Eloi (Jean-Baptiste) GENOUX – 1874-1935

Petit paradis en 1936.
« Ce fragment de la Côte française entre le Cap-Martin et la frontière
italienne voisine est peut-être le plus tranquille de toute la Côte d’Azur.
En arrière, la haute montagne aride et grise dresse ses cimes déchiquetées
et menaçantes. En avant de cet écran gigantesque qui arrête les vents
froids du Nord et réfracte le soleil toujours ardent, des collines moins
sévères, mais encore abruptes, ont glissé et s’aventurent
jusque dans le voisinage de la mer. Sur leurs pentes découpées
horizontalement en une infinité de terrasses, des bras vigoureux et des
mains expertes sèment, plantent, arrosent et recueillent les légumes et les
fleurs qui sont ici plus qu’ailleurs une fortune. Beaucoup hélas! de ces
bons ouvriers des champs commencent à déserter la terre; les uns par force,
victimes de l’industrie
hôtelière qui multiplie sur tous ces sites pittoresques les villas et les
hôtels luxueux; les
autres par lassitude et par l’appât de gains somptueux dans les stations
plus renommées et plus fréquentées. Carnolès est encore terrien. Les bruits
de Menton n’y arrivent guère… ». P. Benjamin Laurès.

Eloi (Jean-Baptiste) GENOUX

1874-1935

Religieux de la Province de Lyon.

Uu pilier de Carnolès: 36 ans de présence.

Jean-Baptiste est né le 7 janvier 1874 à Vichy (Allier). Aluniniste à Villecomtesse (Yonne), de 1887 à 1891, puis à Clairmarais (Pas-de-Calais), de 1891 à 1892Y il opte pour la vie religieuse à l’Assomption. Il prend l’habit, sous le nom de Frère Eloi, à Livry, le 25 décembre 1892, puis part pour Phanaraki en Turquie, profitant de l’article 50 de la loi militaire qui dispense de la caserne les jeunes gens qui se trouvent hors d’Europe avant leurs 19 ans révolus et qui servent un intérêt culturel de leur pays. Il prononce ses premiers vœux à Phanaraki le 25 décembre 1893 et ses vœux perpétuels le 25 décembre 1894. Il reste sur place pour deux années de philosophie (1894-1896) et c’est à Rome qu’il étudie la théologie (1896-1899). Mais déjà des problèmes de santé imposent un séjour à Carnolès-Menton (Alpes-Maritimes) qui va être le séjour d’une vie. Le 8 septembre 1898, à Livry, il est ordonné prêtre par Mgr Le Roy, Supérieur général des Spiritains. A Menton, le P. Eloi aide au ministère paroissial les PP. Octave Caron et Frédéric Raynaud jusqu’en 1904. Le P. Eloi devient supérieur de la communauté de 1904 à 1923, puis de 1926 jusqu’à l’arrivée du P. Renaud Burdin en octobre 1935. Le P. Eloi meurt à Carnolès, à 61 ans, le vendredi 29 novembre 1935 d’une crise d’urémie. Il est inhumé le lundi 2 décembre, au cimetière de Roquebrune-Cap- Martin. Personnalité marquante.

Le P. Eloi laisse à Carnolès la réputation d’un religieux très attachant et entièrement dévoué au développement de ce poste un peu spécial sur la Côte d’Azur, mi-maison de repos pour des religieux malades, mi-paroisse ou desserte de paroisse sans reconnaissance officielle jusqu’au XXème siècle.

Tous ceux qui ont connu le P. Eloi ont souscrit sans peine à ces trois notes distinctives décernées par le P. Avit Chapuis sur son ancien condisciple de Carnolès: finesse, délicatesse et patience. À ces dons de douceur, le P. Eloi ajoute en effet une patience souriante, enveloppée dans un climat de discrétion qui lui fait dire en privé: « Ce qu’on ne peut éviter, il n’y a qu’à le supporter ». Cette attitude de support est le fruit de son bon sens, de son esprit judicieux et de son caractère de grande amabilité, mais aussi de sa condition permanente de ‘malade sous observation’. C’est pour cela sans doute qu’il sait mettre les personnes à l’aise, les encourager, les apaiser et faire bon accueil à toutes les détresses. On comprend pourquoi on recourt si facilement à lui, non seulement de Carnolès, mais de Menton où son nom est très connu et estimé. La longévité de sa permanence à Carnolès le rend en quelque sorte familier du paysage local, tout comme son influence sans bruit, par infiltration, le rend attachant à ceux qui le fréquentent, pratiquants ou non. Une notice sur le P. Eloi équivaut en quelque sorte à une notice sur Carnolès. En 1903, le P. Eloi joue un rôle capital pour conserver à l’Assomption cette résidence acquise en 1893-1894. À cause des lois de proscription, les religieux, fictivement sécularisés, sont appelés ‘Pères de Saint-Joseph’ du nom de la chapelle desservie. Grâce à un don de Mme de Quinsonas, ils peuvent acquérir les biens de l’Assomption mis en liquidation (chapelle et terrains) et même faire construire grâce à un geste financier complémentaire de Mme du Sablon, la résidence propre des religieux. Un ensemble d’œuvres paroissiales, patronage, écoles, société de gymnastique, salle de cinéma, cercles, confréries, voient le jour à partir de 1905, grâce au concours du P. Honoré Brochet, puis du P. Achille Vandepitte. L’animation de la chapelle Saint-Joseph vit sans doute ses plus beaux jours à cette période. Enfin il ne faut pas oublier que la maison de Carnolès reçoit fraternellement, à cause de la douceur du climat, nombre d’Assomptionnistes de petite santé ou de santé délabrée ou déjà malades ‘en sursis’. Le P. Eloi a été en plus un confesseur très apprécié dans les diverses communautés de la région. L’œuvre de Notre-Dame de Salut trouve aussi en lui un concours précieux.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1935, n° 617, p. 522-524; 1936, n° 626, p. 57-59; 629, p. 81-86; n° 630, p. 89-93. Eclaireur de Nice, 3 décembre 1935. Natice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Du P. Eloi Genoux, dans les ACR, importante correspondance (1896-1930) rapports sur Carnolès (1906-1921) Notices Biographiques