Conrad (Jacques Joseph) GROENEN – 1892-1962

Portrait.
« Homme au courage tranquille, à l’esprit pétillant d’intelligence et de
malice, grand timide au large et accueillant sourire, le P. Conrad est
surtout un religieux modèle et un saint prêtre aimé de tout le monde. Homme
solide au moral comme au physique, que les événements les plus tragiques
n’ont jamais ébranlé. Ancien combattant de la guerre 14-18, il vit la
révolte des Bashu, puis l’époque non moins mouvementée de l’indépendance
congolaise, Sa présence seule a le don de nous rassurer. Aussi a-t-il tenu
à son poste jusqu’à la limite de ses forces physiques. Il est un religieux
d’une obéissance exemplaire. Quitter un poste dont on est le fondateur,
c’est un sacrifice qu’il faut avoir fait pour en connaître le prix, et il
a dû le faire plus d’une fois. Lui, l’ancien et le premier chef de la
mission, reçoit toujours avec lapsus grande déférence son jeune supérieur
qui vient lui apporter cette nouvelle et lourde croix. Il a la réputation,
méritée, d’aimer la discussion. L’esprit vif, il a la répartie fort aisée,
mais devant son supérieur, il est d’une simplicité charmante. Son esprit
d’obéissance émeut et émerveille, avec son calme, sa bonhomie son bon sens
légendaire.».

Conrad (Jacques Joseph) GROENEN

1892-1962

Religieux de la Province de Belgique, co-fondateur de la mission au Congo.

Débuts.

Jacques-Joseph Groenen est né le 2 mai 1892 à Houthalem, au Limbourg belge. Après ses études de grammaire à Saint-Trond, Zepperen (1904-1908) et d’humanités à Taintegnies (1908-1910), il prend l’habit, le 14 août 1910, à Gempe, sous le nom de frère Conrad et prononce ses premiers vœux le 15 août 1911. Après un an de professorat au nouvel alumnat de Bethnal Green (Londres), le Frère Conrad commence ses études ecclésiastiques à Louvain (philosophie, 1912-1914). La guerre interrompt son cursus: il est mobilisé d’août 1914 à avril 1919 comme brancardier dans l’armée belge. Il retourne à Louvain pour les études de théologie (1919-1923). Profès perpétuel depuis le 15 août 1912, il est ordonné prêtre le 5 août 1923 ;à Louvain par Mgr Wachter. Malgré les boutades, il garde le goût des études qui nourrissent la réflexion. Dans les séances théâtrales, il n’a pas son pareil pour déclencher l’hilarité, déguisé en valet de chambre. Au lendemain de son ordination, le P. Conrad est nommé professeur à Zepperen (1923-1929), mais son rêve, c’est de partir en mission lointaine.

Missionnaire fondateur au Congo.

Le 29 juillet 1929, il est désigné pour le Congo, en compagnie des PP. Henri Piérard, Baudoin Ponsaerts, Marie-Jules Célis et les FF. Ignatius Nelissen et Antonius Sanders. Ils s’embarquent à Marseille le 12 septembre et arrivent à Béni le 14 octobre suivant. Il écrit au P. Gervais Quenard: « je pense pouvoir vous assurer que dans ce coin perdu d’Afrique, nous travaillons à la tâche que la Congrégation nous confie avec le dévouement, l’obéissance et l’esprit surnaturel que le P. d’Alzon demande de ses religieux ».

Il se rend d’abord à Kimbulu avec le P. Marie-Jules Célis et le Frère Ignatius Nélissen, son compagnon inséparable. Ce poste de mission a été fondé en 1924 par les Prêtres du Sacré- Cœur. Vers la fin de l’année 1930, se prépare une autre installation à Muhangi où, comme jeune supérieur, le P. Conrad donne toute sa mesure, avec une joie et un zèle débordants. Le 29 septembre 1933, il peut y bénir la première pierre de la belle église Sainte-Marie. Le nom du P. Conrad, nommé vicaire provincial de 1934 à 1947, reste surtout attaché à Mulo: il est le fondateur du poste à Noël 1933. Pendant 14 ans, il s’y dévoue en l’organisant de fond en comble avec le Frère Ignatius: construction de l’église Sainte-Thérèse, d’une école de moniteurs où sont reçus les invités venus au sacre de Mgr Piérard (21 novembre 1938). A Mulo, l’hospitalité du P. Conrad n’est pas un vain mot, pour les visiteurs, les missionnaires moins fortunés, des Européens désemparés qu’il convie aux parties de bridge. En 1942, il a la douleur de perdre le P. Léopold Artus, foudroyé à 34 ans par un violent orage. Après un second congé en Belgique en 1948, l’obéissance le dirige à son retour sur Musienene. Les trois grands centres d’intérêt et de pratique missionnaires du P. Conrad sont le catéchuménat, la palabre et la construction, moyens par lesquels il poursuit une oeuvre d’évangélisation intense. Musienene doit au P. Conrad la construction d’un véritable hôpital de 300 lits, lui se contentant d’une hutte en matériaux provisoires. En 1955, le P. Conrad peut bénéficier d’une troisième congé en Belgique. A son retour au Congo, on lui confie des missions moins absorbantes: il devient aumônier de l’hôpital de Mutwanga. C’est là qu’il affronte les troubles consécutifs à l’indépendance du pays. Le médecin local lui conseille de rentrer en Belgique (juillet 1960). Après un court séjour à Borsbeeck, il trouve au noviciat de Taintegnies un havre de paix et de charité fraternelle idéal. Le 27 octobre 1962, il est hospitalisé à la clinique Saint-Georges à Tournai, puis transféré chez les Frères de la Charité à Beernem près de Bruges. Il y meurt le 10 novembre 1962. Ses obsèques sont célébrées le jeudi 15 novembre à Taintegnies par le P. Martial Ronvaux, Provincial. Il repose à Taintegnies, aux côtés du Frère Ignatius.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1963, p. 206. Lettre à la Famille 1963, n° 352, p. 410-412. Contacts, 1962, n° 136, 8 pages. Portrait du P. Conrad Groenen par le P. Martial Ronvaux (homélie des obsèques). Marc Champion, Religieux défunts 1929-1994, Province du Zaïre, Butembo, 1994, p. 11-13. Du P. Conrad Groenen, dans les ACR, correspondances (1915-1962), rapports sur le Congo (1946), sur Lubero et Mulo (1929-1938). On trouve dans L’Assomption et ses oeuvres (1930- 1936) des articles écrits par le P. Groenen sur la mission du Congo. Notices Biographiques