Emmanuel-Joseph (Benjamin) BAILLY – 1842-1917

Portrait.
Il ne s’est jamais trouvé de plume assomptioniste pour oser entreprendre la
rédaction d’une véritable biographie étoffée du P. Emmanuel: c’est dire que
sa mémoire souffre, à tort ou à raison, d’une conjuration de l’oubli. Il a
pourtant laissé le souvenir de qualités bien étayées: une intelligence
éclairée et bien formée, un talent oratoire certain, une plume avertie, un
esprit de foi bien avéré dans tous les aléas d’une existence mouvementée.
L’Assomption lui doit d’avoir assuré aux heures troublées de son histoire
une vie qui fut plus qu’une survie, mais une légende noire continue de
charger la mémoire du P. Emmanuel des difficultés qui furent aussi celles
de la croissance d’un corps social. Certes le P. Emmanuel symbolise
l’attachement des premières générations de l’Assomption, contemporaines du
fondateur, aux traditions très françaises sinon trop nîmoises, trop
élitistes ou cooptatives pour que puisse être compris le bien-fondé de
nouveaux désirs, de réels besoins et de nouvel les méthodes qui permettent
d’adapter le cadre d’une petite famille à celui d’un corps étoffé. Il fut
ainsi le dernier
supérieur général à être coopté à vie.

Religieux français, troisième Supérieur Général de l’Assomption (1903-1917).

Un ’enfant de l’Assomption’.

Né à Paris le 4 août 1842, le dernier enfant de la famille Bailly fait ses études au collège de Clichy-La-Garenne (Hauts-de-Seine), par faveur qu’accorde le P. d’Alzon à ses amis parisiens dans la gène (1853-1860). Comme son frère aîné Vincent de Paul, Benjamin choisit d’entrer au noviciat assomptionniste. Il prend l’habit à Auteuil le 30 mai 1861 et prononce ses vœux perpétuels le 15 octobre 1863 à Nîmes entre les mains du P. d’Alzon qui le surnomme familièrement ‘culot’. Benjamin, devenu Fr. Emmanuel, fait ses études de théologie à Rome (1862-1865) et revient se faire ordonner prêtre à Nîmes le 28 octobre 1865 par Mgr Plantier. Le P. d’Alzon le prend comme secrétaire particulier. Désormais la vie du P. Emmanuel se confond pendant quinze ans avec celle du collège de l’Assomption de Nîmes dont il est successivement professeur, sous-directeur et directeur après 1867. Il est également chargé de la fondation des premiers alumnats de 1871 à 1880. En 1876, lorsque sont créées les trois premières provinces à l’Assomption, il est choisi par le P. d’Alzon comme provincial de Nîmes. Il assiste le P. d’Alzon à ses derniers moments et en rédige peu après la chronique.

Maître des novices et Procureur.

En décembre 1880, il assume la charge de maître des novices qu’il accompagne sur les ‘routes de l’exil’, à Osma en Espagne. Lorsque le noviciat peut à nouveau s’implanter en France (1886), il continue son service de 1886 à 1892 à Livry (Seine-Saint-Denis). Il y poursuit la collecte des documents qui vont lui permettre d’écrire la première biographie, incomplète d’ailleurs, du fondateur:

Notes et Documents pour servir à l’histoire du P. d’Alzon et de ses œuvres (1810-1850). Ce sera très longtemps la seule source écrite de la vie du P. d’Alzon. Nommé Procureur de la Congrégation (1892), assistant général du P. Picard, supérieur de la maison d’études de Rome, il élit domicile dans la Ville éternelle où son sens des contacts et ses relations privilégiées avec le monde ecclésiastique permettent à la jeune Congrégation d’être mieux connue et appréciée des milieux romains, tout en servant d’informateur de premier plan au P. Picard lors de la dernière décennie du XIXème siècle. Lorsqu’arrive le temps de la seconde expulsion de l’Assomption de France, le P. Emmanuel fonde la maison d’études de Louvain (1900) où se tient, à la mort du P. Picard, le chapitre général qui l’élit comme successeur le 19 juin 1903.

Elu troisième supérieur général.

Le P. Emmanuel réside alors entre Louvain et Rome, dirigeant l’Assomption à un moment particulièrement difficile de son histoire: aux difficultés externes de la dispersion et de la réorganisation après 1901, s’ajoutent celles de la mobilisation militaire des religieux entre 1914 et 1918 qui mettent à mal toutes les implantations assomptionnistes d’Orient et d’Occident. Mais il doit aussi faire face à l’intérieur de la Congrégation à des mouvements novateurs qui remettent en cause son autorité centralisatrice, conservatrice et tatillonne, aux heures difficiles où percent dans les disciplines ecclésiastiques des courants controversés et suspectés de modernisme. C’est ainsi qu’il supprime ex abrupto la Revue Augustinienne de Louvain (1910), qu’il disperse le corps professoral de la maison d’études de Louvain où sont débusqués les principaux meneurs d’une fronde manifeste en 1909: pétition auprès du Saint-Siège demandant un régime de droit à l’Assomption avec de vraies élections. En 1910 éclate l’affaire de Charlton en Angleterre qui éloigne les Mères Franck, Oblates depuis 1882. Emmanuel Bailly meurt, à 75 ans, le 23 novembre 1917 à Paris où il se trouve de passage. Il est inhumé au cimetière parisien de Montparnasse dans la tombe acquise sous son nom pour l’Assomption.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la dispersion, 1918, n° 493, p. 65-80; n° 497, p. 129-160. L’Assomption 1918, n° 212, p. 3-8. Siméon Vailhé, Souvenirs pour un centenaire, Paris, B.P., 1941, 63 p. Lettres d’Alzon, t. XIII (1996), p. 435. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Caudefroy. A. Thiery, Eloge funèbre du T.R.P. Bailly, Louvain, 1917. Catholicisme, I, col. 1165; D.B.F., IV, col. 1331; D.H.G.E., VI, col. 262-263. Les archives romaines contiennent une énorme correspondance passive et active du P. Emmanuel Bailly lequel n’a jamais eu de biographe patenté. Quelques écrits du P. Bailly ont été imprimés: Testament d’un Père, 1913-1914, Circulaires, 3 tomes; Retraites à Lourdes, 1915; Instructions et Conférences.