Elias (Louis-Jean-Marie) HELIAS – 1920-1996

Portrait.
De sa terre natale, Louis a gardé le sens du travail et du sérieux. Il
détestait la paresse et la légèreté. Il a planté sa charrue et, malgré les
épreuves de santé, il a maintenu le soc dans le droit fil de l’idéal
assomptionniste. La Règle de Vie dit: ‘Toutes nos activités seront animées
d’un esprit doctrinal, social, ?cuménique’. Ces réalités, notre frère les a
vécues en synthèse, sans rupture. Est-ce exagéré de dire qu’il avait le
culte de l’intelligence? Il voulait voir clair. Il a toujours
cherché à comprendre. Il avait la passion de la vérité. Il a pu paraître
mordant parfois. Ses piques faisaient mouche souvent. Cela venait de son
ambition pour ses frères, qu’il ne voulait pas quelconques. On ne l’a pas
toujours compris. Il a été malheureux
de n’être pas entendu. Cultiver l’intelligence est une chance et un risque.
Aimer l’intelligence ne veut pas dire manquer de sensibilité. Elias, en
dépit des apparences, demeurait un homme chaleureux. Pudique,
il ne montrait pas toujours ses sentiments. Beaucoup connaissent l’histoire
du pasteur de Lezay qui disait partout que la plus belle lettre qu’il ait
reçue à l’occasion de la mort brutale de sa fille venait du P. Hélias ».

Religieux de la Province de France.

Curriculum vitae.

Louis-Jean-Marie Hélias est né à Landudec (Finistère), le 25 mars 1920, dans une famille qui comptera 3 garçons et 3 filles. Il entre à l’alumnat de Saint-Maur (Maine-et-Loire) en 1931, puis de Melle (Deux-Sèvres) en 1934 et de Cavalerie (Dordogne) en 1935. Le P. Alexis Chavin le présente au maître des novices: « C’est un jeune homme très pieux, intelligent, docile et faisant preuve d’initiative, une âme délicate, qui donne tous les espoirs ». Louis prend l’habit à Pont-l’Abbé d’Arnoult (Charente- Maritime), le 27 septembre 1936, sous le nom de Frère Elias. Après sa première profession le 28 septembre 1937, il va étudier la philosophie à Scy- Chazelles (Moselle). En 1939, il est professeur à Blou (Maine-et-Loire) où les élèves de 3ème, issus de Saint-Maur et de Cahuzac (Gers) ont rejoint les vocations tardives. Il est mobilisé en juin 1940, à temps pour partir en Allemagne. Il s’en évade en août 1942, commence sa théologie à Layrac (Lot-et- Garonne), puis à Lormoy (Essonne) où il est profès perpétuel le 10 septembre 1943 et ordonné prêtre le 24 mars 1946. Il passe deux ans à Bordeaux (Gironde) pour une licence de Lettres classiques. Il est ensuite professeur de seconde au collège de Tarbes (Hautes-Pyrénées) où il fait sa première expérience de la maladie. Il entre au sanatorium de Thorenc (Alpes-Maritimes) en août 1950, en sort en décembre 1951 et se repose huit mois à Lorgues (Var). En 1952, il est nommé professeur d’Ecriture sainte à Layrac et devient, en 1954, supérieur du scolasticat. En 1959, il est nommé supérieur de l’alumnat de Cavalerie. De 1961 à 1966, il enseigne au collège Saint-Caprais d’Agen (Lot-et-Garonne). En 1966, le voilà curé de Lezay, chef-lieu de canton voisin de Melle. Il y réside avec deux autres religieux. Ne se contentant pas de la pastorale ordinaire,

il travaille à l’?cuménisme avec le pasteur local, vite devenu un ami. En 1969, il est à nouveau malade, subit une opération, se repose jusqu’à l’automne 1970, tantôt à Melle, tantôt en Bretagne. Après un an à Paris, aux Etudes byzantines où il éprouve la crainte d’un échec et la nostalgie de Lezay, son attrait de la vie pastorale le ramène vicaire à Melle d’où il part pour Jérusalem en 1972. Dépressif, il est rapatrié au début de janvier 1973, subit une nouvelle hospitalisation et se trouve forcé au repos. Il revient alors aux Etudes byzantines dont l’administration lui est confiée en juin 1977. Mais à partir de mars 1979, c’est à nouveau le repos forcé, avec quelques mois à Longpont, puis deux années à Layrac. En septembre 1971, il peut reprendre du service en la paroisse de La Gentte à la Rochelle (Charente-Maritime). L’évêque le nomme exorciste diocésain en 1985. A l’automne 1986, il est hospitalisé pour hernie discale. Il retourne à Layrac en janvier 1987, est hospitalisé pour une otite le 8 mars. Il revient à La Rochelle où il est hospitalisé en avril. A propos du livre Jonas de Jean-Paul de Dadelsen, il s’interroge: « Toute maladie n’est-elle pas le stigmate de quelque trouble spirituel? ». Le P. Hélias quitte La Rochelle en septembre 1988, passe deux ans à Pont-l’Abbé d’Arnoult, retourne enfin au Prieuré de Layrac qui lui est si familier (septembre 1990). Il y meurt le 1er juin 1996 et est enterré le 3 juin.

Homme du questionnement.

Religieux et prêtre cultivé, soucieux de doctrine, le P. Hélias manifestait un grand respect pour nos aînés engagés dans la recherche. Nul ne s’étonnera qu’au moment de l’aggiornamento de la vie religieuse, il ait exprimé son souci au P. Guillemin en 1969: « Que faut-il attendre du Chapitre général? Nous participons évidemment tous au désarroi de l’Eglise aujourd’hui, et le grand et seul problème au fond, est celui de la foi. Qu’est-ce qu’être chrétien aujourd’hui? Qu’est-ce que nous avons à dire au monde païen? Et comment le dire? Comment vivre en Eglise aujourd’hui? Faut-il garder une façade de rites, un culte qui ne correspond plus à la foi, ou promouvoir une autre Eglise? Il m’a semblé bien oisif de discutailler sur des formules de Constitutions quand il n’y a aucune élaboration théologique, aucun accord sur le fond doctrinal, sur l’orientation missionnaire, alors qu’il s’agit d’une Congrégation religieuse apostolique ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (VII) 1996-1997, p. 21-24. ART Informations, 1969, n°2, p. 3 ; 1972, n°33, p. 2 ; 1973, n°43, p. 2. Assomption-France, Nécrologie 1996, p. 362-365. Portrait par le P. Jean Pérennès. Du P. Elias, dans les ACR, correspondances (1945-1960), rapports sur Cavalerie (1959- 1960), notes pour les révisions des Constitutions (1960).