Denys (Jean-Baptiste) HUTTE – 1872-1912

A sa mère.
« Je viens de recevoir votre lettre et c’est avec plaisir que je l’ai lue.
Malheureusement je ne pourrai pas encore cette année vous procurer le
bonheur de me revoir. Je le souhaitais aussi ardemment que vous certes, le
ciel m’en est témoin, mais telle n’est pas la volonté de Dieu. Je n’ai pas
encore terminé mes études. Sans doute en voyant Eugène revenir sans moi,
vos larmes couleront, mais nous ne connaissons pas les desseins de Dieu et
remarquez que s’Il agit ainsi, ce n’est pas sans raison. Quant à ma
vocation, ne vous en tourmentez pas. Je
n’ai pas encore à me prononcer et soyez-en certaine, je n’agirai point par
ma propre guise, je
ne ferai rien que d’après les conseils de mes supérieurs et les lumières
que j’en aurai reçues. Que Dieu m’appelle ici ou là, vous pourrez toujours
être assurée que vous avez un enfant prêtre qui prie pour vous. Ne dites
donc point:
‘Mais tu vas peut-être devenir missionnaire et te faire tuer chez les
sauvages. Ce n’est là qu’un effet d’imagination, d’ailleurs je n’ai jamais
eu l’intention d’aller en mission. La vie religieuse n’est pas une choses
si terrible qu’on se l’imagine, demandez à Eugène».
Lettre J.B. Hutte, s,d.

Religieux français.

Un Alsacien des collines sous-vosgiennes.

Jean-Baptiste Hutte est né le 23 janvier 1872 à Wackenbach, près de Schirmeck (Bas-Rhin). Quand il est taquiné sur ses origines alsaciennes, il proteste de son attachement vosgien. A 14 ans, en 1886, il fait la connaissance de l’alumnat de Mauville (Pas- de-Calais) pour trois ans, puis de celui de Clairmarais (Pas-de-Calais) pour les humanités (1889-1891). « Jean-Baptiste Hutte est fait pour la vie religieuse. Son caractère le demande, ses manières, ses goûts l’indiquent. Cependant il a hésité le mois dernier, mais cet ébranlement n’était que superficiel. Il a été entendu que Jean-Baptiste irait en Alsace pendant quelques jours; cette perspective a complètement dilaté le cœur du jeune homme. Il se donne résolument à Dieu. L’Assomption trouvera en lui un excellent sujet. Par sa nationalité, il est exempt du service militaire » écrit à son sujet le P. Edouard Bachelier. Le 14 août 1891, il prend l’habit au noviciat de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), sous le nom de Frère Denys. Profès annuel le 14 août 1892 et profès perpétuel le 14 août de l’année suivante, il est envoyé à Rome pour ses études philosophiques et théologiques (1893-1897). Il est ordonné prêtre le 6 septembre 1896 à Livry par Mgr Le Roy.

Professeur et publiciste.

Le Père Denys est attaché en octobre 1896 à la maison des vocations tardives de Montfort- Villecomtesse (Yonne), à titre d’économe et de professeur. Il y reste jusqu’en 1899, se livrant, en dehors de ses classes, au ministère pastoral dans les environs. En septembre 1899 il a le bonheur de participer au pèlerinage de Jérusalem, organisé par Notre-Dame de Salut, mais il en revient assez fatigué. Nommé professeur à Brian (1899) dans la Drôme, il y connaît les perturbations des perquisitions et des procès.

En 1900-1901, il est professeur à Toulouse (Haute-Garonne), mais ses problèmes de santé commencent à inquiéter son entourage. Le P. Roger des Fourniels l’apprécie grandement: « Le P. Denys peut encore faire du ministère et surtout édifier par sa douceur, son obéissance et son humilité. Il n’y manque pas ». Il est chargé des enfants du quartier qui ne sont pas toujours faciles à encadrer, mais, sans se décourager, il répond à ceux qui le plaignent que Rome ne s’est pas faite en un jour. Il continue son ministère de prédication, notamment à l’église toulousaine de Notre-Dame de la Dorade. En octobre 1901, le P. Denys est nommé supérieur de l’alumnat de Saint-Trond (Belgique) qui est en fondation. Dès le mois d’avril 1902, le P. Picard lui confie la direction des études d’humanités à l’alumnat de Taintegnies. Il se sait atteint de la tuberculose et d’une péricardite. Mis en demi-repos à San Remo (Italie) en 1904, il ne peut se résigner à l’inaction et devient aumônier du pensionnat voisin des Ursulines. En octobre 1905, il est envoyé à Rome sans charge bien définie: il s’emploie aux travaux que lui confie le P. Emmanuel Bailly. A partir de 1906, il est chargé du groupe d’étudiants qui logent dans la maison généralice et s’occupe en même temps de la publication hebdomadaire des Vies des saints qu’édite la Bonne Presse. Cette publication tire alors à plus de 500.000 exemplaires: de 1906 à 1912, il en publie plus de 300 dont un grand nombre rédigées par lui-même. Il se met ainsi à l’école des saints, ses amis, et cherche à bénéficier de leurs exemples. Toujours soucieux d’économie, il parcourt à Rome les lieux de vente publics de catalogues d’occasion pour se procurer documentation et images à bon marché. Il réunit une énorme collection de gravures et de portraits de saints, achetés à petit prix ou obtenus en cadeaux. Le samedi 20 avril 1912, il est dirigé sur San Remo, accompagné par le P. Pierre Descamps. Il meurt le mardi 23 avril, dans sa 4lème année. Il est inhumé sur place à San Remo.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1912, n° 151, p. 616; n° 152, p. 617-618. L’Assomption, 1912, n° 186, p. 100-103; n° 187, p. 117-119; n° 188, n° 132-136. Notice sur le P. Denys Hutte par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. [Ernest Baudouyl Le P. Denys Hutte des Augustins de l’Assomption, Paris, Bonne Presse, s.d. (1912), 48 pages. Circulaire du P. Emmanuel Bailly, 24 avril 1912. Du P. Denys Hutte, dans les ACR, correspondances (1894-1911).