Emile-Marie GAYRAL – 1920-1984

Cahuzac, 1961.

« Lors de l’envoi du rapport pour la profession perpétuel le du Frère André
Hillaireau, j’ai oublié de joindre une demande concernant d’ailleurs cette
profession. Le Frère doit prononcer ses vœux au noviciat de Pont-l’Abbé le
29 juin [1961], si vous jugez bon de l’admettre. Mais à cette date, les
religieux de Cahuzac qui voudraient y assister
seront pris. Cette cérémonie pourrait-elle avoir lieu le 16 juillet? Comme
partout, l’année scolaire à Cahuzac s’achève. Elle s’est assez bien passée.
Nos alumnistes ont commencé à 54; ils ne sont plus que 50, 4 étant restés
dans leur famille, soit à Noël, soit à Pâques, tous faute de moyens
intellectuels suffisants. Nos 9 élèves de
4ème pensent avec angoisse à leur examen d’ascendat. Dans quelques jours,
ils iront faire une petite retraite à la Trappe de Sainte-Marie du Désert,
sous la direction du P. Hervé
[Stéphan]. Dès les premiers jours du 3ème trimestre, nous avons été heureux
de recevoir le Père Aubain [Colette] pour la visite canonique dont on
attend tous les fruits ».
P. Gayral au P. Wilfrid
Dufault, 2 juin 1961,

Emile-Marie GAYRAL

1920-1984

Religieux de la Province de France, assistant provincial de Bordeaux (1964).

L’homme, petit de taille, grand par le cœur.

Emile-François-Roger Gayral qui en raison de sa petite taille -1,34 m.-sera surnommé affectueusement ‘Pitchoun’, est né le 13 février 1920 à Pins-Justaret (Haute-Garonne). Il fait ses études à Cahuzac (Gers), de 1933 à 1936, et Cavalerie (Dordogne), de 1936 à 1939. Une fois terminé son noviciat à Pont-l’Abbé d’Arnoult en Charente-Maritime (prise d’habit le 29 septembre 1939; première profession le 30 septembre 1940 avec ce commentaire concis du P. Gausbert Broha au sujet du Frère Emile-Marie: Vir simplex et rectus), le Frère Emile arrive à Lormoy (Essonne) en 1940 et y revient en 1944 après une année dans la clandestinité pour échapper au S.T.O. Il achève sa théologie à Layrac (Lot-et-Garonne) où il est ordonné prêtre le 1er mars 1947. Sa profession perpétuelle date du 29 septembre 1945. A Cahuzac, de 1947 à 1964 il est tout d’abord professeur de la classe de 6ème et curé de Montiron, puis supérieur à partir de 1954. Dix-sept ans durant, tu es au service des jeunes candidats au sacerdoce. Tu les suis, éveilles, éduques avec compréhension, persévérance, douceur et fermeté, afin qu’ils deviennent d’abord des hommes de foi, et si Dieu les appelle, prêtres. La proximité du sanctuaire de Notre-Dame a sans doute beaucoup contribué à ,renforcer ton culte de la Vierge, mais cela t’a amené aussi à apprendre aux jeunes à aller à jésus avec Marie et par Marie (1). En 1964, le P. Emile devient toulousain et second assistant du Provincial de Bordeaux, le P. Henri Guillemin. La connaissance de ses frères en religion, son tempérament méridional et son humour contribuent, dans les diverses circonstances du gouvernement de la Province, à désamorcer bien des drames.

Son affabilité fraternelle et sa sagesse aident aussi bien des religieux à relativiser leurs difficultés et à reprendre courage. Je sais que l’un ou J’autre lui doit sa persévérance (2). Le P. Emile fait partie de la communauté de la Grande-Allée (Orphelinat à Toulouse) et, depuis 1977, de celle de Toulouse-Casselardit. Chargé du service de la chapelle, tu t’adaptes avec facilité à ton nouveau peuple, sous l’égide de Notre-Dame de Lourdes. Pendant une quinzaine d’années, tu donnes à ceux qui fréquentent cette chapelle le meilleur de toi-même. Tu as changé de public, mais pas de cœur, et nombreux sont ceux qui profitent de ton amitié, de ton zèle, de la prière, de ta disponibilité. Autant de chemins qui, je n’en doute pas, leur ont permis de trouver Dieu. Vie donc bien remplie, toute simple et sans histoire. Accueillie, acceptée comme elle se présente. Vie sans souffrance? Non. Je sais que le P. Emile souffre du handicap de sa taille. S’il donne l’illusion d’une sereine indifférence c’est à force de volonté, de maîtrise de soi.. (1). La taille d’Emile aurait pu le desservir. Il désamorce toutes les possibilités de moqueries, plaisantant le premier de lui-même. Le sens religieux de son ministère et sa voix de stentor provoquent au contraire, respect et admiration (3). Autre témoignage sur le P. Emile, celui du P. Joseph Barbaste, curé de Saint-Sernin à Toulouse, ancien supérieur du petit séminaire: « J’ai apprécié sa collaboration, il y a une vingtaine d’années, au Centre diocésain des Vocations. Dans nos réunions où séculiers et réguliers étaient sur la réserve pour collaborer, il fonçait et entraînait les autres, tellement sa foi et sa confiance étaient grandes dans l’unique Maître que nous servions, chacun selon sa vocation. Sa foi m’a toujours frappé, sa largeur d’esprit aussi, sans compter ce courage de S’accepter comme il était. Un jour, j’ai osé lui poser une question sur sa taille: ‘Est-ce que vous avez pu vous habituer à votre taille’ ‘Il m’a répondu en gardant sa bonhomie familière: jamais’». Homme dévoué, fraternel, plein d’humour, tel le dépeint son confrère, le P. Noël Richard, son commensal pendant plus de 20 ans. Dans les retraites, les réunions de secteur, les sorties communautaires, sa seule présence crée une atmosphère plus détendue, un rayonnement de sympathie et de fraternité. Aux repas il arrive avec de nouvelles histoires, des dessins humoristiques de Ferdinand, des proverbes occitans ou des refrains anachroniques. Hélas! Nous ne connaîtrons plus les exploits du Vent d’autan, ni les différences entre les crus du Bas et du Haut Armagnac. Une hépatite virale enlève l’homme sans égal de Pins-Justaret. Opéré d’une hanche le 17 novembre 1983, en attente de deux autres opérations, le P. Emile meurt le dimanche 12 février, à Toulouse, la veille de son 64ème anniversaire. Les obsèques sont présidées par Mgr André Collini, archevêque de Toulouse. Le P.Emile est inhumé dans son village natal.

(1) D’après le P. Claude Guenneau, dans son homélie, le jour des obsèques du P. Emile, le 14 février 1984. (2) Témoignage du P. Henri Guillemin. (3) D’après le P. Noël Richard, Doyen honoraire de la Faculté des Lettres de l’Institut catholique de Toulouse (29 mai 1984).

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (III) 1984-1986, p. 12-13. Assomption-France, Nécrologie n° 2, juin 1984, p. 33-34. Dans les ACR, du P. Emile Gayral, des articles parus dans Echo de Notre-Dame de Cahuzac (1954-1964), des rapports sur Cahuzac (1954-1963) et des contributions écrites quant à sa participation à la Commission pour les Vocations (1964-1968) ou quant à ses visites canoniques dans des communautés de la Province de Bordeaux. Notices Biographiques