Désiré Deraedt – 1923-2002

Né à Arlon le 2 mai 1923, Désiré va connaître un parcours sans faille, depuis l’alumnat (Bure, 1934-1938 et Sart-les-Moines, 1938-1940) jusqu’à son entrée en religion en 1940 et toutes ses études&nbps: : profès le 30 septembre 1941 à Taintignies, ordonné prêtre à Hal le 8 mai 1949. Particulièrement doué pour les sciences historiques, il parcourra, en 2 étapes, le cycle des études universitaires à Louvain &nbps;: 1943-45, candidature en philologie classique &nbps;; 1949-52, licence en philo et lettres (section histoire ancienne) et agrégation (AESS).

Durant trente ans, celui qui deviendra l’un des meilleurs historiens de la Congrégation s’attachera humblement à initier des jeunes aux “langues anciennes et à l’histoire, à corriger leurs travaux avec une rapidité et une précision qui forçaient l’admiration de ses collègues &nbps:; excellent professeur, délicieusement… chahuté, il assumera en outre la responsabilité de la communauté de 1972 à 1881. Il a connu l’évolution de “l’Institut Marie-Médiatrice” au “Collège d’Alzon” (1967), de la masculinité à la mixité, de l’enseignement classique au rénové, du style alumnat à l’esprit collège. Ardent défenseur des valeurs traditionnelles, il subira davantage cette évolution plutôt que de la favoriser, mais jamais son esprit ouvert n’y fera obstacle.

Arrivé à l’âge de la pension, il est requis par le Père Hervé Stephan, alors Supérieur général, pour collaborer à la rédaction de “La vie et les vertus du P. d’Alzon”, travail nécessaire en vue de la cause du P. d’Alzon &nbps;: 2 volumes en 3 tomes de plusieurs centaines de pages, parus en 1986. Il s’attaque alors à la publication des Lettres du Père d’Alzon, commencée par le Père Siméon Vailhé, poursuivie par le Père Touveneraud et qu’il achèvera grâce à un labeur acharné, dont la cadence fera l’admiration de tous. Jugez plutôt

 : N° du tome        Année de parution Année de rédaction             N°document                                                                                 T. III                   1991                                1859-1861                       1171-1713 T. IV                   1992                                1862-1863                       1714-2141 T. V                     1992                                1864-1865                       2142-2718 T. VI                   1993                                1866-1867                       2719-3218 T. VII                 1994                                1868-1869 (31.X)          3219-3732 T. VIII                1994                                1869 (01.XI)-1870         3733-4230 T. IX                   1994                                1871-1872                       4231-4740 T. X                     1994                                1873-1874                       4741-5193 T. XI                   1995                                1875-1876                       5194-5813 T. XII                 1995                                1877-1878                       5814-6564 T. XIII                1996                                1879-1880                       6565-7074

soit 13 volumes, avec avant-propos, annotations et tables, édités en 6 ans, comprenant les lettres rédigées par le Père d’Alzon en 21 ans, classées en 5904 documents. On reste stupéfait devant la quantité et la qualité du travail accompli. Entre-temps, il a également travaillé à l’indexation avec quelques autres textes du fondateur.

Cette ardeur au travail explique pourquoi l’humaniste qu’il était, parfaitement au courant des fastes de la Rome antique, a sur le terrain accordé si peu d’attention aux sites classiques. Il avouait n’avoir visité qu’une seule fois le forum au cours de ses 18 années de séjour en la Ville Eternelle. Sur le tard; il devait apprendre que, de la fenêtre de sa cellule perchée au 5e étage, le regard pouvait embrasser entre autres la silhouette le plus souvent vaporeuse des Monts Albains et le campanile de Sainte-Marie Majeure. Sa seule évasion quotidienne extra muros Curiae generalis était la promenade d’environ 500 m. (aller et retour par le détour de la via dei Gozzadini) avec arrêt au kiosque d’où il ramenait pour la communauté les journaux du matin. A l’occasion, il acceptait d’accompagner le chauffeur se rendant en voiture à l’aéroport de Fiumicino pour amener ou accueillir un confrère ou un hôte de marque. A quoi il faut ajouter ce détail médical &nbps;: si l’arthrose qui déformait ses mains n’empêchait pas Désiré de martyriser sans relâche les touches de son ordinateur, celle qui tordait ses orteils l’invitait à concéder le moins possible aux loisirs de la marche.

En 1999, il revient à Saint-Gérard, dans la maison de repos. Mais cette dernière notion est pour lui toute théorique &nbps: il poursuit l’examen des textes des Pères fondateurs&nbps; : François Picard, Vincent de Paul Bailly. Il le fait avec une telle rapidité que le Père Laffineur n’arrive pas à scanner les textes au fur et à mesure de leur correction &nbps;!

Le 13 juin 2001, de violents maux de ventre nécessitent un examen clinique approfondi, qui va révéler la maladie qui l’emportera en un peu plus d’un an et démontrer la profondeur spirituelle d’un homme qu’on aurait volontiers réduit à n’être qu’un savant historien. En voici quelques exemples&bnps; :

Il avait conscience d’être à la charge de la communauté, au point de compter le nombre de voyages à la clinique de Mont-Godinne et les kilomètres parcourus, grâce au dévouement de ses chauffeurs qu’il remercie.

Devant la dureté de la chimiothérapie, surtout les dernières semaines, il écrit&nbps: : “J’essaie de faire mon Fiat, et, à ce point de vue, la lecture des lettres de V.[incentl de P[aul]Bailly (pour leur introduction dans la banque de données a.a., je relis et mets en ordre ce que G. Laffineur a scanné) m’est très salutaire. V. de Paul. est un exemple extraordinaire de soumission à la volonté divine: en tout il voit la main de Dieu&nbps: : ‘ça va mal, donc ça va bien’. V. de Paul est aussi un admirable modèle d’obéissance religieuse, même vis-à-vis de son frère (son cadet de dix ans &nbps:: 1832-1842, le même écart qu’avec François&nbps; : 1933-1923, mais François n’est pas encore mon supérieur général&nbps: !)” (lettre du 28.02.2002 au P. J-M. Denis) (N.D.L.R.: c’est le Père Désiré qui souligne). Il pensait souvent à son frère, devinant ses difficultés en présence d’une situation au Congo, qui paraissait ne pas trouver d’issue.

Enfin un dernier petit mot d’une de nos fidèles du mercredi&nbps: : “Je le voyais le mercredi lors de la messe de 8h. Très humble et si courageux, se tenant debout malgré les dégâts grandissants de sa maladie, souriant gentiment, lors de la sortie de la messe.” Tenant à peine debout, il a tenu à présenter son épaule au Père Eusèbe pour l’aider dans sa démarche, au réfectoire. Voilà quelques petits faits et gestes qui en disent long sur sa vitalité intérieure.

Le 31 mai, déshydraté et épuisé, il est conduit une dernière fois à Mont-Godinne. Son état va aller se dégradant, par paliers, avec des moments de lucidité et de grande souffrance. La clinique ne pouvant plus rien, il est décidé, le 2 juillet, de le conduire au home de Fosses-la-Ville où il décédera calmement le matin du 5 juillet 2002. Ses funérailles eurent lieu dans l’église paroissiale de Saint-Gérard le 8 juillet. Il repose désormais dans la concession a.a., qui jouxte l’église.


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Bibliographies