Emmanuel ALZON – 1810-1880

Portrait.

Le P. d’Alzon a tout d’un homme d’action, dans son tempérament comme dans
la conduite de sa vie ecclésiale/religieuse. Et pourtant à lire ses écrits
mais aussi à suivre sa vie au fil des jours grâce à son abondante
correspondance, qui peut contester la profonde et constante imprégnation
mystique de la vie du P. d’Alzon?
C’est le paradoxe d’une vie authentiquement évangélique que de pratiquer
l’union des contraires.
Car cet enfant du Midi qu’il n’a guère quitté est devenu un
‘vivant magnifque ‘au pays de l’Evangile: il a respiré l’air de Rome pour
asseoir ses fondations religleuses sur le sol pleinement ‘catholique’ de la
Vérité.
Il a engagé le P. Galabert à gagner cet autre poumon du monde chrétien
qu’est l’Orient pour mener le combat de l’Unité.
Il a reçu dans l’Assomption un fils du Nord, le P. Halluin, et à travers
lui le monde de l’enfance déshéritée ou abandonnée, lui qui par formation
et et par goût s’intéressait en priorité aux élites sociales. N’est-ce pas
là, dans le vie du fondateur pour l’Assomption, l’ébauche du champ immense
des vertus théologales ?

Emmanuel D’ALZON

Fondateur des 1845.

Augustins de l’Assomption en un méridional ultramondain.

Emmanuel d’Alzon est né au Vigan (Gard) le 30 août 1810, dans une famille aristocratique des Cévennes qui élut domicile à partir de 1816 au château de Lavagnac (Hérault). Sa formation est des plus soignées, dans les collèges parisiens de Saint-Louis et Stanislas (1823-1828). En 1832, Emmanuel choisit d’entrer au séminaire de Montpellier, mais c’est à Rome (1833-1835) qu’il poursuit sa formation cléricale et qu’il est ordonné prêtre le 26 décembre 1834. De retour en France, il opte pour le diocèse de Nîmes où très rapidement, nommé vicaire général (1839), il consacre toute sa vie de prêtre à l’animation et à la direction de nombreuses œuvres apostoliques, les unes déjà existantes, les autres fondées par lui, mais toutes marquées de son empreinte ultramontaine. En 1843, il est conduit à reprendre le collège de l’Assomption et c’est à l’intérieur de ce cadre scolaire qu’il devient religieux et fonde sa congrégation à Noël 1845, les Augustins de l’Assomption dits Assomptionnistes.

Une vie religieuse d’esprit augustinien mais d’allure moderne.

C’est sous la conduite d’Augustin, le patriarche de l’Occident, que le P. d’Alzon place sa congrégation: il lui en donne le nom, la règle et la direction intellectuelle. Cependant cet homme au cœur apostolique imprime à sa fondation le propre élan de sa vie, active, passionnée de Dieu et d’incarnation du Royaume. Il la lance sur les voies modernes des apostolats nouveaux: la presse, la mission en Orient, la formation de l’opinion publique, les pèlerinages… ce qu’il entend par un enseignement sous toutes ses formes’.

Adonné à tant de tâches que sa santé en est ébranlée (1854), il sait laisser à ses premiers collaborateurs la liberté d’une confiance qui se fait constructrice et inventive. Sur le plan des effectifs, sa congrégation piétine: à sa mort en 1880, à peine soixante-dix membres; mais dès 1871 il fonde sur le modèle des écoles apostoliques la formule intuitive de l’alumnat qui va se révéler féconde pour le recrutement sacerdotal et religieux. En 1870, il a la joie d’applaudir aux définitions conciliaires de Vatican I qui entendent conduire l’Eglise de son temps sur la route d’un renouveau. En 1865, pour répondre aux nécessités de l’apostolat en Orient, il jette les fondements de la congrégation-sœur des Oblates de l’Assomption.

Le poids d’une vie pour Dieu.

C’est dans la sève de la vie du fondateur, totalement donnée au service du Royaume, que l’Assomption puise et trouve son esprit: la passion de Dieu, le sens de l’Église et le regard de Marie. Comme l’existence du P. d’Alzon, la route de l’Assomption connaît les turbulences de l’histoire, du vivant du fondateur déjà et plus encore après sa mort; mais comme elle, elle se veut enracinée dans le terreau théologal qui engage cette vie de la terre sur le sillon du ciel au prix des nécessaires combats d’incarnation. Le P. d’Alzon, né au pays du traditionalisme, découvrit les terres inquiétantes de la démocratie; un de ses premiers fils, le P. Pernet, aida l’Assomption sur les premiers pas d’un apostolat social. Le P. Vincent de Paul confia aux rotatives la diffusion du message évangélique et ainsi, sur le terrain d’une expérience partagée, le P. d’Alzon gagna le combat d’une action apostolique généreuse, optimiste et largement désintéressée que la pensée, facilement pessimiste au pays du réalisme, tendait à lui refuser. Lorsqu’il meurt le 21 novembre 1880 dans son collège de Nîmes assiégé, le P. d’Alzon comme Augustin à Hippone sait que les chemins de la Providence ne s’arrêtent pas au présent tourmenté. Le 21 décembre 1991, le pape Jean-Paul II déclare le P. d’Alzon vénérable.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: – L’intégralité des écrits du fondateur se trouve dans une banque de données informatique. La plupart existe en version imprimée. – La meilleure biographie historique du P. d’Alzon reste celle que lui a consacrée le P. Siméon Vailhé, t. I et II, Paris, B.P., 1926 et 1934. – Pierre Touveneraud, E. d’Alzon, Bibliographie, Sources et travaux, 1979. – On trouve une présentation soigneuse et détaillée de la vie du P. d’Alzon dans les volumes de la Documentation biographique, dossier Vie et Vertus, Rome, 1986. – A l’occasion du centenaire de la mort du P. d’Alzon (1980), le P. André Sève a écrit une biographique spirituelle du P. d’Alzon (Centurion, 1980) et un colloque d’historiens, présidé par René Rémond et Emile Poulat, un recueil d’articles et d’études de qualité scientifique (Centurion, 1982).