Deltour (Louis-Régis) DELTOUR – 1886-1919

Talcahuano, 1913.
« Je vous écris du bout du monde: je suis à Talcahuano depuis un mois et
j’ai passé 15 jours à Santiago et une dizaine de jours à Buenos-Aires où
j’arrivais il y a deux mois.
Nous sommes ici 5 religieux, quatre Pères et un Frère: le P. Jean de Dieu
[Danset], le P. Crispin [Esgueval, le P. Firmin [Mermoud], le Frère Julius
[Giraud?] et votre
serviteur. Vous savez peut-être que cette maison de Talcahuano est pour
l’instant l’unique paroisse jusqu’à Conception jusqu’en Océanie! ELle est
formée par la ville et une longue presqu’île de 14 à
15km., avec une population de
45.000 âmes. Tout ce peuple était abandonné depuis de nombreuses années et
maintenant qu’il y a des prêtres, ils reviennent petit à petit avec un élan
vraiment extraordinaire. Les gens habitent dans de pauvres habitations en
planches ou en terre, avec sol nu pour siège, lit ou table, une marmite, le
feu en plein air, 7 ou 8 mioches dans chaque trou et des puces. L’océan
gronde à nos pieds et le grand vent souffle sa chanson. On vit de la pêche
ou l’on travaille au port militaire.
P. Deltour, Souvenirs, 1914, n° 1, P. 13-14.

Deltour (Louis-Régis) DELTOUR

1886-1919

Religieux français, en mission au Chili.

Curriculum vitae.

Louis-Régis Deltour est né le 27 décembre 1886 à Séverac-le-Château (Aveyron) dans un pays et une famille où l’on s’accorde à faire des valeurs de foi et de générosité un patrimoine intangible. Après sa première scolarité faite chez les Frères du Sacré- Cœur établis à Séverac (1891-1899), il quitte le Massif Central pour les Alpes: il demande à l’alumnat de Notre-Dame des Châteaux (Savoie) la route qui mène au sacerdoce (1899-1903. A cette date, Brian est fermé par les liquidateurs et il trouve refuge à Mongreno au Piémont pour terminer sa scolarité (1903-190,4). En septembre 1904, il vient frapper à la porte du noviciat de l’Assomption, établi à Louvain (Belgique): il y prend l’habit le 18 septembre et le nom religieux de Frère Deltour, réplique de son patronyme. « Le Frère Deltour est le dévouement incarné. D’un caractère calme, toujours égal, il jouit auprès de ses frères d’une estime incontestée et méritée. Il est d’une intelligence plus solide que vive, mais son travail est toujours appliqué. Très surnaturel, il s’applique avec sérieux à sa vie spirituelle » note à son sujet le P. Benjamin Laurès, maître des novices. La profession prononcée (annuelle le 18 septembre 1905, perpétuelle le 7 juin 1907, à cause du service militaire qui l’a requis mais auquel il s’est soustrait, insoumis), le Frère Deltour s’adonne à l’étude de la philosophie (1906-1909), puis de la théologie (1909-1912). A son époque, noviciat, scolasticat de philosophie et théologal sont rassemblés sous le même toit à Louvain: il n’y a que des portes et des cours intermédiaires à franchir! Le Frère Deltour est ordonné prêtre le 7 juillet 1912. Mais dès 1911, ses supérieurs ont remarqué son aptitude au travail intellectuel et lui ont confié la charge d’enseigner à ses plus jeunes confrères

le cours d’introduction historique aux institutions médiévales. Son esprit dévoué trouve à s’appliquer concrètement dans la charge de dépensier ou aide-économe, sollicité du matin au soir pour de menus services ou fournitures auprès des frères étudiants. Il est chargé d’installer les poêles au début de l’hiver, de les enlever au printemps, de veiller à la cueillette des légumes et des fruits, de repeindre les murs et de veiller à l’entretien général d’une grande maison. De 1912 à 1913, il achève à Rome sa formation théologique et sacerdotale.

En mission, au Chili.

En juillet 1913, on trouve le Frère Deltour à Vinovo pour aider cette maison dans l’épreuve qu’elle traverse à cause d’une épidémie. En septembre de la même année, il est envoyé au Chili où il débarque au début janvier 1914. Il est affecté à la paroisse de Talcahuano et son premier souci est de mettre à l’étude de la langue espagnole. En décembre 1915, il est nommé curé de la paroisse de l’Arénai où tout est à créer. Pendant quatre ans, il y sème le grain de la Bonne Nouvelle, pénétrant toutes les rues et ruelles de sa vaste paroisse. Il n’a pour église qu’un hangar à peine aménagé où l’on gèle l’hiver et suffoque l’été. Le Père Deltour s’attache surtout à la visite des malades et des pauvres, à la catéchisation des enfants. Au cours d’une épidémie de typhus qui fait de nombreuses victimes dans la cité le Père Deltour peut affirmer qu’il est entré dans presque toutes les maisons de sa paroisse pour y administrer un mourant! A l’automne 1919, l’évêque de Conception lui promet la moitié des fonds nécessaires pour commencer la construction d’une véritable église dont le Père Deltour ne verra pas l’achèvement. Le 6 octobre 1919, il rentre épuisé d’une course à Conception. Au septième jour de sa maladie déclarée, le typhus, le dimanche 12 octobre 1919, tout espoir de guérison est abandonné. Le Père Deltour lutte jusqu’au jeudi 16 octobre et, malgré tous les soins prodigués, il meurt à 33 ans, frappé en plein travail. Les obsèques sont célébrées avec solennité le samedi 18 octobre par Mgr. Munoz avec un grand concours de population. Son corps est inhumé au cimetière de Talcahuano dans un caveau d’emprunt où reposent déjà deux de ses confrères, les PP. Crispin Esgueva et Claudius Pavillet.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Polyeucte Guissard, Portraits Assomptionistes, p. 87-99. Nouvelles de la Famille, 1919, n° 329, p. 161; n° 332, p. 188; n° 351, p. 121-126. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Correspondance (1907-1914) dans les ACR. Quelques-unes de ses chroniques du Chili ont été publiées dans La Lettre à la Dispersion. Le Père Deltour est l’auteur de quelques articles historiques dans la Revue Augustinienne. Notices Biographiques