Enrico (Enrico P.L.) GIUGNI – 1901-1982

Les liens du cœur.
« Veuillez vous dépouiller immédiatement de votre dignité de Supérieur
Majeur afin que la formule introductive ci-dessus ne jure pas trop avec le
respect que l’on vous doit en cette qualité. Il est vrai que le P. Savin
[Iseler] a osé beaucoup plus… A propos du P. Savin, il n’a pas réagi au
reçu de notre
carte, du moins à mon adresse. Il se fait vieux et n’a plus de mémoire
probablement. P. Sauveur, de même. Au contraire j’ai reçu une jolie
carte pleine de vie et de vieille affection du cher P. Sévrin. Quel bon
type! P. Térence m’a envoyé une longue lettre dans son style, aimable au
possible et invitante. Je suis tombé des nues quand il m’a demandé qui
était Tony et qu’il m’a avoué qu’il ne se souvenait plus de l’identité qui
se cachait sous ce titre. Est-ce possible? Je pense qu’il a dû le lire à
l’anglaise ou
à la gaélique et alors la résonance n’y était plus et le cœur n’a pas
vibré, n’étant plus
‘accordé’. Je continue à savourer le plaisir de vous avoir vu et de vous
avoir embrassé, au point que la rancœur contre votre non- reconnaissance
s’est cornplètement effacée. Avez- vous été plus heureux que moi avec les
S. (Savin, Sauveur) ». P. Enrico, 13. 12. 1964.

Enrico (Enrico P.L.) GIUGNI

1901-1982

Religieux suisse de la Province de France.

Un professeur, en divers lieux.

Enrico Paolino Luigi Giu gni naît le 21 février 1901 à Locarno (Suisse) dans le Tessin. Il y commence ses études secondaires (1913-1914) qu’il achève à l’alumnat de Vinovo (1915-1919), en Italie près de Turin. Il prend l’habit religieux au noviciat de Notre- Dame de Lunùères (Vaucluse), le 24 septembre 1919. Son frère Augusto (1898-1967) l’a précédé dans cette vole. Il prononce ses premiers vœux le 24 septembrel920 à Saint-Gérard en Belgique. Ses études de philosophie se déroulent à Taintegnies (1921- 1923) et ses études de théologie à Louvain (1923- 1927). Il est ordonné prêtre le 24 juillet 1927. Il est profès perpétuel, depuis le 24 septembre 1923. De 1927 à 1944, le P. Enrico enseigne les mathématiques et la physique au collège SaintAugustin de Plovdiv. Des raisons familiales le ramènent alors à Locarno et il demande en 1946 une exclaustration provisoire. Rattaché à. Douvaine (Haute-Savoie) en 1950, il assure un ministère paroissial près de Genève. De 1953 à 1955, il enseigne au collège de Bône (Algérie). Nommé à Cannero sur les bords du Lac Majeur côté italien,, il est professeur au collège Papio d’Ascona, aux portes de Locarno. De 1962 à 19649 il est aumônier de la clinique Santa Chiara de Locarno et professeur à Cannero. Après deux années à Florence, il revient à Cannero en 1966 et reprend de l’enseignement à Ascona. En 1971, il est à nouveau aumônier à Locarno. Il gagne en 1976 la maison de repos de Saint-Sigismond (Savoie) qu’il quitte l’année suivante pour revenir au collège d’Ascona. À l’automne de l’année 1980, il rejoint la communauté de Lorgues (Var). Il paraît encore assez alerte malgré une claudication assez marquée. A peine arrivé il repart pour un tour d’Italie. De nature le Père Enrico est gai et même quelquefois facétieux. Cependant sous des dehors qui peuvent tromper, il accumule bien des misères.

Sa vue baisse, sa surdité le gêne beaucoup. La date de son opération de la cataracte est même fixée lorsqu’il doit être hospitalisé pour une congestion cérébrale. Peu à peu sa santé se dégrade. Ramené à Lorgues, il s’éteint après une longue agonie, le mercredi 17 mars 1982. Le 19, une ambulance transporte son corps en Suisse. Le 20, après une cérémonie au collège Papio à Ascona, en présence des religieux de Cannero et de Florence, il est inhumé à Locarno près de son frère Assunto (1).

Hommage du P. Assen Karaguiosov.

Ancien élève du P. Enrico à Plovdiv, le P. Assen prononce le 18 mars 1982 cet hommage à Lorgues-. « J’ai connu le P. Henri au collège français Saint-Augustin de Plovdiv. Pour nous, les jeunes Bulgares, tous les Pères étaient des Français puisque le collège était français. C’est bien plus tard que nous avons compris que la vingtaine et plus de Pères étaient pour la plupart des Français, mais qu’il y avait aussi des Suisses (PP. Hermann Gisler, Emmanuel Krâhenbühl, Canisius et Henri Giugni) des Hollandais etc… Si le P. Hermann était surtout le créateur du musée du collège et le P. Emmanuel le musicien, le P. Henri était le professeur de math. et de physique. Je le revois encore, comme si c’était hier, dans son laboratoire. Nous le considérions comme un savant, puisqu’il était le professeur de math. et de physique. Sans trop de sermons, non pas en paroles mais en actes, il a formé des hommes, des professeurs de math. Merci, Père Henri, d’avoir consacré les 17 meilleures années de votre vie au service de la jeunesse bulgare, au collège Saint-Augustin de Plovdiv. Si les Pères du collège nous enseignaient des sciences humaines, nous savions qu’ils étaient religieux et prêtres. Ensemble, ils ont été des témoins et des acteurs de l’œcuménisme entre orthodoxes et catholiques, depuis la fondation du Père Galabert en 1863 jusqu’à la fermeture du collège en 1948. D’une façon indirecte, ils ont contribué par le ministère de l’enseignement au rapprochement des Eglises. Au collège, il y avait surtout des orthodoxes, quelques catholiques et quelques juifs ou musulmans… Dans un monde sujet à des changements profonds, le P. Henri a contribué à former les élèves de Plovdiv, de Bône et d’Ascona. En témoignant de son esprit scientifique, il a communiqué sa foi au Christ et à l’Eglise. Nombre de ses élèves sont devenus prêtres séculiers ou religieux assomptionnistes bulgares. En témoignant de son esprit scientifique auprès de ses élèves orthodoxes, juifs ou musulmans, il a contribué avec tous les Pères du collège au rapprochement des croyants en jésus Christ ou des croyants en Dieu… »

(1) Témoinage du P. Gabriel Allègre Supérieur de Lorgues.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (Il) 1981-1983 p.41-42. A Travers la Province (France), avril 1982, p. 11-12. Correspondances (1928-1967) dans les ACR, du P. Enrico Giugni. Notices Biographiques