Emile (Marie-Léon-Emile) JEAN – 1910-1992

Projet de fondation a
Strasbourg, juin 1951
« Voici ce qu’on me propose: un de mes meilleurs amis, camarade de classe
au collège St-Etienne, actuellement aumônier depuis 12 ans du lycée Fustel
de Coulanges, dirige en second depuis 1945 un foyer de jeunes gens et
étudiants de toutes Facultés et des Grandes Ecoles de Strasbourg. Il veut
réorganiser son équipe de collaborateurs; l’évêque, Mgr Weber, lui donne
carte blanche. Spontanément, il m’a proposé d’entrer dans son équipe. De
façon pratique, il me propose logement, chauffage et vivre gratuits. En
échange je m’occuperai de la direction spirituelle des grands. Le reste du
temps, je serai libre pour m’occuper des affaires de la Congrégation. Qu’en
pensez- vous? En m’installant à Strasbourg, je peux étudier les
possibilités d’un établissement assomptionniste futur et des oeuvres qui
nous intéressent,
la question de l’unité de l’Eglise qui est actuellement entre les mains
d’un Jésuite mais qui est en froid avec Mgr Weber. D’ici à ce qu’il soit
balancé, il n’y a pas loin. En même temps, pour occuper
mes loisirs, je pense suivre des cours à la Faculté de théologie et refaire
un peu mes études. J’attends l’approbation de Paris et de Lyon ».

Religieux de la Province de France.

D’une région frontière.

Marie-Léon-Emile Jean naît le 31 janvier 1910 à Sarrebourg, en Moselle, alors territoire du Reich allemand . Il fréquente l’école de Vahl-lès- Benestroff tandis que son père, soldat allemand, combat dans l’Argonne, à Verdun, sur la Somme et en Roumanie. Après la guerre, sa famille s’établit à Strasbourg (Bas-Rhin). Entré au collège Saint- Etienne en 1919, il en sort bachelier en Philo- Lettres en 1928. En octobre, il est postulant à Scy- Chazelles (Moselle). Il y prend l’habit et le nom d’Emile, le 1er janvier 1929. Profès le 2 janvier 1930, il se rend à Saint-Gérard un an pour la philosophie. Il accomplit ensuite une année de service militaire à Strasbourg, enseigne l’année suivante à l’alumnat de Scherwiller comme professeur de 6ème. Il part à Rome en 1933 pour faire sa théologie à l’Angelicum. Profès perpétuel le 21 novembre 1934, il est ordonné prêtre à Saint- Jean-de-Latran, le 20 février 1937.

Istanbul-Bucarest (1937-1951).

Après une semaine de navigation, le P. Emile débarque à Istanbul le 6 octobre 1937. Il passe un an à Kadi-Keuï, est aumônier des Frères des Ecoles Chrétiennes et s’initie à l’histoire de Byzance. En décembre 1938, il rejoint l’Institut des Etudes byzantines, replié de Kadi-Keuï à Bucarest à la demande du chapitre de 1935, Institut alors dirigé par le P. Vitalien Laurent. A son travail administratif, le P. Emile ajoute, de 1941 à 1947, l’aumônerie du pensionnat Notre-Dame de Sion. Depuis les élections du 19 novembre 1946, la Roumanie a pris un virage dont les conséquences sont lourdes. Le roi Michel abdique le 30 décembre. Le 7 octobre 1947, à 7h. du matin, 110 policiers encerclent le bâtiment des Etudes byzantines, ils y découvrent un réfugié politique et, dans la masse des savants documents,

un projet d’études sur l’organisation militaire en Bulgarie au Xème siècle! Accusés de complot contre la sécurité de l’Etat, les PP. Laurent, Janin et Darrouzès sont emprisonnés. Grâce à l’Ambassade de France voisine, ils sont libérés le 21 novembre, après avoir accepté de quitter le pays de leur propre volonté. Pour éviter la confiscation, le P. Barral cède les deux maisons de Bucarest à la Croix-Rouge, en réservant le sous-sol des Etudes byzantines aux religieux. Le 1er octobre 1948, les catholiques de rite byzantin sont intégrés de force dans l’Eglise orthodoxe. On prépare le rapatriement de la précieuse bibliothèque à Paris: les dizaines de milliers de volumes passent, par-dessus le mur mitoyen, dans le jardin de l’Ambassade de France. Ils remplissent deux wagons. Parvenue à Paris le 15 mars 1949 par la valise diplomatique qui avait les dimensions d’un train spécial, la bibliothèque est installée au n° 8 de la rue François ler. Le P. Barral est expulsé en janvier 1950, le P. Emile Jean quitte à son tour le pays le 9 avril 1951 de façon plus élégante.

De Strasbourg à Ankara, d’Athènes à Athènes, via Mayen (1951-1981).

A partir de mai 1951, le P. Emile est à Strasbourg. En octobre 1952, il fait partie de la communauté qui s’ouvre, boulevard de l’Orangerie. Il rend service dans des aumôneries (Lycée Pasteur, collège Sainte-Clotilde). A l’automne 1955, il est nommé à Ankara pour aider au ministère des deux religieux alsaciens sur place. En octobre 1957, il est nommé à Athènes- Psychiko, à l’institut français des Etudes byzantines pour collaborer avec le P. Salaville, le directeur qui perd la vue. Le P. Emile, supérieur de 1959 à 1962, est également aumônier des Français d’Athènes et de plusieurs communautés religieuses. De 1962 à 1964, on lui demande de prendre la direction du Sankt-Augustinus Internat à Mayen (1), dans l’Eifel (R.F.A.). De nouveau à Athènes en 1964, il est supérieur jusqu’en 1970, puis chef du groupe jusqu’en 1979. Le P. Salaville meurt en 1965, l’institut est transféré de Psychiko à la rue Asklipiou, au centre de la ville, en 1971. La mort prématurée du P. Novack en 1977 grève lourdement l’avenir de l’institut. Les forces du P. Emile déclinent: il rentre définitivement en France en septembre 1981. Il arrive à la communauté strasbourgeoise de l’Allée Spach en octobre 1981. En 1982, il en devient l’économe et reprend aussi la fonction de supérieur qu’il connaît bien. Religieux dévoué, discret, disponible, malgré une santé fragile, le P. Emile, homme de forte trempe, rend service jusqu’à la dernière limite. Il meurt à Draguignan (Var), le 20 mars 1992, à 83 ans. Le P. Emile est inhumé à Lorgues (Var).

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (V) 1991-1993, p. 60-62. Assomption-France, Nécrologie, années 1992-1993, p. 248-250. Lettre du P. Emile Jean au P. Alype Barral, 22 juin 1951 (lieu non identifié). Dans les ACR, du P. Emile Jean, correspondances (1931-1962), rapports sur Athènes- Psychico (1959-1961), sur Mayen (1962-1963). On doit au P. Emile Jean de nombreuses nouvelles depuis la Grèce, la Roumanie et, en particulier, des notices sur les gréco- catholiques de Roumanie après la seconde guerre mondiale. (1) L’Assomption en Allemagne dans Missions Assomptionnistes, 1963, n° 559, p. 38-43. L’Assomption à Strasbourg, Missions des Augustins de l’Assomption, 1956, n° 36, p.27-29.