Etienne (Jules-Hector) BOUBET – 1865-1934

Les soucis d’un architecte à St
Pierre en Gallicante.

« Voici enfin venir les plans et les devis du couvent. Excusez mon retard.
Les jours où l’on travaille, il faut que je sois sur la brèche et il m’est
impossible de congédier mes ouvriers, car je ne pourrais plus les avoir. Je
n’avais donc que les
dimanches et jours de fête pour régler les plans. Ajoutez- y la fatigue que
je ressens en été. Les circonstances ont un peu modifié le premier plan que
j’appelle A; C’est le plan officiel déposé à la municipalité. Comme, selon
votre désir, nous avions commencé le couvent, nous sommes tombés sur une
carrière magnifique qui nous donnera l’emplacement d’un magasin, d’une cave
et d’une
citerne au-dessous du sous-sol. En la continuant un peu au- dehors, elle
nous permettra de tirer encore des pierres plus tard pour l’église et nous
donnera de l’air et de la
lumière pour le magasin- débarras et le sous-sol. La cave située entre le
magasin et la citerne restera bien fraîche. Cette carrière nous a donné
aussi des tables d’autel pour le crypte et l’église supérieure. J’espère
pouvoir établir un passage intérieur venant aboutir en face de l’entrée de
l’église ».

P. Boubet 13 juin 1926.

Religieux de la Province de Paris.

Un fils d’éclusier du Nord plein de talents. Hector est né le 11 juin 1865 à Béthune dans le Pas-de-Calais. Son enfance se déroule à Saint- Omer, près de l’Aa à proximité de Clairmarais où, après le primaire à Sainte-Marguerite chez les Frères des Ecoles chrétiennes, il poursuit sa scolarité (1877-1883) coupée par deux années à Mauville (1879-1881). Le P. Vincent de Paul Bailly, en visite à Clairmarais en 1882, est frappé par l’intelligence et les dons artistiques de cet élève qui exerce son inspiration au dessin sur papier, sur bois et avec de l’argile. Le 8 septembrel883, Hector prend l’habit à Osma (Espagne) sous le nom de Fr. Etienne et s’adonne aux joies de la peinture dans la chapelle, sous la direction du Fr. Marie Benito. Il y prononce ses vœux perpétuels le 8 septembre 1885. Désireux de vie missionnaire, il fait l’apprentissage de la mission en Orient, à Constantinople (déc. 1885 1888), après avoir transité par Roussas (Drôme) à l’automne 1885. Il la quitte non sans avoir laissé des traces de son talent de peintre décorateur pour venir à Rome (18881890) étudier la théologie. Il est ordonné prêtre à Livry le 21 septembre 1889 par Mgr. Duboin, spiritain. Pendant les vacances de 1889, il décore la chapelle de Notre-Dame de Salut, rue François 1er. A Rome, lors d’un exercice de prédication, on dit que le P. Etienne en panne d’idées se serait écrié. « Mon Dieu, si je ne puis prêcher par ma pauvre voix, faites du moins que je fasse parler les pierres à votre louange ».

Un pèlerin architecte ou la maladie de la pierre.

En mai 1890, il a la joie de participer à un pèlerinage à Jérusalem. il reste sur place et Jérusalem devient son champ d’action. L’hôtellerie de Notre-Dame de France y est encore en construction: commencée en 1886, elle ne progresse que lentement, en fonction des ressources de la caisse.

A peine arrivé, le P. Etienne met à contribution, sinon son métier, du moins sa passion pour l’architecture religieuse et la décoration de mosaïque. Il dresse les plans de l’église du Spasme, appartenant aux Arméniens catholiques (1891) et prend en main la poursuite des travaux de Notre-Dame de France que l’architecte primitif, l’abbé Brisacier, ne veut plus suivre. Pour se former, le P. Etienne vient à Paris suivre des cours d’architecture (1891-1892). L’état des travaux progresse puisque l’hôtellerie reçoit une partie des pèlerins au Congrès eucharistique de Jérusalem (1893): la chapelle est bénie le 21 novembre 1894, sa décoration murale est confiée, pour les fresques, à Paul-Hippolyte Flandrin qui y travaille entre 1909 et 1920, pour le reste au P. Etienne qui s’occupe également du pavé en mosaïques. C’est encore le P. Etienne qui construit en béton armé la colossale statue de Notre-Dame, de 6 m. de haut, entre les deux tours de l’abside (1904). Enfin il édifie la chapelle du Sacré-Cœur, dite des Croisés du Purgatoire, que finance M. Bontoux en souvenir de son fils unique décédé à 21 ans (1868). La Palestine doit au savoir-faire et aux conditions ‘bon marché’ du P. Etienne, bâtisseur, d’autres travaux-. réparation de l’église des Croisés d’Abou-Gosh (1901), croquis de la chapelle des F.E.C. à Bethléem, travaux à Sainte-Anne tenue par les P. Blancs (1903), travaux à Phanaraki (Turquie) où il est supérieur (1906-1907), plan du couvent des Sœurs du jardin fermé à Ourtas près de Bethléem (1909), construction de l’église de Ramallah (1909-1910), école paroissiale des Franciscains (1911), église de N.-D. de l’Arche d’Alliance à Qiryat-Yéarim (1920-1924). Mais le grand chantier du P. Etienne, c’est sans conteste l’ensemble de Saint-Pierre en Gallicante, fouilles, crypte, églises et couvent, en contrebas du Mont Sion. Le site est lié aux souvenirs de la nuit de la Passion du Christ plus qu’à l’hypothèse, alors défendue par le P. Germer-Durand, de la maison de Caïphe. L’église supérieure est consacrée le 11 septembre 1931. Le P. Etienne obtient d’ailleurs pour ses travaux deux décorations: la Croix de chevalier de l’Ordre de Salomon et la Croix de Commandeur du Saint-Sépulcre. Jérusalem est sa vie, Jérusalem est son tombeau: il y meurt le 26 décembre 1934 et y est inhumé.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1935, n° 559, p. 1-5; n° 572, p. 129-135; n° 591, p. 297-303; n° 595, P. 329-336. L’Assomption et ses œuvres, 1935, n° 405, p. 53-55. Pages d’Archives avril 1961, n° 13: ‘L’Assomption à Jérusalem’ par le P. Gervais Quenard. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Les archives romaines gardent une forte correspondance du P. Boubet, datée de 1885 à 1933. Pour une présentation en images des sites assomptionnistes à Jérusalem, on peut se référer aux collections successives de ‘Bible et Terre Sainte’ et du ‘Monde la Bible, (Bayard-Presse), encore qu’elles soient très discrètes sur ces sujets. il peut être utile pour une présentation actualisée des lieux de se servir du guide des frères Jacques et Jean Potin, Cette année à Jérusalem, Bayard éditions/Centurion, p. 156-158 (édit. 1992). Saint-Pierre-en-Gallicante dans La Terre Sainte, revue franciscaine, juillet-septembre 1964, p. 209-216 et octobre, p. 258 (P.Sebastien Franken).