Chérubin (Séraphin) PIRAUD – 1876-1896

Miribel. « Le Frère Cherubin Piraud, ancien aluministe de
Miribel-les-Echelles, profès de prernière année et étudiant à Rome, vient
de nous être ravi après quelques jours de maladie. Il y a trois semaines à
peine, le P. Emmanuel Bailly me priait de recevoir le Frère Chérubin, jugé
très sérieusement malade. Il nous arrivait le vendredi soir 21 février. Il
était plein de joie de se retrouver au berceau de sa vocation. Dès le mardi
soir, 25 février, il se sentit plus
fatigué. Dans la nuit, il eut un violent vomissement de sang qui se
renouvela le lendemain. Le jeudi matin son état nous parut si inquiétant
que nous crûmes bon de lui donner les sacrements. Dès le soir, un délire
calme commençait et, le vendredi matin, il perdait complètement l’usage de
la parole, de la vue et de l’ouie. A partir de ce moment, nous eûmes à
soigner presque un cadavre. Des forces factices nous donnèrent un instant
un peu d’espérance. Aussi est-ce avec surprise que, hier au soir
[3 mars], mardi, à six heures et un quart, nous vîmes sa respiration
devenir pénible…
A peine eûmes-nous le temps de réunir la communauté à la chapelle qu’il
rendait son âme à Dieu. Les obsèques auront lieu vendredi 6 mars à l’église
paroissiale ».

Notices Biographiques A.A

Religieux français, profès in articulo mortis. Un jeune religieux. Séraphin Piraud voit le jour, le 22 novembre 1876, jour de la fête de sainte Cécile, au Touvet (Isère). Toute sa vie, pourtant brève, ü se fait remarquer pour sa belle voix, sorte d’hommage continu à la patronne des musiciens. En septembre 1888, grâce à l’aide du curé de sa paroisse, il peut entrer à l’alumnat de Miribel-les-Echelles (Isère). Bon camarade, d’un tempérament doux et attentif, il cherche à ne faire de peine à personne, comme le montre cette anecdote d’une candide naïveté: un des religieux de la maison, confesseur du jeune Séraphin, remarque qu’il ne se présente seulement qu’une fois toutes les trois semaines, alors que la confession est un exercice hebdomadaire. Il s’informe auprès du jeune Séraphin et s’entend répondre qu’il s’adresse à tour de rôle, à chacun des religieux de la maison, pour ne faire de peine à personne; En septembre 1892, Séraphin quitte Miribel pour l’alumnat de Brian (Drôme) où se font les humanités. En août 1894, il prend la décision de choisir la vie religieuse à l’Assomption, malgré les pressions familiales, et d’entrer au noviciat. Le 9 août, à 18 ans, il prend l’habit à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), échangeant son nom de Séraphin en celui de Frère Chérubin, restant toujours dans le registre angélique. Jeune homme simple, direct et naïf, il n’a pas peur cependant de dire à chacun ses quatre vérités, mais sans méchanceté. Souvent taquiné par ses confrères, il sait répondre par quelques traits vifs et pénétrants qui font mouche. La première année de noviciat terminée, il prononce à Livry ses premiers vœux annuels en août 1895. Cependant, déjà son état de santé inspire quelques inquiétudes à ses supérieurs. Les médecins le soignent depuis longtemps pour une possible maladie du foie, mais les remèdes demeurent sans grand effet. On songe alors à l’envoyer sous un climat plus doux. A.A En novembre 1895, Frère Chérubin gagne la Ville Eternelle et, la veille de son départ, il interprète de sa belle voix chaude et harmonieuse un chant d’adieu: « Adieu, joyeux Livry que j’aime, demeure bénie où ma voix heureuse a chanté tant de fois la louange du Dieu suprême. Une autre terre me réclame. Adieu, Livry, je vais partir. Je vais partir, mais dans mon âme, j’emporterai ton souvenir ». A Rome, le Frère Chérubin se met dès les premiers jours avec ardeur à l’étude de la philosophie, mais bientôt il doit s’arrêter et prendre du repos, sur ordre médical. Un Père Capucin, le P. Marie-Antoine, présent au pèlerinage national de Lourdes, a remarqué le Frère Chérubin dans le groupe des religieux qui animent les célébrations liturgiques et il a prophétisé devant lui: « Cet enfant-là n’est pas destiné à rester longtemps sur la terre, il est fait pour le ciel et ne tardera pas à y aller’. Pendant son court séjour à Rome, le Frère Chérubin a la joie de visiter les grandes salles des musées du Vatican et d’apercevoir l’auguste figure du pape Léon XIII. Le 20 février, il célèbre encore avec ses frères la fête de son saint patron, le Bienheureux Chérubin d’Aviliane, mais le soir même il est envoyé à l’alumnat de Miribel-les-Echelles. Il reste gai et aimable, comme à l’habitude, et songe, à peine arrivé, à apprendre des chants aux alumnistes. Il supporte avec beaucoup de patience les progrès très rapides de son mal, la tuberculose, répondant à toutes les demandes de son entourage avec cette formule invariable: ‘Comme vous voudrez’. Il prononce ses vœux perpétuels in articulo mortis. Les anges l’emportent au paradis, le 3 mars 1896. Il a achevé ses 19 ans et vient d’entamer sa 20ème année. Il est inhumé au cimetière de Miribel, le 6 mars suivant. Ses compagnons de noviciat, profès perpétuels en août 1896, gardent son souvenir fraternel en composant un chant à son intention : « Ce frère était beau comme un ange; il portait un nom bienheureux, il était droit et sans mélange, simple et pur, fleur digne des cieux. Un jour la mort lui dit. c’est l’heure! et le Chérubin s’envolai Il est dans la sainte demeure.. Il aurait dû se trouver là ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Souvenirs, 1896, no 247, p. 73; no 17, p. 266-367; no 18, p. 281-282 (lettre citée du P. Alype Pétrement, Miribel, 4 mars 1896. Lettre à la Dispersion, 1910, no 68, p. 271-272. L’Assomption, 1898, no 17, p. 266-267 et no 18, p. 281-282. Le Petit Alumniste, avril 1896. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Notices Biographiques