Edouard (Charles-Emmanuel) LESUEUR – 1876-1963

Dans la peine.
«Vous m’excuserez si je prends la liberté de vous
écrire. Lors de votre passage à Menton, je vous avais exposé mon désir de
me rendre à Paris au sujet de ma belle-s?ur, gravement malade, et de mon
neveu qui me donnait des inquiétudes. Vous m’aviez donné l’autorisation de
faire ce déplacement, mais aussi
précisé qu’auparavant je devais en parier au P. Elie
[Bicquemard], mon Provincial. Je reçois aujourd’hui une lettre de faire-
part m’annonçant le décès de ma belle-s?ur. Mes deux neveux sont absolument
seuls. L’aîné m’écrivait récemment qu’il était bien inquiet des idées de
son jeune frère et qu’il n’y avait que moi pour le dissuader d’entrer dans
la Légion étrangère. Il me priait de faire l’impossible pour le faire
revenir sur sa détermination. Je vous demande donc l’autorisation de faire
ce déplacement et d’avoir la bonté de me faire une lettre de voyage. Je
vais
écrire de même, de suite, au P. Elie Bicquemard, mais je ne sais ni où ni
quand ma lettre l’atteindra, car je le crois actuellement en voyage.
Croyez, mon Père, à mon religieux dévouement ».

Frère E, Lesueur.

Religieux de la Province de Lyon.

Le temps de la formation.

Né à Paris le 2 juillet 1876, Charles-Emmanuel Lesueur se destine à la vie religieuse sacerdotale à l’Assomption. On sait qu’il a passé quelque temps à l’alumnat de Mauville (Pas-de-Calais), mais les difficultés rencontrées pour l’étude du latin le font renoncer. Il fait un essai chez les Clercs de Saint- Viateurs, y prend l’habit après dix mois, il rentre en famille et travaille comme caissier dans une librairie parisienne (Bray). Sa s?ur demande son admission chez les Oblates de l’Assomption. Peut-être cela l’encourage-t-il à frapper à nouveau à la porte de l’Assomption comme frère coadjuteur. Il prend l’habit au noviciat de Livry-Gargan (Seine-Saint- Denis), le 9 août 1894, sous le nom de Frère Edouard. Il est alors envoyé au noviciat de Phanaraki en Turquie, quittant la France pour dix ans afin de bénéficier par le fait même des avantages de la loi militaire en vigueur. Il prononce ses premiers v?ux à Phanaràki, le 28 septembre 1897, et ses v?ux perpétuels, au même lieu, le 27 septembre 1903. D’après sa fiche personnelle de renseignements, il est employé comme jardinier à Phanaraki de 1895 à 1902, puis comme portier à Kadi-Keuï, de 1902 à 1903. Il revient en Europe: il est jardinier à Gempe en Belgique, de 1903 à 1907. C’est là en effet que s’organise une maison de formation pour les religieux convers, sous la conduite du P. Marie-Clément Staub, le futur fondateur des S?urs de Sainte Jeanne d’Arc en Amérique. Sous son impulsion, le noviciat à Gempe devient une véritable Trappe assomptionniste, se distinguant pour sa régularité et sa ferveur. Le P. Marie-Clément y pratique l’amalgame des jeunes et des anciens, ceux-ci entraînant ceux-là non seulement aux coutumes de la vie religieuse mais à l’apprentissage de toutes sortes de travaux.

Le Frère Edouard fait partie de l’équipe des anciens et a pour spécialité le jardinage. Mais un jour que, par le tram à vapeur de Wigne-Saint-Georges, il est allé porter des légumes à la communauté des étudiants à Louvain, Demi-Rue, il prend froid en cours de route et, suite à la fatigue qu’il en éprouve, ses supérieurs croient plus prudent de l’envoyer sur la Côte d’Azur, à la communauté assomptionniste qui dessert la chapelle Saint-Joseph.

Un vétéran à Carnolès.

C’est dans ces circonstances que le Frère Edouard arrive en 1907 à Carnolès (Alpes-Maritime), en qualité de sacristain et de jardinier, devant d’abord rétablir sa santé. Le Frère Edouard est donc un des témoins des premières installations-transformations qui progressivement agrandissent la chapelle. Elle devient une véritable église dont il est le gardien attentif et fervent pendant 56 ans! « Le Frère Edouard a le culte du devoir d’état. C’est un modèle de Frère coadjuteur. Il ne perd jamais son temps, pas plus qu’il n’omet un exercice religieux: méditation, lecture spirituelle, visite au Saint-Sacrement. Il n’est pas nécessaire de lui commander, il suffit de suggérer ou d’émettre un désir ». La veille de la fête de l’Assomption, le 14 août 1963, le Frère Edouard meurt subitement, à l’aube de sa 88ème année. Levé très tôt le matin, comme d’habitude, il descend à la chapelle et se confesse pour se préparer à la fête du lendemain. Il sonne l’Angélus, sert deux messes, reçoit la communion, et, après le déjeuner, termine la préparation de la procession qui se déroule dans le petit parc. Une crise cardiaque le surprend, près de la statue de Notre-Dame de Lourdes, où on le trouve étendu peu après. Cette mort subite provoque une profonde impression dans la population de Carnolès où ce religieux est connu depuis de nombreuses générations et où il a une véritable réputation de sainteté. De nombreuses offrandes de messes sont collectées à l’intention du repos de son âme. Les obsèques du frère Edouard sont célébrées le samedi 17 août dans l’église Saint-Joseph à Carnolès. Le corps est transporté sur les hauteurs de Roquebrune, au cimetière dominant la mer, dans le caveau où reposent déjà 14 religieux de l’Assomption, dont le P. Eloi Genoux et Mgr Petit.

Bibliographies

Bibliographie et documentation:- B.O.A. mars 1964, p. 233. Lettre à la Famille 1963, n° 361, p. 483. Rhin-Guinée, septembre 1963, n° 47, p. 7. Lettre du Frère Edouard Lesueur au P. Gervais Quenard, Menton, 1er avril 1924. Du Frère Edouard Lesueur, dans les ACR, correspondances (1907-1953).