Edouard (Philippe) MELCHIOR – 1909-1981

Bogota, 1964.
« Notre conversation téléphonique à peine terminée, je m’empresse de vous
écrire. Je vous remercie tout d’abord de la confiance que vous mettez en
moi et je vous réitère ma promesse d’être prêt. Tout cela avec l’aide de
Dieu, bien entendu. Sans
doute recevrai-je vos ordres en temps opportun ainsi que ceux du P. Vargas.
Pouvez-vous lui signaler cette offre que vous
me faites? Ce qui m’étonne, c’est que vous n’ayez pas fait allusion au P.
Sylvère Pirlot qui pourtant avait écrit au P. Jesus Fernandez pour savoir
ce qu’il en était concernant le séminaire. Or c’est un bon religieux,
intelligent et très débrouillard. Il ferait beaucoup mieux que moi comme
organisateur et il avait chargé le P. Jesus de la Esperanza de prendre des
renseignements auprès de vous à ce sujet. N’ayez pas peur de lui écrire à
ce sujet parce que deux têtes valent
mieux qu’une, n’est-ce pas? Je sais d’ailleurs qu’il voudrait aussi une
réponse assez rapide pour pouvoir commencer avec moi en février. Je
souhaite que tout cela aille vite pour
pouvoir être là un peu avant le temps. Les Pères peuvent attendre du
renfort venant d’Europe. Pour le P. Théo Lowet, religieux au demeurant
sympathique, je ne compte pas sur lui ».

Religieux de la Province de Belgique-Sud.

Curriculum vitae.

Né le 4 juin 1909 à Maaseyk, au Limbourg belge, Philippe Melchior, après ses études primaires au pays natal chez des Frères (1915-1919), est scolarisé à Bruxelles de 1920 à 1923, puis à. l’Institut Saint- Georges de Bruxelles (1923-1936). Il entre à l’alumnat d’humanités de Sart-les-Moines (1926- 1930). Venu au noviciat de Taintegnies, il prend l’habit et le nom de Frère Edouard, le 28 septembre 1930. Il prononce ses premiers vœux le 29 septembre 1931. Le P. Romanus Declercq, son maître des novices, le jauge ainsi: « Frère Edouard est un religieux fervent, avec beaucoup de ressources. D’une intelligence ouverte, d’un sens pratique averti, il est d’un caractère jovial et un peu timide, même s’il sait être caustique ». Le Frère Edouard accomplit deux ans de philosophie à Saint- Gérard (1931-1934) et s’acquitte de ses obligations militaires au camp de Beverloo. Le 29 septembre 1934, il prononce ses vœux perpétuels à Louvain où se déroulent ses années de théologie (1934-1938). Il est ordonné prêtre à Louvain le 6 mars 1938. Le P. Edouard est nommé professeur à Bure (1938-1945) où il enseigne le français, le latin et le grec. Après la guerre, il se trouve, à cause de ses opinions rexistes (1), dans l’obligation de changer de résidence. Il se rend à Sart-les-Moines en 1945 pour s’occuper des vocations tardives. En 1946, il est envoyé en Colombie, vicaire à Cali, puis professeur à Bogota au collège des Frères. Survient la révolution de 1948: le collège est incendié, plusieurs religieux manquent de perdre la vie dans les troubles. Transféré aux U.S.A., le Père Edouard est d’abord affecté à la paroisse Notre-Dame de Guadalupe, puis au collè e de Worcester (1948-1957). A la fin de l’an9 née 1957, le collège de Bogota est réouvert et il accueille à nouveau le P. Edouard qui en sera le directeur à partir de 1969.

Il est auparavant supérieur de communauté, de 1959 à 1969. En 1973, le Père Edouard rentre en Belgique. Affecté à la rue Duquesnoy à Bruxelles, il assure un service à l’église de La Madeleine. Durant l’été 1980, se déclare un cancer du poumon. Hospitalisé à partir de l’automne, le Père Edouard meurt le 11 janvier 1981. Après la cérémonie des obsèques célébrées à La Madeleine, son corps est transféré et inhumé à Saint-Gérard, le 14 janvier.

Extraits de l’homélie des funérailles.

« Après la seconde guerre mondiale, la Province de Belgique accepta un champ d’apostolat nouveau en Amérique du Sud, en Colombie. Ce fut une découverte aussi passionnante qu’éprouvante qui y attendait les premiers pionniers de cette aventure apostolique, dans ces contrées encore bouleversées par la violence, la misère et le désordre. Le Père Edouard connut les douloureux débuts de cette fondation assomptionniste, dans. le souci de l’éducation chrétienne de la jeunesse et de la préparation d’une relève à prévoir à partir de vocations du pays. Ce fut la fondation à Bogota du collège Emmanuel d’Alzon, sous la direction du P. Edouard. Ce collège vient de fêter ses 25 premières années de fondation et les anciens n’ont pas manqué de lui témoigner toute leur reconnaissance… Le Père Edouard manifestait d’une part la physionomie généreuse, ardente jusqu’à la rigueur, semblable à celle d’un Jean-Baptiste et, d’autre part, on découvrait bientôt en lui la présence douce et humble du Christ venu comme Sauveur, sensible à toute misère dont il savait prendre pitié. Timide, donc un peu bourru, ce religieux avait du cœur à revendre. Fidèle enamitié, il nous manque déjà, lui qui est entré dans la vérité et dans un amour en plénitude ». (1) Le rexisme est un mouvement politique d’extrême droite qui s’est développé en Belgique, sous la direction de Léon Degrelle, dans les années qui précèdent la deuxième guerre mondiale. Rex est le nom de la publication fondée en 1932, d’abord mensuelle, puis hebdomadaire. Après 1940, Degrelle s’est fait le champion en Wallonie de la collaboration avec l’Allemagne et créa la division S.S. Wallonie.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (II) 1981-1983, p. 5. Belgique-Sud Assomption, février 1981, n° 118, p. 1717-1720. Lettre du P. Edouard Melchior au P. Armand Desautels, Bogota, 19 décembre 1964. Du P. Edouard Melchior, dans les ACR, notes historiques sur l’Assomption en Colombie (1948-1962), rapports sur le collège de Bogota (1958-1963), quelques correspondances (1958-1965).