Colomban (Pierre-Joseph) VIALA – 1878-1947

Tunis, 1938.

« Je viens de remettre votre lettre à qui de droit. La réflexion que M.
l’abbé Commermond (?) a faite tout de suite: ‘Où a-t-il trouvé cette raison
que nous avions des difficultés à changer le curé et le vicaire? Nous n’en
avons aucune’. Cette décision est on ne peut plus regrettable à mon avis.
Nous avions tellement promis, on avait accepté toutes nos conditions et au
dernier moment nous nous dérobons… C’est désastreux pour notre avenir en
Tunisie. On n’aura plus confiance en nous.
J’ignore comment à l’archevêché on acceptera cela. Je ne sais où se trouve
le P. Eusèbe [Lavigne]. Il aurait mieux valu enlever un
religieux de Bellevue et l’envoyer à Gabès. A trois on pouvait facilement
se débrouiller en supprimant quelques messes. Mgr Lemaître sera ici avant
le 15 septembre. Que le P. Eusèbe y soit avant.

Bien à vous en Christ.

Colomban.

P.S. Je ne comprends pas que le P. Eusèbe n’ait pas insisté énergiquement
auprès du P. Gervais [Quenard] ».

Religieux de la Province de Lyon. Un vaillant missionnaire de l’Assomption. Pierre-Joseph Viala est né le 8 mars 1878 à Estables, en Lozère, dans le diocèse de Mende. C’est à l’alumnat de Notre-Dame des Châteaux (Savoie) que s’éveille et se fortifie sa vocation d’adolescent (1890-1894), puis à l’alumnat de Brian (Drôme), où il accomplit ses humanités de 1894 à 1896. Le 6 septembre 1896, c’est à Livry (Seine-Saint-Denis) qu’il prend l’habit religieux sous le nom de Frère Colomban, mais c’est au noviciat de Turquie, à Phanaraki, qu’il prononce ses premiers vœux le 6 septembre 1897, entre les mains du P. Félicien Vandenkoornhuyse et ses voeux perpétuels au même, à la même date, l’année suivante. Le P. Picard comprend que ce jeune religieux donnera sa pleine mesure dans les oeuvres d’Orient, aussi l’envoie-t-il pour un premier contact aux portes de la Bulgarie, à Andrinople, au service de l’alumnat de rite slave, Karagatch (1899-1902). Vient le temps des études ecclésiastiques, les années de philosophie et de théologie partagées entre Kadi-Keuï (Istanbul) de 1902 à 1905, Phanaraki (1906) et Notre-Dame de France à Jérusalem (1907) où il est ordonné prêtre le 9 mai 1907. On y a gardé longtemps le souvenir de ses réflexions savoureuses, marquées au coin d’un bon sens lozérien, de son ton facilement bourru dans la conversation, mais aussi de son dévouement et de son cœur d’or. Le P. Picard lui assigne alors comme champ d’apostolat pour jeune missionnaire averti, l’école paroissiale de Koum-Kapou à Istanbul, charge qui est la sienne quatre années durant (1907-1911). Puis vient le temps d’une pleine activité au collège de Varna en Bulgarie où beaucoup d’élèves peuvent reconnaître en ce religieux les qualités d’un dévouement et d’une disponibilité rarement égalés. Il sait donner aux jeunes Bulgares le meilleur de son âme missionnaire (1911-1922), Page :311/311 sauf durant les années de guerre durant lesquelles, mobilisé, il exerce son ministère sace1rdotal auprès des soldats du corps expéditionnaire dans les montagnes de Serbie ou dans les hôpitaux de Salonique. L’après-guerre voit imprimer un autre tour à son activité apostolique. Pendant trois années, on lui demande de reprendre la mission de Koum-Kapou (1931-1934), mais avec la perspective de sa suppression. La fermeture du collège de Varna lui est un deuxième coup très sensible. D’une rive de la Méditerranée à l’autre. Ses Supérieurs Majeurs ménagent au vaillant missionnaire l’illusion de retrouver un peu de son cher Orient sous le ciel ensoleillé de Tunis. Là, durant cinq ans (1934-1939), il exerce son ministère pastoral comme curé de la paroisse de Ben-Arous, dans la banlieue tunisienne. Son état de santé commence à donner des signes de fatigue et d’inquiétude. Le P. Maximilien Malvy, Provincial de Lyon et ancien condisciple en maisons d’études, lui assigne donc, à l’alumnat de Miribel-les-Echelles (Isère), la charge d’économe et, en plus de celle-ci, la fonction de vicaire de la paroisse. Il arrive dans les lieux en septembre 1939, dans les circonstances de la déclaration de guerre. On devine sans peine quelle dépense d’énergie il doit déployer pour assurer le ravitaillement d’une maison qui se trouve accueillir un supplément d’élèves, les alumnats de l’Est devant être provisoirement abandonnés. L’absence momentanée du curé de la paroisse, lui-aussi mobilisé, redouble ses peines. Cet homme, de rude apparence, sait cependant trouver des mots de réconfort qui trahissent un cœur délicat, des paroles où l’on peut discerner le bon sens de remarques pertinentes et des trouvailles d’expressions typiques. Il est le seul à ne pas s’apercevoir qu’il est devenu un vieillard prématuré. Après un temps de repos dans son pays natal, auprès de son frère prêtre, il revient à l’alumnat tout heureux à l’idée d’endosser ses tâches, mais il doit bientôt remettre ses fonctions entre les mains d’un plus jeune, le P. Boillot, revenu de sa grande campagne militaire. On confie alors au P. Colomban le courrier des bienfaiteurs. Le ler août 1946, il doit définitivement prendre congé du vieil alumnat pour la maison de repos de Lorgues (Var). C’est là qu’il meurt le ler février 1947, dans la chambre même d’un des économes qui l’ont précédé à Miribel, le P. Paul Curioz. Le P. Colomban Viala est inhumé à Lorgues. Page :312/312

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Famille, 1947, p. 129-130. Le Petit Alumniste, 1947, n° 663, P. 85-86. Missions des Augustins de l’Assomption, 1947, n° 486, p. 9-10. Lettre du P. Colomban Viala au P. Maximilien Malvy, Tunis, le 25 août 1938. La Mission A.A. en Algérie (1949-1963) et en Tunisie (1934-1964). cf Colloque sur la mission A.A., Valpré, novembre 2000. Du P. Colomban Viala, dans les ACR, rapports sur Koum-Kapou (1932-1933), correspondances (1907-1938).