Edmond HOUDART-P HOUDART-PLAYE – 1881-1916

Vie exposée.
« Me voici sorti du vacarme ou plutôt de l’enfer. Quel affreux spectacle!
C’est un véritable miracle que j’ai pu m’en tirer. Depuis quelques jours,
il était question d’une
attaque des Boches, mais nous ne pensions pas que notre division dût subir
le premier choc. Parti le lundi 22 février
[1916] pour travailler, voilà que des rafales d’obus nous empêchent
d’arriver au point voulu. Vers 3 heures, nous recevons l’ordre de nous
tenir à la disposition du Général de division. C’était un mauvais
présage. Puis nous dûmes faire des abris pour passer la nuit. Déjà je me
trouvais mal à cause des gaz, je vomissais, j’étais à bout de force quand
tout à coup il y a alerte. Nous allons de l’avant pour occuper une crête.
Nous restons là l’après-midi; le soir nous occupons d’autres tranchées,
puis vers le petit matin nous escaladons une crête plus haute. Le vacarme
recommence, impossible de tenir: nos pertes sont considérables. Le
lieutenant
dit qu’il faut rester là coûte que coûte. Nous nous résignons attendant la
mort à chaque instant. Le mercredi et le jeudi passent de même. Comment
tenir sans artillerie? Les Boches nous arrivent par derrière. Augustin
Duchêne
est prisonnier…»

Religieux français.

Une vie religieuse fauchée par la guerre.

Edmond Houdart-Playe (1) est né le 14 août 1881 à Guines, ville du Pas-de-Calais. On ne connaît quasi rien de son enfance et de sa jeunesse. Le Registre indique qu’il prend l’habit religieux à Louvain, le 9 juillet 1906 et prononce ses premiers vœux le 15 août 1909, toujours à Louvain qui reste sa résidence jusqu’à sa mobilisation en 1914. Il y est tailleur, socius du P. François-Xavier Legrand au noviciat du Sacré-Cœur des Frères coadjuteurs. Il renouvelle ses vœux pour trois ans selon la coutume, le 15 août 1912. Le Frère Edmond quitte Louvain le 10 août 1914, en compagnie du P. Savinien Dewaele pour rejoindre son corps d’armée. La voie étant coupée à la frontière franco-belge, ils doivent faire à pied le trajet qui conduit de Blandain à Baisieux. La place d’armes de Lille envoie de là le Frère Edmond à Saint-Omer (Pas-de-Calais) au dépôt du 208ème régiment d’infanterie. On connaît ses différentes affectations: Lisieux, Bergerac. Il écrit à ses confrères de Louvain:

« Depuis mon départ, le Sacré-Coeur m’a accordé une grande grâce, celle de pouvoir prier sur la tombe de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus. J’étais heureux de cette grâce. J’ai bien pensé à vous tous et à toutes vos intentions. Depuis plus de quinze jours, je suis à La Force, près de Bergerac (Dordogne), mais je crois que nous ne tarderons plus à quitter ce village pour marcher vers Reims (Marne). Aussi avant de partir pour le feu, je viens vous demander de me bénir et je me recommande à vos bonnes prières pour que je puisse partir content d’aller faire mon devoir et si toutefois le bon Dieu venait à m’appeler à lui pour que je puisse me présenter à son tribunal en ayant offert généreusement ma vie à toutes les intentions qui vous sont chères.

Malgré tout, il faut bien espérer que tous nous serons bientôt réunis dans notre maison et que nous pourrons chanter un fervent Magnificat d’action de grâces». Le 5 novembre 1914, le Frère Edmond annonce qu’il est désigné pour partir au feu. La destination est inconnue, selon les règles de la censure militaire: « je vais me mettre bien en règle avec le bon Dieu afin que, si Notre Seigneur m’appelle à Lui, je puisse aller Le voir au ciel le plus vite possible. Je demande bien pardon à tous des scandales que j’aurais eu le malheur de leur donner. Je désirerais faire dire deux messes en l’honneur de la Sainte Vierge pour me mettre sous sa protection. C’est de l’argent que j’ai eu en travaillant ici à la couture. Je présume la permission car, si je venais à mourir, cet argent serait perdu. Comme vous le savez, je suis en première ligne, à 300 ou 400 mètres des Allemands, dans des tranchées où l’on est obligé de rester presque toujours. J’ai failli périr le 2 décembre. Je venais de finir de prendre la garde, je rentre dans la tranchée, j’étais seul pour l’instant, j’en profitai pour réciter un chapelet, les bras en croix. Quelques instant après je me couchai. Voici qu’un gros morceau de terre tombe à mes pieds. Je me dis que je sortirai cette terre avec un compagnon à son retour. A peine ai-je fini de penser cela que le plafond de la tranchée tombe sur moi. Seuls ma tête et mes mains sont libres, mais impossible de bouger. Je crie au secours, mes compagnons arrivent et commencent à me déblayer, mais sans se faire apercevoir des Allemands qui peuvent à tout moment tirer. Mes amis me demandent de me taire. J’ai promis à saint Joseph, à Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus et au P. Vincent de Paul de réciter un chapelet les bras en croix si je suis sauvé. J’embrasse les amis qui me tirent de là. Ayant sur moi un flacon d’alcool, je le partage avec eux. On reconstruit la tranchée avec le bois du village voisin». En janvier 1915, le Frère Edmond, malade, est soigné à l’hôpital Corbineau à Châlons-enChampagne. En mars 1915, il se trouve en convalescence à l’hôpital de Montrichard (Loir-et-Cher). En juillet 1915, il peut prendre quelques jours de permission à Menton (Alpes-Maritimes). En décembre 1915, le Frère Edmond remonte au front et écrit qu’il doit disputer son sac et son linge aux rats. Il connaît l’enfer de Verdun et reçoit une citation pour sa bravoure. Il est grièvement blessé le 31 août 1916 en relevant un blessé. Il meurt ce même jour dans l’ambulance à Lihons (Somme). Son corps est inhumé au cimetière de Caix (Somme), près de Rosières-en-Santerre. A titre posthume, en 1920, il est décoré de la Croix de guerre. Le dimanche 19 février 1922, la ville de Guines fait célébrer un office solennel à la mémoire de ses dix enfants morts à la guerre dont les corps sont ramenés dans la terre natale.

(1) Houdart-Playe est le nom complet du Frère Edmond, souvent écourté en Playe.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1919, n° 569, p. 271. Lettre du front du Frère Edmond Houdart-Playe, 1er mars 1916. De 1914 à 1916, le Frère Edmond Houdart-Playe a donné de nombreuses chroniques de sa vie au front, dont plusieurs sont reproduites dans L’Assomption aux armées.