Eucher (A.-A.-J.) MARQUANT – 1877-1940

Nouvelles de Louvain.
« C’est le 18 septembre [1920]
que le P. Possidius Dauby a été opéré à Bruxelles, à la clinique
Saint-Remy, par le Dr Wibo. L’opération avait pour but d’égaliser les
muscles des yeux. Pour y arriver on a coupé les muscles externes et
rapproché les muscles internes. Le docteur n’avait pas cru devoir endormir
le Père et il s’est contenté d’insensibiliser les yeux à la cocaïne. Le
Père ainsi pu suivre complètement l’opération qu’il a supportée avec
courage et sans la moindre plainte, même lorsque, pour saisir les muscles,
le bistouri était
obligé d’entrer profondément dans les chairs. En ce qui concerne la
guérison des yeux, le succès sera total. Malheureusement l’état
général du Père laisse beaucoup à désirer. Les fatigues accumulées pendant
la guerre et depuis l’ont peu
préparé à une pareille épreuve et la convalescence qui, pour une personne
saine, aurait peu duré, risque de se prolonger au-delà de toute prévision.
La fièvre a disparu depuis quelques jours, la suppuration n’a pas
complètement cessé. Le mieux commence à s’accentuer. Espérons que les bons
soins prodigués par les Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Jean de Maurienne
achèveront l’amélioration ».

Religieux de la Province de Paris.

En service en Orient.

Albert Augustin Joseph Marquant est né le 3 juillet 1877 à Roquetoire, canton d’Aire-sur-la-Lys (Pas- de-Calais). Après ses études primaires à l’école communale de Rincq, il est admis à l’alumnat d’Arras (Pas-de-Calais) le 18 avril 1890 et passe à l’alumnat de Clairmarais (Pas- de-Calais) au. mois d’août 1892 où il fait ses deux années régulières d’humanités jusqu’aux vacances de 1894. Ayant opté pour l’Assomption, il entre au noviciat de Livry (Seine-Saint-Denis) où il reçoit l’habit religieux le 9 août 1894 sous le nom de Frère Eucher. Le P. Félicien Vandenkoornhuyse écrit de lui à cette époque: « Eucher Marquant est sérieux, régulier, travailleur, pieux. C’est un des meilleurs novices en qui j’ai toute confiance. Je le trouve seulement un peu trop timide, embarrasé, peu expansif ». Après sa profession annuelle (9 août 1895), le Frère Eucher va achever son temps de noviciat à Phanaraki en Turquie où il prononce ses vœux perpétuels le 15 août 1896. Il part ensuite pour la maison d’études de Jérusalem où il étudie la philosophie pendant deux ans (1896-1898) et la théologie pendant quatre ans (1898-1902) et où il reste comme professeur jusqu’à la guerre de 1914, régent des études de 1904 à 1914. C’est à Jérusalem que le Frère Eucher reçoit tous les Ordres en vue de la prêtrise. Il est ordonné prêtre le 21 décembre 1901 par Mgr Plavi. Il passe ainsi plus de 18 ans en Orient. Le P. Eucher est expulsé de Jérusalem par les Turcs ainsi que toute la communauté française, sauf le P. Boniface Moitroux, à cause des alliances politiques et militaires de la grande guerre. Il est mobilisé dans les services sanitaires, du 18 novembre 1914 jusqu’au 8 février 1919. A partir de 1916, il est affecté à l’armée d’Orient et reçoit la décoration de la médaille de Saint-Georges (juin 1917).

Dans l’enseignement, puis en service paroissial à Montmirail.

Après sa retraite de démobilisation, le P. Eucher est attaché en mars 1919 au scolasticat de Louvain (Belgique) comme professeur de dogme pendant quelques mois et comme professeur d’Ecriture Sainte pendant dix ans, jusqu’aux vacances de 1929. Au mois d’août 1919, il est choisi comme curé doyen de Montmirail, avec la responsabilité de 20 paroisses de ce canton que Mgr Tissier, évêque de Châlons-en-Champagne, confie à l’Assomption. Pour les desservir, on lui adjoint six religieux. C’est une lourde charge dont il s’acquitte pendant dix ans, à la grande satisfaction de la population et de l’évêque du diocèse. Le P. Eucher en effet a toujours été apprécié dans ses différents postes de responsabilité. Il sait agrémenter l’exercice de ses fonctions de l’aménité de son caractère. Il est d’un commerce très sympathique et très agréable. En septembre 1939, il est frappé d’une attaque cérébrale. Le P. Blaise Chéruy, son confrère, le conduit à Paris le 6 octobre 1939 pour le confier aux bons soins des Oblates à la clinique de la rue de Turin. Le P. Eucher y passe deux mois (octobre-décembre), mais il n’est pas guéri d’une demi-paralysie des bras et des jambes, malgré l’amélioration de son état. Il est alors envoyé à Lorgues (Var) où l’on espère que le bon air du Midi achèvera sa guérison. Le P. Serge Toublan l’y accompagne. Mais exsangue, très affaibli, d’une pâleur cendrée, il ne quitte guère sa chambre, sauf pour les temps communs. Il s’aide d’une canne. Au fil des jours, de syncope en syncope, il perd la mémoire et sommeille continuellement, malgré une amélioration passagère autour de Noël. Le P. Eucher, dans le coma après une nouvelle attaque de paralysie, S’éteint paisiblement, à 63 ans, dans la nuit du mardi 2 janvier au mercredi 3 janvier 1940. Il y est inhumé. Là comme ailleurs, le P. Eucher s’est montré tel qu’il avait été partout: très doux, très aimable, serviable et souriant, confiant et simple comme un enfant et, par-dessus tout, religieux sérieux et fervent.

Bibliographies

Bibliographie et documentation- Lettre à la Dispersion, 1940, n° 815, p. 9-10; 816, n° 17-18. Lettre du P. Eucher Marquant, Louvain, Il octobre 1920. Dans les ACR, du P. Eucher Marquant, correspondances (1895-1936), rapports sur Montmirail (1929-1939).