Dominique COLOT – 1896-1978

Une âme en peine.
« J’ai beaucoup désiré vous écrire depuis longtemps. En
1928, j’avais demandé au P. Norbert Claes mon retour à la province belge.
Surtout à cause de mon caractère et du changement fréquent de maisons, il
ne l’avait pas accepté. Je suis de nationalité belge, chaque année il me
faut faire des démarches à l’ambassade de Belgique pour envoyer un
certificat de présence à l’autorité militaire belge et à la préfecture de
police, il me faut payer chaque année un droit de séjour en
France. Les événements de ces jours-ci me font regretter de n’être pas en
Belgique. Depuis l’été je dois soigner mes
jambes, je suis fatigué.
Lorsque je suis écrasé par mes diverses charges, je m’énerve contre tel ou
tel. Que d’épreuves j’ai vécues depuis
1928 dans cette communauté de javel après le départ de New York où l’on m’a
dit que j’allais me reposer en France! Faire le suisse’, porter cet
uniforme et ne pouvoir mettre mon costume religieux, n’observer la règle
qu’à demi
!!’ I1 faut en prendre son parti’
me répète le P. Lucien Pflug! Par obéissance, j’ai opté pour Paris en 1925.
J’espère en votre compréhension »..
Fr. Dominique, Paris,
3.02.1934.

Religieux de la Province de Belgique-Sud.

Comme un lierre aux murs.

Dominique Colot est né le 20 octobre 1896 à Sart-Bernard en Belgique dans la province de Namur. Il arrive à Sart-les-Moines le 22 septembre 1915 pour commencer les études d’humanités. Mais devant les difficultés de l’étude, il doit renoncer à cette voie et s’ouvrir à un autre appel, celui de la vie religieuse comme frère. Il se représente au postulat des Frères en mai 1916, dans la même maison, où il est accepté comme novice à la fin de l’année, mais ne commence vraiment un noviciat régulier qu’à Saint-Gérard le 12 janvier 1920. Trois mois plus tard, en avril, une lettre d’obédience précipitée l’envoie à New York et il débarque le 7 juillet 1920 à l’église Notre-Dame d’Espérance, 136ème rue. Il peut alors prononcer ses premiers vœux le 13 août 1920, pour trois ans. En août 1923, la date d’expiration des vœux tombe sans que soit prêtée attention à la situation canonique du Frère. C’est pourquoi le 25 mars 1924, il reprend son engagement religieux et peut enfin prononcer ses vœux perpétuels le 25 mars 1925 entre les mains du P. Adrien Buisson. Un an après, en septembre 1926, il se retrouve au Canada pour la fondation du noviciat de Bergerville où l’on a besoin d’aide matérielle. Un an et demi après, en 1928, on le rappelle d’urgence à l’église espagnole de Notre-Dame de la Guadeloupe à New York. Les Supérieurs l’ont affecté à la province de Paris en 1925. On le trouve quelques années à la paroisse Saint- Christophe, à Paris. Les événements du ‘Front populaire’ en 1936 lui inspirent une véritable frayeur des ‘rouges’. En 1938, il a sa désignation pour la maison d’études de Lormoy (Essonne). A la déclaration de la deuxième guerre mondiale en septembre 1939, il obtient d’être réintégré, sinon dans sa province d’origine, du moins sur le sol natal, à Sart-les-Moines,

là où tout a commencé pour lui il y a un quart de siècle plus tôt, confirmant ainsi le dicton que l’on revient toujours à ses premières amours. Le 8 mai 1940, le Frère Dominique est heureux d’y célébrer son jubilé d’argent de profession. Son domaine favori, c’est la culture des fleurs pour orner les fenêtres, les parterres et les salles. En communauté, il se laisse taquiner gentiment et en se faisant prier un peu, il se met à chanter les deux ou trois chansons invariables de son répertoire dont il garde le texte sur lui pour les réunions d’amitié. De 1957 à 1973 il est en service à l’abbaye de Saint-Gérard, passe quelques années à Haine-Saint-Pierre à l’entretien et à la sacristie et finalement doit, à cause de son état de santé, trouver du repos dans la maison de retraite de Saint Vaast. Le 19 mars 1973, il a encore la joie de fêter son jubilé d’or de vie religieuse. On lui connaît une âme d’enfant et une grande simplicité. Son supérieur à Sart-les-Moines, le P. Vincent Vandermeerschen se souvient de ses rendements de comptes réguliers où il fait le bilan de ses travaux et propose le programme de ceux à entamer. Pieux et régulier, il essaie toute sa vie de fortifier ses habitudes de prière personnelle, même si à la fin de ses jours cette régularité-là peut être perçue, de l’extérieur, trop mécanique ou automatique.

Les années de naufrage.

Devenu avec les années frileux et fragile, ne sortant qu’emmitouflé dans une grande écharpe et couvert d’un grand béret, le Frère Dominique connaît une forme de calvaire moral. Très diminué, il se compare à une ‘pauvre branche malingre’ dont le seul aliment provient de la sève par rattachement au tronc qu’est le Christ. Il fait l’expérience de la pauvreté totale et de l’abandon involontaire quand il rentre dans cette maison de soins spécialisés à Saint Vaast. Il finit par y sombrer dans un coma complet qui accentue ce dépouillement progressif auquel il a consenti. Sans doute vérifie-t-il à sa manière ce mot du jésuite Monier dans ses Miettes spirituelles: Dieu démolit nos constructions pour édifier sa forteresse intérieure. Le Frère Dominique meurt le 4 janvier 1978. Il est inhumé à Saint-Gérard le samedi 7 Janvier suivant.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (I) 1975-1980, p. 52-53. Belgique-Sud Assomption, 1978, n° 86, p. 1449-1455. Jeunesses (bulletin de Sart-les-Moines), avril-mai 1940, p. 4-5. Lettre au P. Général, Paris, 13 février 1934. Lettre au P. Gervais Quenard, Dergerville, 1927.