Emmerich (Josef Franz) KOHLE – 1913-1995

Jubilé, 1959..
« La communauté provinciale de Lyon a fêté le 29 juin le
25ème anniversaire de la profession du Frère Emmerich, en avance sur le
calendrier. Au repas de midi, les Frères coadjuteurs de Valpré entouraient
le jubilaire, Vers la fin du repas, le Frère joua un air de piano made in
Germania. Puis le Supérieur
[Celse Ract] brossa en 4 tableaux la carrière du Frère Emmerich: son
enfance dans un foyer de Bavière au christianisme authentique et rigoureux,
son apprentissage de la vie religieuse à Scheidegg, la période sombre de la
guerre qu’il partagea entre Perpignan et Layrac où il eut maille à partir
avec de soi- disant maquisards, enfin la stabilité avec la paix revenue:
7 ans de dévouement à Scy, à Valpré et autant à la maison provinciale de
l’avenue Debrousse. Le Frère Emmerich se leva à son tour pour remercier
tous et chacun et spécialement le P. Provincial, au sermon duquel
il ne voyait rien à ajouter. A l’occasion du couronnement du Pape Jean
XXIII, le Frère Emmerich est allé en
pèlerinage d’action de grâces à Rome. Il a eu le bonheur d’assister dans
une tribune, à Saint-Pierre, à la messe du couronnement et à l’audience
donnée, le soir, par le Pape, aux pèlerins français ».

Religieux allemand de la Province de France.

Scheidegg (1913-1938).

Josef-Franz Kôhle (1 ) est né le 19 janvier 1913 à Scheidegg, dans le diocèse d’Augsbourg. Le village est situé à 800m. d’altitude, :à l’extrême sud-est de la Bavière, près du lac de Constance et de la frontière autrichienne. C’est à Scheidegg – lieu de la séparation – que les saints Gall et Colomban se sont quittés pour évangéliser deux contrées voisines. À Scheidegg aussi que l’Assomption ouvre une maison destinée à former des frères coadjuteurs. Elle consiste en deux bâtiments, une vaste demeure de trois étages et une ancienne usine de chapeaux de paille transformée en spacieuse chapelle et en ateliers: imprimerie, menuiserie, cordonnerie, couture etc… C’était le 28 août 1933, date officielle d’ouverture. Ce jour-là, dix jeunes de 22 à 38 ans commencent leur noviciat. Parmi eux, Josef-Franz qui appris le métier d’imprimeur et qui va s’appeler désormais Emmerich, Joseph Zweisier, décédé à Layrac en 1944, Gabriel Guisi, décédé à Lorgues en 1994. Le 29 août 1934, sept frères dont les trois nommés, font profession. Ils restent à Scheidegg pour continuer leur formation. Au Frère Emmerich est confiée l’imprimerie qui édite notamment le bulletin Missionen der Augustiner von Maria- Himmelfahrt, au tirage de 22.000 exemplaires. Ce petit monde est encadré par deux Alsaciens, les PP. Libermann Weisshaar (1897-1991) et Florian Griesemer (1891-1964). En mai 1935, le P. Weisshaar doit se réfugier à Scherwiller (Bas-Rhin) pour échapper aux gendarmes (2). Le P. Florian reste seul avec douze profès et trois novices (1935- 1936), dix profès et deux novices (1936-1937), six profès seulement (1937-1938). Depuis le départ du P. Libermann et la descente de police en 1936, la situation devient de plus en plus précaire. La maison est liquidée en mai 1938,

les frères dispersés de Scherwiller à Istanbul.

En France ( 1938-1995).

C’est Scherwiller qui accueille le Frère Emmerich, profès perpétuel en 1938, ainsi que les meubles et l’imprimerie de Scheidegg. Après la déclaration de guerre, le Frère passe quelque temps dans une prison française. Libéré, il doit se cacher, à Lorgues (Var), à Perpignan (Pyrénées-Orientales), Layrac (Lot-et-Garonne), de 1942 à 1946. Durant les six années suivantes, il est cuisinier au scolasticat de Scy-Chazelles (Moselle). En 1952, il est nommé à la maison provinciale de Lyon.

La communauté de Lyon-Debrousse se souvient…

Le Frère Emmerich va passer 40 ans à Lyon, alors qu’il n’y est nommé qu’à titre provisoire! Durant toutes ces années, il met ses compétences au services de ses frères: imprimerie, cuisine, reliure, jardin, sacristie… Ce n’est pas un cérébral, loin de là! Il a même une certaine aversion pour ce qu’il appelle ‘les théories des intellectuels’. Il répète souvent qu’il n’est qu’un Frère convers. Mais il n’en estime pas moins sa vocation religieuse où il trouve son plein épanouissement et qu’il juge noble. Ne dit-il pas un jour à Mgr Villot, alors coadjuteur du Cardinal Gerlier à Lyon: « Nous sommes tous les deux des coadjuteurs! ». Actif et appliqué dans une foule de services, travailleur infatigable, toujours soucieux de ne rien gaspiller, il se montre d’une grande régularité et d’une forte piété, car il a la foi des coeurs simples. Sous des apparences un peu rudes, il se montre parfois taquin et malicieux. Homme sensible, discret, il sait être attentif à ses frères. Connu de beaucoup de voisins parce qu’il fait souvent les courses et qu’il aime bien inspecter les gros chantiers de la ville de Lyon et des environs, il est facilement repéré à cause de sa haute stature et de sa belle barbe blanche. Il devient une illustre figure du quartier. Sans prétention, il mène une vie de fidélité, toute donnée à Dieu et à ses frères. Fin août 1992, il est transféré à Lorgues où il meurt le dimanche 28 mai 1995 des suites d’une broncho-pneumonie. Il est inhumé à Lorgues.

(1) Orthographe contrôlée de son nom, malgré la plupart des documents de la Congrégation. En 1971, le Frère Emmerich est naturalisé français.

(2) On lui reproche d’avoir échappé au service militaire allemand. Mais de 1914 à 1919, il est à Londres (Angleterre), Ascona (Suisse), Notre-Dame de Lumières (Vaucluse), Bourville (Seine- Maritime)… Sans doute est-il aussi suspecté parce qu’il porte un nom typiquement juif, sans parler du prénom! Il n’est pas à confondre avec son propre frère, Libermann Weisshaar (1888- 1913).

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents-Assomption, Nécrologe (VI) 1994-1995, p. 102-104. ART Informations, 1972, n° 30, p. 3. Assomption-France, Nécrologie année 1995, p.319-321. Jubilé du Frère Emmerich dans La lettre à la Famille, 1960, n° 281, p. 296.