Désiré ‘Désiré-Joseph CHAUVET – 1885-1972

Récit composé d’une vocation.

« Quelques jours après la première communion, le Curé me posa sans
préambule la question:’Veux-tu être prêtre?’. Autant dire un éclair suivi
d’un coup de tonnerre dans le ciel serein de s ALpes. Je n’y avais jamais
songé. Et la réponse
fut, vous le supposez, un acquiescement pour ne pas dépiter
l’interrogateur, curé- doyen, apostolique, apprécié, homme d’expérience.
Dans ce
‘oui’ de surprise, la volonté faisait défaut. Hésitation et défaut de
clarté disparurent. D’entente avec ma mère et le Curé, je partis en octobre
1897 pour Notre-Dame des Châteaux où je m’habituais assez facilement. Mais
au
cours de ma vie, au risque de faire bondir Saint Paul, ma vocation fut
autrement éprouvée! Deux descentes de train en marche, deux
tempêtes en Méditerranée, une chute de bicyclette sur sol
gelé, péripéties sans nombre à la grande guerre, une blessure à la tête par
chute de pierres, une mauvaise rougeoie au régiment… pour arriver
octogénaire et répéter comme Saint Martin: Non recuso laborem ».
Récit autobiographique. P. Désiré Chauvet.

Religieux de la Province de Lyon.

Traits tirés d’une autobiographie.

Désiré Joseph Chauvet vient au monde le 11 juin 1885 ‘dans un village alpin penché sur un petit lac qui lui donne son nom patois, Lauzet – sur-Ubaye (Alpes de Haute-Provence), situé dans un fond de vallée étroite, flanquée de montagnes culminant autour de 2.000 mètres, au temps de la fenaison. Il perd son père, Eugène, à l’âge de 4 ans et lui-même reconnaît que cela vaut beaucoup de soucis à sa mère, Sophie, pour tenir à ce turbulent des souliers non percés et des pantalons qui n’étaient plus à pont-levis. Dépisté par son curé, le jeune Désiré entreprend sa formation secondaire dans les alumnats: Notre-Dame des Châteaux (Savoie) de 1897 à 1900 et Brian (Drôme) de 1900 à 1902. A 17 ans, Désiré choisit d’entrer dans la Congrégation de l’Assomption. Il rejoint le noviciat de Louvain qui vient d’être transféré de Livry via Gemert, il y fait profession le 18 octobre 1903. Sur la fin de la seconde année de noviciat, les supérieurs l’envoient en mission au Proche- Orient, en pays turc: Karagatch (1904- 1906) où il enseigne dans une école ouverte à tous sans distinction de religion et de nationalité. Le Frère Désiré, profès perpétuel le 4 octobre 1904, revient à Louvain pour les études de philosophie (1906-1908). La théologie lui réserve variété de lieux et de professeurs entre Louvain, Jérusalem et Rome (1909-1915). Frère Désiré est ordonné prêtre le 17 mai 1914 à Jérusalem.

Enseignement, économat et ministère.

Quels vont être les emplois du P. Désiré? Aussi variés que ses lieux de formation. Lui-même les répartit en un classement à trois compartiments: enseignement, économat, ministère, de longueur presque égale: respectivement, 16 années, 16 années et 18 années mais pas toujours attenantes.

On le trouve professeur de français, de latin et de grec, d’histoire et de géographie à Bethnal Grenn de Londres (1919-1920), à Saint-Sigismond (1920-1923), à Scherwiller en Alsace (1926-1931) et Scy-Chazelles en Lorraine (1931-1934). Puis il change son fusil d’épaule: il est économe à Scy-Chazelles, à Douvaine (1934), à Nozeroy (1935), à Maranville (Haute-Marne) en 1937 pour gérer une maison de retraites de prêtres âgés, une autre d’adultes laïcs et une ferme de trente hectares. Pour un apprenti-économe il est difficile de faire des balances entre des locations, des revenus, des paiements en nature et en argent, sans avances, sans capitaux, sans emprunts. Les joies du ministère paroissial, le P. Désiré les connaît brièvement: Menton (1915), près de Saint-Maur au Thoureil (1915-1917), à Lyon, chapelain aux Etroits (1917- 1918) et même à Saint-Guilhem-le-Désert (1918-1919). C’est l’époque de la mobilité et de la dispersion, à cause de la guerre. Du ‘guépier’ de Maranville, il est retiré pour être affecté au ministère d’aumônerie au ‘Rayon d’espoir’ à Marseille où il apprend à se familiariser avec le milieu des vieillards, venus en convergence à Marseille des quatre points cardinaux du monde. Devenu vieillard lui-même, il est capable de les comprendre et de les suivre, en s’intéressant à leur situation et en les acheminant vers leur fin terrestre. Le P. Désiré dit avoir rencontré dans ce ministère du soir beaucoup de compréhension et d’aisance d’action pour l’exercer.

Dernière étape à Lorgues (1968-1972).

A Noël 1968, le P. Désiré rentre à la maison de repos de Lorgues, accompagné de trois camions: meubles, pendules, objets d’art, livres, cartes postales! Aimant la solitude, peu expansif, il se contente souvent aux propos de table d’écouter et de sourire. Le mardi 6 juin 1972, se manifeste une première crise cardiaque. Le Docteur Broussard vient l’examiner le lendemain 7 juin et songe à le faire hospitaliser, mais il est déjà trop tard. Le P. Désiré meurt ce 7 juin 1972 vers 23 heures, six jours avant d’atteindre sa 88ème année. Les obsèques sont célébrées à Lorgues le jeudi 8 juin.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. mars 1974, p. 229. Lyon-Assomption, n° spécial (juillet 1972). Les ACR gardent une petite dizaine de lettres du P. Désiré Chauvet, écrites entre 1905 et 1914.