Edouard (Etienne) BACHELIER – 1857-1929

Portrait

On prête au P. Bachelier cette maxime d’éducateur: ‘Soyez des hommes; au
ciel il n’y aura pas d’enfants!’
Certes de son enfance, le P. Edouard a été quelque peu privé, ce qui peut
expliquer sa sévérité dans la marche des alumnats; et pourtant on se
tromperait en l’imaginant comme un ascète toujours sérieux ou sans détente.
Il aime la vie et la diffuse,
parfois même avec une exubérance tumultueuse dont son rire est le signe. Il
aime les jeux, même le travail manuel, cette rude école de vie, à sa suite
devient plus un divertissement qu’une corvée.
« D’une taille moyenne, plutôt corpulent, des cheveux noirs et abondants,
une figure au front large et au nez busqué, il eût fait un César de bronze.
Il avait quelque chose du P. d’Alzon. Ce qu’il écrivait était net et sans
ornements. Il excellait surtout dans la causerie et l’on ne se souvient pas
de s’être ennuyé pendant ses conférences.
Faisant un jour un compliment à l’évêque de Tournai, il s’aperçoit au
milieu qu’il lui manque deux feuilles; il
envoie un alumniste les chercher et pendant ce temps raconte une histoire..
».

Religieux français.

Un orphelin du P. Halluin, premier prêtre sorti des alumnats.

Né le 4 janvier 1837 à Paris, sur la paroisse Notre-Dame de Lorette, très jeune orphelin de père et de mère, Etienne est recueilli à l’orphelinat du P. Halluin à Arras (Pas-de- Calais) . Il fait partie du premier contingent qui fonde l’alumnat de Notre-Dame des Châteaux (1871-1872) avant de rejoindre, à 15 ans, le noviciat du Vigan qui est dirigé par le P. Hippolyte Saugrain (mars 1872-octobre 1873). Son jeune âge ne l’autorisant pas à professer des vœux, il est ensuite dirigé sur le collège de Nîmes (1873-mai 1875), fait partie des aventuriers de l’Espérou (mai-septembre 1875) toujours en qualité de ‘novice prolongé’ et gagne la capitale où il prononce ses premiers et perpétuels vœux le 11 novembre 1875 entre les mains du P. d’Alzon. Le P. Géry Delaileau, lui- même novice du P. Picard, l’initie à la philosophie (1875-1878) tandis qu’un élève de Polytechnique lui révèle les secrets des mathématiques. Il suit les cours de théologie deux ans (1878-1880) dans ce qui est l’embryon de l’Institut catholique de Paris: son programme est éclectique: hébreu, chimie et histoire! Il étudie par lui-même la théologie morale et le droit canonique. La patrologie le passionne au point qu’il fait imprimer un petit opuscule sur les Pères latins, destiné aux grands humanistes. En novembre 1880, il subit les expulsions. Le 11 juin 1881, il est ordonné prêtre par Mgr Goux, évêque de Versailles et ami de l’Assomption.

Un supérieur-éducateur hors pair dans les alumnats.

Presque toute la vie active du P. Edouard va se dérouler dans le cadre des alumnats, tout d’abord à Alès (Gard) pour seconder le P. Henri Brun (1881-1883).

A Clairmarais (Pas-de-Calais), il cumule les fonctions de supérieur d’alumnat et de curé de la paroisse pendant 21 ans (1883-1904). La dissolution de la Congrégation et sa dispersion à l’extérieur du territoire français le conduisent en Belgique; à Taintignies où il est supérieur de l’alumnat d’humanités (1904-1916). Les perturbations de la grande guerre le déplacent à Sart- les-Moines (1916), à Londres (1917), enfin à Bourville en Normandie (1917-1918) où il est tout heureux de reprendre l’enseignement de la littérature tant française que latine pour les grands élèves de philosophie. Très estimé de ses confrères -il est d’ailleurs membre de droit des Chapitres généraux- le P. Edouard fait de l’Assomption sa seule famille et il voue à la jeunesse un dévouement perspicace qui lui fait lire sans peine dans les cœurs. Certes, son affection a quelque chose de ferme et même de rugueux, car, de tempérament entier, le P. Edouard ne transige ni avec la doctrine ni avec le règlement. Amoureux de la nature et de la musique religieuse, il prend soin de faire installer des orgues aussi bien à Taintignies qu’à Sart-les- Moines; son souci pédagogique est d’élever très tôt le jeune à la taille adulte non seulement sur le plan de la formation intellectuelle mais également sur le plan moral. C’est pourquoi il encourage auprès des élèves la participation aux Conférences de Saint Vincent de Paul pour les initier aux réalités sociales du temps.

Les dernières années

Le P. Edouard aspire à être déchargé d’activités et de responsabilités: en décembre 1918, il gagne la maison de repos à San Remo en Italie jusqu’en 1920. Pourtant s’y ennuyant, il demande à reprendre encore du service au noviciat et au scolasticat de philosophie à Saint- Gérard (Belgique) jusqu’en 1924 où il est obligé de se ménager. Dirigé sur Locarno d’abord, il est conduit à Lorgues (Var) en 1926. il souffre surtout de difficultés respiratoires. Une première crise en mars 1929 fait croire à un dénouement rapide. Il dépérit progressivement, ne pouvant presque plus parler. Le 9 mai 1929, le jour de l’Ascension, il meurt doucement, sans secousse, dans sa soixante-treizième année.

Bibliographies

Bibliographie et documentation Lettre à la dispersion 1929, n° 307, p. 126-127; n° 308, p. 134-136. P. Guissard, Portraits assomptionistes, p. 155-169. L’Assomption et ses œuvres, 1930, n° 342, p. 195-199. Lettres d’Alzon, t. XIII (1996), p. 434-435. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Les Archives romaines conservent un important fonds de correspondances du P. Bachelier échangées avec les religieux de son temps, entre 1882 et 1920, ainsi que de nombreux rapports sur les alumnats et maisons de formation à l’Assomption, durant cette période.