Donat (Philippe) LESAGE – 1891-1914

Décorations posthumes.

« Le P.Calixte [Boulesteix] a déniché dans l’Officiel deux décorations de
médaille militaire attribuées à deux Religieux de l’Assomption tombés au
champ d’honneur. Elles précisent certains détails ignorés jusqu’ici:
Par arrêté ministériel en date du 10 mai 1921, la médaille militaire
posthume est conférée aux militaires dont les noms suivent:

36ème Régiment d’Infanterie, Lesage, Philippe-Arsène- Placide, en religion
Frère Donat, matricule 4951, sergent: « Brave sous-officier, mort pour la
France, le 2
octobre 1914, des suites de ses glorieuses blessures reçues
aux Cavaliers-de-Courcy. Croix de guerre avec étoile de bronze ». (Journal
Officiel, 18 mai 1922, p. 1757).

9ème Régiment des Zouaves, Le Menthéour, Michel-
Joseph-Félix, matricule 24173, zouave: « Brave soldat.
Tombé glorieusement le 16 août 1916 à Maurepas, en faisant vaillamment son
devoir. Croix de guerre avec
étoile de bronze». J.0. 19 mars
1923, p. 287.

Cité d’après Lettre à la
Dispersion, 1926, n° 171, p.
39.

Religieux français, profès in articulo mortis.

Une victime de la grande guerre.

Philippe Lesage est né le 5 avril 1891 à Doville en Normandie (Manche). Fils de Placide Lesage et de Marie Enouf, Orphelin de bonne heure, il est élevé par des Frères de la Doctrine chrétienne, puis placé dans un orphelinat à Montluçon (Allier). Il est reçu à l’alumnat de Calahorra en Espagne, en septembre 1905 et y commence des études de grammaire (1903-1908). Il achève sa scolarité à l’alumnat d’Elorrio en Biscaye (1908-1910) dont il se trouve un des membres fondateurs. Franc, pieux, sous des apprences joyeuses et exubérantes, il cache un fonds de vertu capable de grands sacrifices. Il quitte Elorrio pour enter au noviciat de l’Assomption à Gempe, en Belgique. Il prend l’habit le 14 août 1910, sous le nom de Frère Donat. Il connaît également la vie de novice, quelques mois, au noviciat transféré à Limpertsberg au Luxembourg (1912). Avant la fin de son initiation à la vie religieuse, il est appelé au service militaire. Il obtient la confiance de ses chefs et devient sergent. C’est avec bonheur qu’il s’apprête à retrouver sa communauté religieuse quand éclate la première guerre mondiale. Mobilisé dès août 1914, le Frère Donat part prend aux premières batailles qui marquent le conflit. Au cours de sanglants combats qui martyrisent la ville de Reims (Marne), marchant à la tête de sa colonne, il est renversé par des éclats d’obus qui lui ouvrent le crâne. Durant deux jours et deux nuits, il est laissé sur le champ de bataille, sans pouvoir être relevé. Le 17 septembre, il peut enfin être recueilli par des ambulanciers et il est transporté dans un hôpital de la ville de Reims où il reprend connaissance. Il est suffisamment conscient pour recevoir la communion et le sacrement de l’Extrême-Onction. Il est considéré comme profès in articulo mortis.

Le 2 octobre 1914, souriant et imprimant un long baiser à son crucifix, tandis qu’une larme coule sur sa joue, il exhale le dernier soupir. Il n’a que 23 ans. Son corps repose dans le cimetière de Reims.

Récit des derniers moments.

Une Petite S?ur de l’Assomption, S?ur Marie-Louise du Sacré-C?ur, du couvent de Reims, contactée pour avoir des renseignements sur le décès du Frère Donat, écrit en date du 22 octobre 1914: » À la permanence de la Croix-Rouge, le nom du Frère n’existait sur aucun registre; de plus on nous dit que l’hôpital temporaire n° 5 était un hôpital militaire qui avait quitté la ville, qui se déplaçait continuellement avec ses blessés et qu’il était impossible d’avoir des renseignements. Mais puisque vous me disiez que le Frère était mort à Reims, j’ai pensé que le décès devait être inscrit à l’état civil. Nous sommes donc allées à l’hôtel de ville. Là en effet, d’après l’acte, on put nous dire que le soldat Philippe Lesage, sergent au 36ème R.I., avait reçu une blessure à la tête par éclat d’obus ou shrapnell, qu’il était entré à l’ambulance le 27 septembre et qu’il était mort le 2 octobre. L’employé nous indiqua la seule ambulance qui existe encore ici, dans un quartier un peu préservé des obus, la clinique Mencière, comme ayant dû recevoir les mourants de l’hôpital temporaire n° 5. Nous touchions au but. Là sont des religieuses de l’Enfant-Jésus qui soignent les blessés. Nous avons d’abord parlé à un militaire chargé du bureau des entrées. Il nous dit que le sergent Lesage avait écrit à sa famille et qu’on avait envoyé la lettre en confirmant seulement le décès. Nous supposons que le sergent Lesage avait déjà perdu l’usage de la parole et que cette lettre écrite d’avance devait être envoyée à la famille en cas de décès. Il a subi une trépanation et un érysipèle s’est déclaré qui l’a emporté. Nous avons parlé à la S?ur qui l’a soigné la dernière journée et au prêtre qui l’a assisté. Ni l’un ni l’autre n’ont pu recueillir le moindre mot. Il ne pouvait ni parier ni avaler la moindre goutte. Le prêtre lui a dit de remuer les yeux s’il le comprenait et il l’a fait. Il a reçu l’absolution et l’Extrême-Onction… ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1914, n° 30, p. 1; n° 38, p. 1-3; 1919, n° 569, p. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy.