions, ce qui permet au P. Chérubin de prendre des vacances en France, la première fois depuis 1935. Rentré au Brésil en juillet 1948, reçu en triomphe par ses paroissiens qui avaient cru le perdre, il va vivre désormais à l’ombre du sanctuaire, dans le secret du confessionnal, les vingt-neuf années qui lui restent …

Les derniers jours.

Miné par le diabète, de plus en plus écrasé d’infirmités, mais toujours vaillant à son poste, le P. Chérubin, canne à la main, prêche, confesse et dirige des heures durant, lui dont la voix chevrote et la main tremble depuis un accident d’enfance. Ami des livres et de la presse, il trouve dans le ministère paroissial auquel rien ne l’a préparé la grâce d’un dynamisme hors pair qui ne va être arrêté que par la maladie. Les quatre dernières années (1960-1964), il est obligé de se ménager. Il tombe de sa chaise dans sa chambre, le col de fémur cassé: cet accident précipite sa fin. Il meurt le 26 mars 1964 à Rio où il est inhumé.

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Bibliographies

Bibliographie documentation B.O.A. juin 1964, p. 74-75. Lettre à la Famille 1964, p. 584-587. A travers la Province (Bordeaux), mars 1964. Le P. Chérubin a donné de nombreux articles sur l’Assomption à Rio-de-janeiro dans la revue L’Assomption et ses œuvres, la Lettre à la dispersion et à la Famille (de 1936 à 1944): ex. en 1936, n° 420, p. 911, en 1937, n° 433, p. 522-523…. Les archives ont gardé de sa correspondance entre 1913 et 1960, celle adressée aux responsables de la Congrégation: supérieurs et assistants généraux.