Etienne-Marie (Esteban) AUBERT – 1898-1976

Portrait.

« Le P. Etienne-Marie est un normand: c’est dire qu’il ne manque ni de
finesse ni de rouerie. il a gardé de son long séjour à l’armée une humeur
plutôt combattive. Si parfois la conversation s’anime, c’est qu’il a le
beau don de s’enflammer pour une cause et s’efforce de gagner tout le monde
à son enthousiasme: on aime alors se taire pour laisser le champ libre aux
flots de son éloquence.
Adversaire redouté aux cartes et au billard, il n’est pas chiche de
conseils et d’encouragements dont on ne lui sait pas toujours gré. Un
entraînement sportif régulier
lui donne d’aillleurs un air de jeunesse inentamée. Il tient honorablement
sa place au Field Day, et de plus jeunes que lui ont mordu la poussière au
tennis devant son service foudroyant.
Et je n’ai rien dit de Baker Lake où il se faisait tour à tour terrassier
et bûcheron, de ses exploits de pêcheur dont nos brochets parlent encore en
tremblant!
Le P. Etienne est comme les grenadiers du grand empereur: il ‘grogne’
parfois, mais il marche toujours. Et nous savons que l’on peut compter sur
lui! … »
D’un article du P. Noël
Bugnard.

Religieux d’origine française de la Province d’Amérique du Nord.

Un premier parcours européen.

Prénommé Louis, le futur P. Etienne-Marie naît le 4 octobre 1898 à Fécamp en Normandie (Seine-Maritime). Il commence sa formation au petit séminaire de Caen de 1910 à 1914 et la poursuit dans les alumnats de l’Assomption: Vinovo en Italie (1914-1915) et Ascona en Suisse (1915-1917), au temps où l’Assomption française, interdite de séjour sur le soi français, transplante ses activités dans les pays voisins. Il entre en août 1917 au noviciat de Lumières, situé sur la commune de Gouit (Vaucluse), quand à la faveur de la première guerre mondiale les religieux chassés commencent à rentrer clandestinement. Bien qu’ajourné en 1916, il remplit ses obligations mitiaires de 1918 à 1921. Il prononce ses premiers vœux à Saint-Gérard (Belgique le 16 avril 1922. Il commence sa philosophie à Taintegnies et poursuit ses études cléricales à Louvain de 1922 à 1928. Il devient profès perpétuel le 16 avril 1925 et est ordonné prêtre le 29 juillet 1928. Il débute sa vie apostolique comme enseignant au collège de Sens (Yonne), pendant trois ans (1928-1931). Pendant les vacances scolaires, il accompagne volontiers à la plage de Merlimont, sur la mer du Nord, les jeunes orphelins de la maison Halluin d’Arras. Est-ce là qu’il entend l’appel des flots?

Au service de l’Assomption aux U.S.A., durant plus de trente ans.

A cette époque, la Province de Paris a en charge un vicariat qui comprend l’Angleterre et l’Amérique du Nord. Dès 1931, il est envoyé au collège de Worcester (Massachussetts) pour enseigner les lettres, charge dont il s’acquitte avec zèle et humour, de la 4ème à la rhétorique. On dit de ce jeune religieux qu’il a le sourire aimable mais la notation ‘modeste’.

De 1935 à 1948, il est nommé préfet de discipline et ne répugne pas à diriger un club de théâtre dramatique. Il fonde son action sur les doubles bases de la confiance et de la loyauté, sans ménager les vertes réprimandes … Homme à l’ardeur bouillante, sportif, il accompagne les équipes de basket-ball avec brio et y gagne un surnom d’estime, ‘Pop’. Il s’occupe même du journal des élèves, l’Héritage, dont il inspire et révise la partie française.

C’est en mars 1947 qu’il demande et obtient son affiliation à la Province d’Amérique du Nord nouvellement créée. A cause de l’excellence de son service d’enseignement, il reçoit en 1950 les Palmes Académiques et, en 1966, il est fait chevalier de l’Ordre national du Mérite, des mains de l’ambassadeur Charles Lucet. A l’enseignement, il joint d’autres activités ministérielles: service dominical, aumônerie du Consulat français de Boston, de l’Alliance française, membre de la Société d’entr’aide française.

Il n’oublie pas sa patrie natale qu’il vient visiter à l’occasion et que la deuxième guerre mondiale n’a pas épargnée. Les bombardements de la libération frappent cruellement la Normandie, particulièrement la ville de Caen où habite sa famille. Son frère prêtre meurt en 1948, sa sœur veille sur les vieux jours de la maman, âgée de 88 ans en 1953; son autre frère ébéniste a tout perdu sous les bombes.

Le P. Etienne-Marie meurt le 9 octobre 1976, à 78 ans, après une vie bien remplie dont l’activité au sein d’un collège a comme prolongé la jeunesse. Ses funérailles se déroulent à l’église Notre-Dame de Worcester avec la participation de nombreux anciens qui lui gardent un reconnaissant souvenir. N’est-ce pas là qu’il assura plus de trente ans avec fidélité et dévouement son service dominical?

Bibliographies

Bibliographie et documentation Documents Assomption, Nécrologe (1) 1975-1980, p. 35. Assumption North America, november 1976, n° 8, 4 pages. Assumption Preparatory School Magazine, may 1966, n° 3 (le P. Etienne Aubert re- çoit une décoration de l’ambassadeur français aux USA). L’Assomption (revue de Worcester), n° mars-avril 1953, p. 38-41. Assumptionists Deceased in North America, p. 9. La lettre à le Dispersion et La Lettre à la Famille ont gardé de nombreux échos de la vie militaire du fr. Etienne-Marie: ex. 1918, n° 509, n° 516, n° 518 ….n° 389, p. 6.