Corentin (Jean-Louis-Hervé) KERREC – 1884-1967

Lettre-testament.
« Vous n’avez sans doute jamais reçu de 1ettre de ma part et c’est pourquoi
je me fais une joie d’autant plus grande de vous adresser celle- ci. Quand
je jette un coup d’oeil en arrière, au soir de ma vie passée à l’Assomption
comme Frère coadjuteur, tout
d’abord mon c?ur déborde de joie et de reconnaissance envers la bonté de
Dieu. Oui, je suis content: il n’y a pas d’homme plus heureux que moi! Il y
a une chose que je comprends mieux maintenant, c’est que dans la vie
religieuse, une seule compte, prier Dieu, rechercher Dieu, vivre avec
Dieu.. Durant les nombreuses années vécues à l’Assomption, j’ai beaucoup
travaillé, du travail dur et pénible. Actuellement j’essaie encore
de rendre quelques petits services à la communauté, en veillant à maintenir
le parc le plus propre possible. Mais il m’a fallu des épreuves de santé,
survenues il y a deux ans, pour orienter ma vie encore plus sur le Bon
Dieu. Toute ma vie j’ai travaillé pour le Bon Dieu. Mais quand j’ai été
malade, j’ai décidé de ne plus rechercher que Dieu. J’ai pris la résolution
de tout changer, de renoncer même aux plus petits péchés. J’aime tous les
Pères et les enfants et la communauté ».

Religieux de la Province de Paris.

Une vie exemplaire de courage et de travail.

Jean-Louis-Hervé Kerrec nait le 10 septembre 1884 à Guengat, près de Douarnenez, dans le Finistère. Discret sur ses années d’enfance et de jeunesse, Jean-Louis a sans doute été scolarisé jusqu’à 11 ou 12 ans, puis occupé aux travaux agricoles dans la ferme familiale. A 27 ans, postulant à la vie religieuse, il se présente à Louvain, en février 1912. Le P. Yvon Le Floch, son compatriote, l’a sans doute orienté vers l’Assomption. Jean-Louis quitte sa famille, ses champs, sa région et un beau vélo qu’il vient d’acquérir grâce à ses économies. Il renonce aussi à un projet de mariage: « Elle me plaisait, je ne lui déplaisais pas ». Il reçoit l’habit religieux des mains du P. Merklen, le 15 août 1912, à Louvain, sous le nom de Frère Corentin. Il rejoint le noviciat à Limpertsberg (Luxembourg) et s’y trouve bloqué par la guerre jusqu’en 1919. jardinier attitré, il s’efforce de ravitailler en légumes une jeunesse que tenaille bien souvent la faim. En 1919, Limpertsberg est fermé: le Frère Corentin est envoyé à Rickmansworth. C’est là qu’il prononce ses premiers v?ux le 4 avril 1920 et ses v?ux perpétuels le 4 mai 1923. Le climat anglais ne lui convient guère, il contracte un asthme dont il va souffrir par périodes toute sa vie. Sa santé défaillante attire la compassion d’une paroissienne, Miss Turpin, qui chaque année, à l’automne, lui confectionne un tricot de laine que ses confrères appellent avec ironie ‘le tricot de Catherine’ En 1927, le Frère Corentin est nommé au Bizet qui va devenir sa maison pendant plus de 25 ans. De 1927 à 1939, il s’occupe de la cuisine et de la ferme. En 1939, il veille sur la propriété qui attire les voleurs. La maison du Bizet connaît entre 1940 et 1951 des heures difficiles: elle sert pour des réfugiés. Elle ne peut être soutenue par des versements financiers,

bloqués à cause de la guerre. Le Frère Corentin se soucie d’obtenir un rendement agricole maximum pour assurer le ravitaillement et marchander avec la vente des surplus. Le P. Vincent de Paul Grimonpont, son supérieur, ne tait pas son admiration pour le dévouement consciencieux et désintéressé du Frère Corentin. En 1952, prend fin un court essai de réouverture de la maison. En août 1954, le Frère Corentin doit se résigner, le c?ur gros, à abandonner l’ancienne maison et à gagner l’alumnat de Lambersart (Nord). Il reprend son travail, la culture du jardin, l’entretien du parc. Il personnifie le type même du frère convers mis en scène par Serge Bonnet dans son ouvrage le Frère aux vaches. On trouve chez lui cette même passion pour le travail bien fait, cette même ferveur pour la vie religieuse et cet attachement à la vie communautaire qui le lie de plein pied avec ses confrères, même s’il n’en partage pas la culture intellectuelle. C’est ainsi qu’il a plaisir à raconter souvent qu’il ne comprenait pas l’expression ‘amour-propre’, utilisée par son maître des novices: « je comprenais qu’un bon religieux doit se défendre de l’amour sale, mais pourquoi aussi de l’amour propre?. Je ne savais que lui répondre quand il me questionnait en rendement de compte pour savoir si je combattais mon amour-propre! ». Il demande un jour à son supérieur la permission d’écrire à ‘Elite’ Clause. Qui est-ce? Mais c’est le fournisseur des graines potagères, le Frère croyant que l’indication du prospectus ‘graines d’élite Clause’ signifiait un prénom! Spontané, un peu ingénu, il ne manque ni d’humour ni de malice. En 1960, viennent les premiers ennuis de la vieillesse: il est opéré de la prostate (1961) et de calculs (1963). Son v?u de rester à Lambersart jusqu’au bout ne peut se réaliser. Au début de l’hiver 1965, il est hospitalisé chez les Frères de St Jean de Dieu à Arras. Il y meurt le samedi 23 septembre 1967, à 83 ans. Ses obsèques sont célébrées à la chapelle de l’orphelinat du Père Halluin, dans la matinée du 26 septembre. Le Frère Corentin est inhumé au cimetière d’Arras, dans la concession de l’orphelinat.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. janvier 1968, p. 231-232. Paris-Assomption, 1967, n° 109, p. 24-32. Lettre du Frère Correntin Kerrec au P. Paul Charpentier, Lambersart, mai 1963. Dans les ACR, correspondances du Frère Corentin Kerrec (1918).