Domnin (Pierre-Laurent) DUPONT – 1896-1917

Ascona, mai 1919.
« Il y a bien longtemps que je ne vous ai pas écrit. Je pense souvent à
vous et dans mes conversations, l’ami Dupont y est souvent pour beaucoup
(sic). Pour la fête du P. Damascène [Dhers] nous avons chanté des cantates:
psaume 150 du Tinel (?), Jérusalem de Verdi et Jeanne d’Arc de La Tombelle.
Le soir nous avons joué la comédie:’Le médecin malgré lui. Nous avons
offert au Père un calice: il nous a accordé
une promenade. Nous sommes allés voir la cascade de Signasco, d’une chute
de 100 m. dans le Val Maggia. Au retour nous étions tous
trempés jusqu’aux os. Dernièrement nous avons eu la visite du P. Emmanuel
[Bailly]. Il nous a accordé Milan et la lanterne magique qui sert aussi
pour la paroisse d’Ascona. Mercredi dernier nous sommes allés en promenade
à Fonte Brolla. De là grimpant à une certaine chapelle que vous devez
connaître, nous avons traversé les montagnes qui nous séparaient du Val
Maggia et nous continuâmes jusqu’à Ascona. Une femme nous a donné 25 litres
de lait et pour tout paiement un chapelet. On a fait une chasse acharnée à
un écureuil. On l’a attrapé, mais mort à cause des coups de bâton ».
Luigi Bonfiga.

Domnin (Pierre-Laurent) DUPONT

1896-1917

Religieux français.

Un novice mort de la tuberculose.

Pierre Laurent Dupont est né le 11 janvier 1896 à Draguignan (Var), dans le diocèse de Fréjus (aujourd’hui Fréjus-Toulon). Cet enfant abandonné est recueilli par M. Draqueri et Mlle Marguerite Macco qui prennent soin de son éducation et le font admettre à l’alumnat de Vinovo (1907), puis à celui d’Ascona (Suisse), de 1910 à 1912. D’après la correspondance conservée, il est pris en charge par le P. Damascène Dhers. On sait seulement de lui ensuite qu’il prend l’habit le 14 août 1912 à Limpertsberg au Luxembourg, sous le nom de Frère Domnin et la direction du P. Antoine de Padoue Vidal. Il n’a que 16 ans et demi. Fait-il profession religieuse l’année suivante? Les registres ne l’indiquent pas et les indications trouvées laissent penser le contraire. D’un tempérament nerveux et même violent, il cherche à se dominer, mais sa persévérance dans la vie religieuse donne quelques inquiétudes. Sans doute a-t-il l’intention de quitter le noviciat quand survient la déclaration de guer,re en août 1914. Les circonstances de la guerre empêchent toute formation suivie, les novices du temps sont dispersés dans des fermes pour pouvoir subsister. Sur place, à Limpertsberg, est aussi organisé un temps d’études, dans les heures laissées libres par le travail manuel. A l’affût des nouvelles qui peuvent filtrer de France, il semble vivre en quelque sorte sur les champs de bataille en rongeant son frein. De 1915 à 1917, le Frère Domnin s’exerce à l’étude de la philosophie. Il souffre beaucoup de se voir enfermé. La tuberculose l’emporte le 9 mars 1917, selon les dépêches de l’époque: « Le Frère Domnin est mort de la tuberculose. Il a été très édifiant surtout sous le rapport de la patience, de la douceur, de la piété, pendant toute sa maladie. Quelques mois avant de tomber malade,

le manque de prêtres lui avait inspiré la résolution de se donner tout de bon à Notre-Seigneur. Il avait dès ce jour complètement changé. C’était sa préparation pour le ciel. Il a demandé et reçu l’Extrême-Onction [janvier 19171 avec beaucoup de piété et il a prononcé ses vœux in articulo mortis » écrit le P. Antoine de Padoue Vidal, maître des novices à Limpertsberg, le 15 avril 1917. Il faut préciser que le régime de vie ne permet guère de soins à l’époque et que l’essentiel même fait défaut. Il n’est pas étonnant dès lors que la tuberculose, déclarée en janvier 1917, emporte le Frère Domnin en moins de deux mois.

L’alumnat d’Ascona.

L’alumnat d’Ascona été officiellement occupé en septembre 1910, à partir d’élèves transférés de Belgique et de Vinovo (Italie), sous la direction du P. Damascène Dhers. L’inauguration des lieux date du 28 août 1910, date symbolique de la fête de Saint Augustin. Cette maison, ‘volière qui a seulement changé d’oiseaux’, date d’après la tradition de Saint-Charles Borromée. Elle porte au-dessus de l’entrée une inscription à demi cachée par le lierre: ‘Virtutis palaestra’. On trouve tout autour du cloître des écussons de cardinaux, d’archevêques et d’évêques qu’on dirait laissés par des jouteurs disparus. Par une porte ouverte sur le cloître, on accède à l’église, sombre, dont les vitraux représentent les apôtres. Sous les murs blanchis à la chaux à cause d’une épidémie de choléra, on devine des fresques. A l’autre bout du cloître se trouve la salle d’étude, bâtie par les Salésiens qui ont occupé les lieux durant 10 ans. La maison est entourée de jardins étagés au-dessus des rives du lac Majeur, formant un site superbe. C’est la première guerre mondiale qui mit fin à l’existence d’Ascona dont l’approvisionnement en élèves depuis l’étranger se trouva tarie.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1917, n° 435 p. 82; n° 448 p. 289. Nouvelles de la Famille, 1917, n° 62, p. 98; n° 70, p. 161; n° 83, p. 267; n° 85 p. 281. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Merklen, Carnets. Polyeucte Guissard, Histoire des alumnats, p. 296-297. [A été retrouvée par hasard, dans les papiers du P. Dauby, de la correspondance adressée au Frère Dominin Dupont entre 1910 et 1917, provenant d’une bienfaitrice, une Mme Camus de Draguignan, d’un Chanoine, R. Audiffret de Digne et d’un alunmniste d’Asona, un certain Luigi Bonfiga, qui en 1919, deux ans après le décès de son ami Domnin, évoque encore sa mémoire]. Notices Biographiques