Christophe (Roger) JARROUSSE – 1908-1995

Pèlerinages.
« Nous avons reçu votre lettre circulaire précédant le Chapitre général.
Nous vous en remercions, mon compagnon et moi, soyez assuré que nous
suivons fidèlement vos consignes. Je dirai prochainement la messe au
Saint-Sépulcre à toutes vos intentions, à celles de la Congrégation et du
chapitre général. Nos pèlerins qui sont ici en général des âmes déjà
ferventes et toujours pleines
de bonne volonté, seront associées à ces grandes intentions. Je m e permets
de joindre à ma lettre le programme de notre pèlerinage en avion. Sollicité
il y a deux ans par la K.L.M., j’ai fait un sondage parmi mes Pèlerins du
Nord. Ce dernier s’étant révélé positif, avec le concours de la rue
Bonaparte, nous avons organisé ce pèlerinage en période creuse qui nous
permet des conditions à peu près égales à la classe touriste en bateau et
qui a l’immense avantage de nous faire trouver à Jérusalem en période un
peu creuse favorisant le recueillement.
Les pèlerins de l’an dernier ont été unanimes à nous demander de continuer
la formule. Les
30 pèlerins de l’an dernier, les
48 de cette année ne font pas ralentir le rythme des inscriptions pour les
autres pèlerinages en Terre Sainte».

Religieux de la Province de France.

Autobiographie.

« Je suis né le 26 janvier 1908 à Paris où j’ai été scolarisé à la communale, rue Dupleix. Puis j’ai tenté ma chance à l’école d’horticulture de Saint-Ilan (Côtes-du-Nord) de 1921 à 1924. Vocation tardive, j’ai connu de 1929 à 1932 l’alumnat de Saint-Denis, Boulevard Ornano. Novice aux Essarts le 2 octobre 1932, j’ai reçu le nom de Frère Christophe et j’ai prononcé mes premiers vœux, le 3 octobre 1933. Profès perpétuel à Lormoy le 3 octobre 1936, j’ai été ordonné prêtre le 26 février 1939. Fin juin 1939, j’ai obtenu une licence en théologie à Strasbourg (Bas- Rhin). En septembre 1939, j’assiste le P. Hurtevent à Montlhéry et j’ai préparé avec succès mon admissibilité au doctorat à Clermont-Ferrand où s’est repliée l’Université de Strasbourg fin juin 1940. D’octobre 1940 à juillet 1941, je suis professeur de philosophie et de droit canon à Lormoy. En septembre 1941, je reçois ma nomination de professeur à la chaire de théologie morale à Lormoy: mais j’assure le remplacement paroissial du P. Marie-Michel Cornillie à Montlhéry parce qu’il est recherché par la Gestapo. Mon travail pastoral m’empêche de rédiger ma thèse. En 1945 s’y ajoute la charge de l’aumônerie militaire des Camps légers de Montlhéry. Durant l’été 1951, la maison du Bizet est réouverte et, malgré mes objections, le Provincial m’y envoie. Que d’obstacles j’ai dû surmonter! A la rentrée d’octobre 1951, 11 élèves se présentent. A leur service, 6 religieux! En 1952, la maison est fermée et je m’occupe d’octobre 1952 à mars 1953 à prêcher des retraites dans le Nord. En avril 1953, je suis envoyé à Lille, rue de la Digue pour organiser le pèlerinage national. La maison n’a que des dettes, le pèlerinage de 1953 est annulé à cause des grèves de la S.N.C.F.! En septembre 1954, je suis opéré d’un décollement de rétine.

Le P. Bélard me laisse à Lille avec la consigne de f aire ce que je veux et ce que je peux! C’est alors que je me lance vraiment dans l’organisation de pèlerinages. En 1964 j’ai même l’occasion de faire le tour du Népal. Je constate que les pèlerins touristes sont spirituellement motivés dans la découverte d’autres religions et que, mis en présence de situations d’extrême pauvreté, ils comprennent mieux la nécessité de l’aide au Tiers-Monde. Une guide japonaise me dit dans son discours d’adieu: « En passant quinze jours avec vous, j’ai vu que vous n’étiez pas un groupe comme les autres. Je connaissais la religion catholique de l’extérieur. Avec vous, j’ai vu son âme». Pendant 27 ans, avec l’aide du P. Camille Marsin, à partir de 1963, j’ai organisé, animé et dirigé des pèlerins vers tous les grands centres mariaux. Avec le bénéfice, nous avons pu faire face à l’entretien de notre maison et, même, agrémenter le paiement de nos redevances de quelques dons non négligeables. En décembre 1980, j’ai été mis à la retraite et j’ai gagné Sceaux où j’ai toujours gardé des relations avec mes anciens pèlerins. En septembre 1987, j’ai été transféré à la maison de repos de Saint-Sigismond (Savoie). Au fond je suis un professeur qui ai dû renoncer à ma carrière et accepter toute ma vie des missions impossibles. Mais les desseins de la Providence m’ont attaché profondément à la maison de Lille et m’ont permis de la conserver à la Congrégation ».

Crépuscule.

L’éloignement de Paris et l’inactivité liée aux misères de l’âge coûtent beaucoup au P. Christophe qui ne songe encore à 80 ans qu’à voyager. Depuis mai 1994, il ne peut plus marcher, il souffre d’escarres et passe par des périodes de totale inconscience. Hospitalisé à Albertville quelques semaines plus tôt, il y meurt dans l’après-midi du 7 décembre 1995. Le 11 décembre, le P. Justin Senger préside la cérémonie des obsèques. L’homélie est assurée par le P. Camille Marsin, son ancien et fidèle collaborateur. Le P. Christophe est inhumé au cimetière de Chiriac, aux portes d’Albertville.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (VI) 1994-1995, p. 151-153. Assomption-France, Nécrologie année 1995, p. 343-346. Lettre du P. Christophe Jarrousse au P. Wilfrid Dufault, Lille, 25 février 1964. Dans les ACR, du P. Christophe Jarrousse, correspondances (1940-1968), rapports sur Montlhéry (1946-1951), sur Le Bizet (1951-1952), sur Lille (1952-1960).