Epiphane (Antoine) BEAUQUIS – 1870-1920

Dans l’incertitude d’un changement .
« Je suis de retour de Lourdes depuis quelques jours. Merci de ce
pèlerinage qui fait tant
de bien. A Lourdes, le P. Ambroise m’a communiqué ma nouvelle destination:
Elorrio. j’ai été un peu surpris. Je sentais depuis longtemps que je
n’étais plus fait pour la Turquie, mais je m’étais résigné à mon sort et
comptais, sans trop le désirer,
y passer le reste de ma vie. J’ai trente-huit ans, j’ai passé 18 ans en
Turquie, le meilleur de
ma vie. Mes études ont été très sommaires. Je vois donc avec un peu
d’appréhension mon nouvel horizon. Ceux qui ont passé par Elorrio en ont
gardé un si bon souvenir que l’eau
me venait à la bouche autrefois d’en entendre parler.

Cela me semble venir un peu tard. Cependant j’y vais avec plaisir puisque
l’obéissance le veut, mais je plains le pauvre P. Eugène [Monsterlet] de la
nullité dont, vous vous en doutez peut-être, vous lui faites cadeau. Je ne
possède supérieurement que mon alphabet, l’ayant enseigné pendant 18 ans.
Le P. Eugène m’a demandé de rentrer à Elorrio vers le 12 septembre. Je
tâcherai de le satisfaire… »
du P. Epiphane au P. E. Bailly,
20.08.1907.

Religieux français.

Un Savoyard du massif des Bauges.

Antoine est né le 19 juin 1870 à Jarsy, petite commune aux environs du Châtelard dans le massif des Bauges (Savoie). Sa formation première se fait dans différents alumnats: Nice (Alpes-Maritimes) de 1883 à 1887, un bref passage à Mauville (Pas-de-Calais) en 1887 et Clairmarais (Pas-de-Calais) de 1887 à 1888. Il entre comme postulant à Livry-Gargan (Seine- Saint- Denis) en 1888 et devient novice le 6 août 1889 par la cérémonie de prise d’habit présidée par le P. Emmanuel Bailly. Il reçoit le prénom d’Epiphane. On sait seulement qu’il prononce ses vœux perpétuels au noviciat de Phanaraki en Turquie le 23 avril 1892 entre les mains du P. Ernest Baudouy et que là, il étudie la philosophie de 1892 à 1894. Pour la théologie, il passe à la communauté voisine de Kadi-Keuï de 1894 à 1896. Il y est ordonné prêtre le 9 août 1896 par Mgr Menini.

Un missionnaire sur tous les fronts.

On peut dire du P. Epiphane qu’il va connaître comme enseignant à peu près tous les postes de l’Assomption en Turquie pendant 10 ans: KoumKapou, Brousse, Ismidt (1897-1900), Zongouidak (1900-1902), Eski-Cheir (1902- 1903), Konia (1903-1904), Karagatch (1904- 1907). Aucune explication n’est donnée à cette forte mobilité. En 1907, il est affecté comme professeur de grammaire à Elorrio au pays basque espagnol (1907-1908); il passe ensuite une année à l’alumnat de Vinovo en Italie (1908- 1909). Il obtient de ses supérieurs une année de repos et d’études complémentaires à Rome (1909-1910). C’est alors qu’il est affecté, un peu contre son gré, par le P. Emmanuel Bailly pour la mission du Chili fondée en 1890 où il va passer comme missionnaire les dix dernières années de sa vie:

Notices Biographiques A.A Page : 187/187 la première se déroule tant à Santiago la capitale qu’à Lota, la ville charbonnière du sud. Il y fait un apprentissage un peu plus poussé de la langue espagnole et des usages du pays. Il reste ensuite quatre ans à Conception (1911-1915) et les cinq dernières de sa vie à Rengo (1915- 1920), toujours dans le ministère pastoral, sous l’autorité du P. Célestin Huff curé de la paroisse et supérieur de la communauté. Dans ce dernier lieu, il est aumônier des malades de l’hôpital où il se montre plein de sollicitude, entièrement dévoué à sa charge. Cependant il ne prêche pas, à cause d’une connaissance jamais maîtrisée de la langue. C’est d’ailleurs au contact de ses malades régulièrement visités qu’il contracte le typhus exanthématique et qu’il est terrassé en moins de dix jours. Il meurt le 8 octobre 1920, âgé d’un peu plus de 50 ans. Ses obsèques ont lieu le 9 octobre dans l’église paroissiale de Rengo, présidées par le P. Félicien Vandenkoornhuyse, supérieur alors en visite au Chili et prédicateur de la retraite annuelle.

Un admirateur du travail apostolique de ‘Assomption au Chili.

Nous ne possédons guère de témoignages extérieurs sur le P. Epiphane. Cependant sa lettre écrite de Conception le 1 er août 1912 au P. Joseph Maubon rend bien compte de ses sentiments:

« Avant votre départ, il me semble bon de vous dire ma pensée bien franche sur ma situation, sur mes sentiments après plus d’un an et demi de séjour au Chili. Ma pensée, bien mûrie, est que je ne suis pas fait pour le Chili, mais j’avoue très sincèrement – c’est d’ailleurs l’évidence la plus éclatante – que les œuvres du Chili sont très belles, beaucoup plus intéressantes que la plupart de celles que j’ai vues ou entrevues en Europe et je ne doute nullement que, bien connues, elles ne soient capables d’attirer et de captiver un grand nombre de religieux. Mais si attrayantes qu’elles soient, elles ne sont point faites pour moi; ou, si l’on veut, je ne suis point fait pour elles. Les autres religieux ont pu se familiariser avec la langue, instrument indispensable d’apostolat, ce qui m’est et me sera toujours impossible … ».

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Bibliographies

Bibliographie : Nouvelles de la Famille, 1920, n° 381, p. 361 et n° 385 bis, p. 405-406. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudrefroy. Journal de Rengo du 8 octobre 1920. Les archives détiennent douze correspondances du P. Epiphane à différents responsables religieux de la Congrégation, écrites depuis ses divers postes missionnaires: Konia (Turquie), Elorrio (Espagne) et Conception (Chili).