Denis (Auguste-Louis-Marie) GEFFROY – 1893-1990

Nazareth, 1964.
« C’est de Nazareth où je suis venu faire des conférences aux religieuses
que je vous envoie cette lettre qui vous sera remise par le P. Marius
[Dumoulin]. Le Père est venu avec moi et pendant cette journée a visité le
Thabor, Tibériade, comme il vous le racontera. Ce matin j’ai assisté à la
grotte de l’Annonciation à la concélébration d’une messe par 10 évêques. A
la sainte grotte j’ai prié pour vous et la Congrégation. Cette lettre a
pour but principal de vous remercier pour votre dernière circulaire qui
nous a donné
une grande joie à tous. Vous nous aidez à débarrasser la pensée du P.
d’Alzon dans ce qu’elle a de caduque dans son expression pour n’en
conserver que l’essentiel. J’ai connu des religieux qui s’attachaient
passionnément à la lettre, méconnaissant la sève vivante qui anime la
pensée de notre vénéré fondateur. C’était une position douloureuse pour
nous les jeunes religieux d’alors; certains se refusaient à accepter cette
façon de voir mais étant incapables de dégager par eux-mêmes la vraie
pensée du fondateur, ils frondaient ou partaient. Merci, mon Père, pour la
lumière bienfaisante que vous dispensez ».
P. Denis 28. 11. 1964 au P. Général.

Denis (Auguste-Louis-Marie) GEFFROY

1893-1990

Religieux de la Province de France, Provincial de Bordeaux (1952-1958).

Les difficiles années (1914-1926).

Né à Carentoir (Morbihan) le 30 août 1893, Auguste- Louis-Marie est baptisé le même jour. En 1906, il part pour la Belgique et fait ses études secondaires aux alumnats du Bizet (1906-1908) et de Taintegnies (1908-1910). Il fait un essai chez les Spiritains et, au bout de quelques mois, passe rue Lhomond louer ses services comme domestique chez les jésuites (1910- 1912). Il entre à l’Assomption le 14 août 1912, sous le nom de Frère Denis au noviciat de Limpertsberg (Grand-Duché de Luxembourg). Il y fait sa première profession le 15 août 1913 et sa profession perpétuelle le 15 août 1915. En août de cette année-là, le noviciat compte 66 membres dont 3 prêtres et 41 novices, un petit monde qui est isolé du reste de la Congrégation. Les Allemands ont envahi le Duché, dès le 1er août 1914 à 22 heures. Les nouvelles sont rares, elles transitent par la Suisse, l’Italie ou l’Espagne. En 1916 sont institués pour les profès des cours de philosophie, sans livre, de latin, de grec, d’allemand, de sciences et de liturgie. Les santés pâtissent des restrictions. Le P. Ignace Causse, décédé en 1985, écrit dans son autobiographie: « Dès 1916, nous dûmes aller travailler dans des fermes louées par le maître des novices pour ne pas mourir de faim comme trois de nos frè,res moins résistants. A la fin de 1917, nous pûmes passer en Belgique et commencer ou continue,r nos études préparatoires au sacerdoce ». La santé du Frère Denis est grandement ébranlée: les poumons atteints, il doit se soigner. Il termine sa philosophie à Louvain et y fait sa théologie de 1918 à 1922. Il est prêtre le 23 juillet 1922. Après ses prémices en Bretagne il se repose trois mois à Saint- Maur, avant de rejoindre San Remo en Ligurie (1922- 1923), puis Locarno sur la rive helvétique du Lac Majeur.

En décembre 1926, il est à Lorgues, va mieux et parle de partir pour ‘la Chine du Poitou’: il y arrivera trente-deux ans plus tard!

De ‘Toulouse à Melle (1927-1961).

C’est à Toulouse que l’envoie une lettre d’obédience en janvier 1927: il y reste a ans, réside à l’orphelinat et tient en ville un bureau de presse catholique. De 1935 à 1952, il est à La Rochelle: trois ans de vicariat dans le quartier populaire de Tasdon; un an de vicariat à la paroisse du Sacré-Cœur de La Genette dont il devient curé en 1939. De décembre 1952 à 1958, il est Provincial de Bordeaux, deux triennats qui, selon l’expression du P. Guenneau, ne lui laissent pas un souvenir impérissable. Lorsqu’il entre en charge, la Province compte 383 religieux: 247 prêtres, 91 frères de chœur et 45 convers plus 19 novices. Six ans plus tard, on n’en compte plus que 355, dont 236 prêtres, 76 frères de chœur et 43 convers. Il n’y a point là de régression, mais l’Amérique du Sud est érigée en Province le 15 août 1953 et elle compte, en 1958, 106 religieux. L’Espagne attend 1969 pour devenir Province, sous le mandat du P. Guillemin. En 1958, le Père Denis est nommé curé-archiprêtre de Melle, dans cette ancienne ‘Chine du Poitou’ que l’Assomption évangélise depuis 1925. Deux paroisses à Melle même, cinq autres dans les environs. Au bout de 3 ans, il démissionne pour raison de santé. A cette date, il a passé 20 ans en paroisse au service de communautés chrétiennes. C’est dans cette oeuvre que son action est demeurée la plus visible, en particulier en implantant l’Action Catholique spécialisée à La Rochelle: JOC, JOCF, ACI. Que de réunions, de récollections, de sessions de formation pour animer et faire grandir la foi de ces jeunes, leur apprendre à témoigner sans respect humain, à S’engager pour faire avancer le Royaume de Dieu en construisant ensemble un monde plus fraternel, plus juste et plus respectueux de l’homme!

Jérusalem (1961-1967).

En 1961 le P. Wilfrid Dufault nomme le P. Denis supérieur à Notre-Dame de France à Jérusalem où il va passer 6 ans. C’est une période active, une période de joie, mais difficile à certains moments. Il aime cette terre du Christ, le pays et ses habitants. Il y cherche la trace de la présence du Christ aujourd’hui, son message d’amour et de paix vivant dans le cœur des hommes de bonne volonté. En septembre 1967, le P. Denis vient résider dans la spacieuse maison provinciale de Bordeaux, rue Lacanau. Il se consacre à la prière, à la lecture, à la visite des malades et à l’apostolat auprès des personnes âgées. Lorsque la maison est fermée durant l’été 1982, il rejoint Layrac où, l’oreille et les yeux affaiblis, mais l’esprit toujours alerte, il ne s’ennuie jamais. Sa longue vie s’achève dans l’action de grâce et la sérénité. Il médite les écrits du P. d’Alzon, garde la fierté de sa famille religieuse et une certaine idée des exigences de la vie assomptionniste. Il reste un passionné de la spiritualité héritée du P. d’Alzon: amour du Christ, de la Vierge et de l’Eglise. Doyen de la Congrégation en 1988, le P. Denis s’éteint à Layrac le 21 octobre 1990, à 97 ans.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption Nécrologe (IV) 1987-1990, p. 106-107. Assomption-France, Nécrologie année 1990, p. 183-184. Voulez-Vous? (bulletin de Layrac, 1990, n° 153, p. 20-21. Du P. Denis Geffroy, dans les ACR, des circulaires, des rapports (Melle, Notre-Dame de France), de la correspondance (1916-1964). Notices Biographiques