Crispino ESGUEVA DELGADO – 1866-1915

Echos de Talcahuano.
« Nous venons d’avoir une fête de l’Immaculée Conception splendide. Le
matin 150 communions d’enfants, dont plus de 100 premières communions, et
plus de 500 communions de grandes personnes. Le soir, à la nuit, une
procession, comme on
n’en avait pas vu au moins depuis 25 ans. Tout Talcahuanoy était. On y
porta la Vierge de Lourdes entourée d’une auréole d’acétylène fabriquée à
la maison et qui faisait très bon effet. Les gens n’en revenaient pas. Le
mois de marie a été très suivi. On sent un véritable réveil à Talcahuano.
Le diable du Sur, journal impie de Conception, et d’autres commencent à
rager un peu, mais on les laisser crier. Avec l’aide que vous nous avez
promise, nous tâcherons de faire encore davantage pour tirer ces pauvres
gens du péché. Notre grande salle d’œuvres sera terminée demain. Viendrez-
vous la voir, au moins à l’inauguration? Cela ferait du bien ici, surtout
si vous veniez avec Monseigneur. Nous espérons au moins avec votre
bénédiction obtenir que cette inauguration soit le commencement d’une
véritable vie de paroisse ». Crispino Esgueva au P. Maubon, Talcahuano,
décembre 1913.

Crispino ESGUEVA DELGADO

1866-1915

Religieux espagnol.

Un vaillant missionnaire au Chili.

Crispino Esgueva Delgado est né le 19 novembre 1866 à Gumiel del Mercado, en Espagne, province de Burgos et diocèse d’Osma. Le village se trouve sur une des routes étapes qui conduit au noviciat de l’Assomption transféré à Osma en 1880-1881. Le jeune Crispino entre à l’alumnat de Mauville (Pas- de-Calais) en 1883 et passe ensuite à Clairmarais pour ses humanités (1885-1887). Au terme de son année de rhétorique, il entre au noviciat de l’Assomption, à l’abbaye de Livry (Seine-Saint- Denis) où il reçoit l’habit le 29 septembre 1887 et où, deux ans plus tard, à la même date, il prononce ses vœux perpétuels (29 septembre 1889). Quelques jours plus tard, il est envoyé comme professeur à l’alumnat du Saint-Rosaire à Miribel-les-Echelles (Isère). Il y passe l’année scolaire 1889-1890 avant de rejoindre la maison d’études au Breuil (Deux- Sèvres) pour ses études de philosophie. Il achève sa théologie à Livry où il est admis à la profession perpétuelle le 29 septembre 1889 et où il reçoit l’ordination sacerdotale le 15 août 1893. Peu après il est désigné pour la mission du Chili. On lui confie la paroisse de Talcahuano où il n’y a pas d’église. Sans tarder, il se met à I’œuvre et se transforme tour à tour en entrepreneur, maçon, menuisier et conducteur de charrois avec deux paires de bœufs. Il trouve aussi le temps d’être quêteur et prédicateur, afin de trouver les fonds nécessaires à la construction de l’église. D’un grand zèle apostolique, en peu de temps, il transforme sa paroisse et ses paroissiens. Pendant vingt-ans il est sur la brèche, sans repos, sans regarder sa peine, le premier debout, le dernier au confessionnal. Excellent confrère, il aime, pendant les moments de détente, rappeler le souvenir des anciens qu’il a connus: les PP. Tissot, Géry Dellaleau ou encore Marius Peysson.

Avec charité fraternelle, il relève les fautes d’accent de ses confrères français. Les hommes de la paroisse et ceux qui fréquentent les exercices des missions aiment entendre sa voix pour les ‘plasticas’. Une longue pratique du ministère et la facilité avec laquelle il sait s’adapter au langage populaire lui permettent de faire pénétrer avec adresse le message évangélique dans toute sa richesse, sa diversité et ses exigences. Un peu rebelle aux innovations techniques de ses confrères dans l’apostolat, il hésite tout d’abord à accepter l’emploi de projections avec lesquelles ils essaient d’illustrer leurs sermons et leurs instructions surtout dans les campagnes. Mais avec le temps, il devient lui-même un fervent partisan de cette méthode dès lors qu’il constate son succès et l’audience rencontrée. Talcahuano est fière de son église, l’Arenal, dont on peut dire qu’il est l’artisan complet. N’a-t-il pas organisé lui-même le transport des pierres avec les remorqueurs du port militaire? Mais le temps ne lui est pas donné de voir installée la cloche qu’il a commandée et qui sonnera le glas de ses obsèques.

Une mort rapide.

En novembre 1915, durant le mois de Marie (8 novembre-8 décembre) pour lequel il s’est beaucoup dépensé, le P. Crispino éprouve de fortes douleurs au ventre. Les médecins consultés diagnostiquent une crise d’appendicite aiguë, demandant une prompte intervention chirurgicale. Mais le mai est déjà trop étendu quand le Père accepte de se soumettre au verdict médical. Il dit à son supérieur le P. Jean de Dieu Danset: « je sens que c’est la fin. J’espère que le bon Dieu n’est pas trop mécontent de moi. J’ai tant travaillé pendant vingt ans, prêché tant de missions, tant de retraites, confessé tant de monde! Maintenant il veut me donner la récompense ». L’opération révèle une péritonite. Il meurt le jeudi 2 décembre 1915. Une grande foule participe à ses obsèques, exprimant ainsi le sentiment d’avoir perdu l’un des siens. La communauté assomptionniste ne disposant pas encore de caveau au cimetière, le corps du P. Crispino repose au cimetière de Talcahuano dans la tombe d’une famille française, M. Merlet, ex-consul de France.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1915, n° 278 p. 437; n° 284, p. 473-474; 1916, n° 358, p. 441-445. Dans les ACR, nombreuses correspondances du P. Crispina (1891-1914). Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. On doit au P. Crispino plusieurs articles et chroniques de sa vie missionnaire dans la revue Pages Chiliennes (1910-1914). Notices Biographiques