Damase (Edouard Marius) CASTAGNE – 1873-1947

Déménagement à Brian, vu par
Edouard Castagné, 1889.

« C’est à Pâques 1889 que s’est opérée la translation de
l’alumnat St Joseph de Poussas à
St Joseph de Brian. Le bruit s’est répandu que nous célébrions notre
dernière fête: aux Vêpres, le P. Stéphane
[Chaboud] supérieur a fait de touchants adieux à la bonne paroisse de
Poussas. Un grand nombre de personnes pleuraient. Nous sommes allés en
procession à l’entrée du village bénir une croix plantée en souvenir de
notre passage
[1885-1889]. Dès le lendemain, nous continuons à débarrasser la maison,
clouer des caisses, emballer des livres. Quatre alumnistes sous la conduite
du
P. Benoît-Joseph [Sarcher] prennent les devants pour faire à Brian les
premiers préparatifs. Les charrettes sont garnies de caisses, les chambres
sont vides. Nous passons notre dernière
nuit dans les greniers des voisins et dès l’aube du jour
[mardi de Pâques] nous montons une dernière fois au sanctuaire de St
Joseph. Après la messe, nous partons à pied. Nous contournons la petite
colline qui cache le village à nos regards et nous tâchons d’oublier
Roussas … ».

Lettre du 28 juin 1889.

Religieux de la Province de Lyon.

Une vie d’alumniste mouvementée.

Edouard Marius Castagné est né à Saint Justin, canton de Rians dans le Var le 27 février 1873. A 12 ans il entre à l’alumnat de Nice (1883); de là les Supérieurs l’envoient à Villecomtesse dans l’Yonne d’où il passe à Roussas (Drôme) en 1887. L’alumnat de Roussas est déménagé à Pâques 1889 au profit de Brian: il est du petit groupe qui fait les 18 km à pied pour rejoindre Montélimar, gagner en train Loriol et achever toujours à pied les 6 km. restants. Dès septembre 1889, il entre en humanités à Nîmes (Gard), mais la fièvre typhoïde fait abandonner le local en 1890. Il manque à son parcours une année de rhétorique. Il gagne quand même le noviciat de Livry (Seine-saint-Denis) où il prend l’habit sous le nom de Frère Damase le 14 août 1891, mais déjà le 31 août il débarque à Constantinople pour grossir les rangs du noviciat de Phanaraki (Turquie), sous la direction douce et ferme du P. Ernest Baudouy, assisté du P. Antonin Coggia. Il prononce ses premiers vœux le 13 août 1892, mais dès le 1er décembre, encore novice de seconde année, il est envoyé à Karagatch, près d’Andrinople comme professeur au séminaire slave, déjà lancé dans les œuvres de la mission d’Orient! Son aptitude pour la langue bulgare est étonnante et son amour de la liturgie et du chant oriental toujours croissant, servi par un bel entrain provençal.

Une formation acquise le pied à l’étrier.

Le Frère Damase fait sa profession le 28 août 1893. Très doué pour les langues, il se met aussi à l’étude du turc et du grec qu’il manie suffisamment lorsqu’on va lui demander de prêcher. Il s’entraîne à lire l’évangile en turc, à dépouiller les journaux grecs et à apprendre l’italien.

Notices Biographiques A.A Page : 537/537 Après trois années d’enseignement à Karagatch, il est envoyé au collège Saint-Augustin de Philippopoli où il reste deux ans. C’est alors seulement, à 24 ans, qu’il commence ses études ecclésiastiques à Kadi-Keuï, menées tambour battant (1897-1900). Il a pour supérieur le P. Louis Petit, un bourreau de travail , rude pour lui et non moins rude pour les autres. Le P. Gabriel Jacquemier est son professeur de dogme et de diction, un maître clair, précis, modèle de prédication préparée et prononcée. Le P. Romuald Souarn est professeur de morale, d’Ecriture sainte et de droit canonique. Il suit aussi l’enseignement du P. Aurelio Paimieri, un prodige de mémoire, qui dicte ses cours par cœur, en latin, sans un livre ni un papier de note. C’est dans cette ambiance de travail qu’est lancé un centre d’études byzantines, avec pour revue Les Echos d’Orient, avec comme embryon de bibliothèque les acquisitions et les services de prêt entre revues savantes, un fonds constitué sans argent vaillant ou budget spécial, mais conquis à la pointe de la plume par l’équipe des apprentis-savants dynamisés par le P. Petit: PP. Siméon Vailhé, Pargoire, Sophrone Rabois-Bousquet… Dans une dépendance de la maison sont formés les élèves du séminaire orientai gréco-sliave avec une église de ce rite, dans une autre la résidence du supérieur de la Mission, le P. Alfred Mariage. Le 2 septembre 1900, le Frère Damase est ordonné prêtre. Il est donné :à cette mission qu’il aime: enseignant 14 ans à Philippopoli en 3 séjours (1901-1903, 1905-1914), 17 ans à Karagatch en 2 séjours (1903- 1505, 1921-1932). Après ce long temps d’enseignement, il est appliqué au ministère paroissial tant à Kadi-Keuï qu’à Phanaraki, pendant 18 autres années. Vrai missionnaire pendant 56 ans, homme à la parole simple, pasteur attaché à la beauté liturgique, d’humeur enjouée, le P. Damase a largement servi l’Église et sa famille religieuse. Rebelle aux travaux manuels et aux responsabilités, le P. Damase connaît quelques alertes de santé en 1940 et en 1943. Astreint à un régime alimentaire sévère, il fait une chute dans un escalier le 3 février 1947 à Kadi-Keuï. Il meurt le 9 avril suivant et est inhumé le 10 avril. Quatre hommes de Phanaraki tiennent à porter eux-mêmes le cercueil jusqu’au cimetière paroissial.

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Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Famille 1947, n° 30, p. 137-138. Note du P. Marie-Germain Filliol sur le P. Castagné (27 avril 1947). Les archives conservent une importante correspondance du P. Castagné (1889- 1933).