Eugène (Claudius Marie) BONON – 1914-1991

Un étudiant studieux à alimenter.
« Mes cours de théologie viennent de commencer à Lyon ce matin. Je dois
étudier l’hébreu et je ne peux me procurer de grammaire. IL y en a un bon
nombre à la petite bibliothèque de Tordi Nona, dans l’armoire au fond, si
l’on n’a pas changé la disposition des livres. Il y a également les
grammaires à grand format qu’on achetait à l’Angélique et dont on se
servait pour les cours du Père Dunker. Je préférerais une de celles-ci
parce que j’y ai étudié. Je ne pense pas que l’on fasse de difficulté à
l’envoi de cette grammaire, en y portant la mention de livre usagé.

Ici (Lyon-Debrousse) nous sommes une quinzaine: P. Félicien, Maximilien,
Saturnin, Martin, Sévérien
etc.. Il y a trois frères convers. Nous ne sommes que 2 étudiants, l’autre
est le P. Jean- Pierre Robin, ancien étudiant romain également qui entre en
4ème année. Nous avons retrouvé aux cours deux Maristes, anciens
condisciples à l’Angélique. Nos professeurs ont l’air de connaître Rome ».

Fr. Eugène Bonon, 21 octobre
1940 au P. Corpacci.

Religieux de la Province de France.

Un élève surdoué.

Claudius est né le 21 janvier 1914 à Villars (Loire), cadet de 4 enfants dont l’un deviendra Frère des Ecoles chrétiennes. Il est scolarisé à l’école du Sacré-Cœur à Saint-Etienne et franchit les portes de l’alumnat de Saint- Sigismond en Savoie (1924-1927) puis celles de Miribel-les-Echelles en Isère (1927-1929). Il y a un contraste évident entre son extérieur gauche, son allure générale empruntée, un peu ‘taillée à la hache’, et sa belle intelligence, vive et surclassante, qui lui permet de passer son baccalauréat à 15 ans. Mais plus encore, ce sont ses qualités morales bien réelles qui ne font que s’affirmer au fil du temps: d’un caractère heu,reux où domine la bonté, il se révèle en toute circonstance un être compatissant, dévoué, animé d’un sens pratique et bricoleur mais sans finesse. L’un de ses rapports n’affirme-t-il pas qu’il se tuerait pour rendre service? Le 27 octobre 1929, à Scy-Chazelles (Moselle), à 15 ans et demi, il prend l’habit et le nom d’Eugène avec le P. Savinien comme maître des novices. Il est profès le 28 octobre 1930. Sa philosophie achevée à la maison Saint-Jean de Scy- Chazelles (1930-1932), il est envoyé à l’alumnat de Saint- Sigismond comme professeur (1932- 1934). Le service militaire le requiert deux ans (1935-1937), aux Zouaves de Belfort. Fr. Eugène peut alors commencer sa théologie à Rome (1937- 1939) qu’interrompt la guerre en 1939. Il est profès perpétuel depuis 16 mai 1938. Mobilisé à Périgueux (Dordogne), il est fait prisonnier en 1940 et s’évade en septembre, nul n’a jamais su comment. C’est sans intérêt, disait-il, mais il écrit le 13 septembre 1940 au P. Gervais Quenard: « C’est un de vos anciens religieux mobilisés qui vous écrit. Je suis pour le moment un prisonnier de guerre en fuite. J’ai été fait prisonnier le 21 mai [1940] à Fontaine-les- Vervins (Aisne).

Je suis resté deux mois et demi à Hirson dans d’assez bonnes conditions matérielles, grâce en partie aux rapines exercées contre le ravitaillement des soldats allemands quand nous travaillions à charger ou décharger des camions. Mais aucun secours religieux. Le 31 juillet le commandant allemand d’Hirson nous annonce notre libération prochaine. Au lieu de cela, on nous disperse dans les villages pour travailler dans les fermes pour eux. Nous sommes 30 à aller le 4 août à Etreux pour la moisson. Nous sommes trois prêts à partir, notre patron nous y encourage. En revenant au camp, le 10, nous apprenons qu’il y a rassemblement dans une heure avec tout ce que l’on a. Mes compagnons hésitent, moi je me décide à partir et tout a bien marché jusqu’ici grâce à Dieu. J’ai marché pendant 5 jours, en évitant les routes et les villes. Une fois j’ai été arrêté à Couvron, à côté du camp d’aviation. J’ai fait demi-tour et j’ai passé à quelques km. de là. Au barrage du chemin des Dames, là où le canal de l’Oise passe sous un tunnel, j’ai franchi la ligne. Hier soir, près de Trilly, me voyant à 40 km. de Paris seulement, j’ai pris un autobus jusqu’à Lagny et ensuite le train jusqu’à Paris, de là à Dijon et je vais passer en France libre. La Providence me protègera et j’irai me mettre sous l’obédience du P. Maximilien [Malvy]. C’est un grand plaisir pour moi d’avoir éprouvé de nouveau aujourd’hui la fraternelle affection assomptionniste ». Le Fr. Eugène peut ainsi terminer sa théologie à l’Institut catholique de Lyon et être ordonné prêtre le 15 mars 1942. Il passe ensuite une licence de sciences et mathématiques.

Trente-six ans d’enseignement.

La vie ministérielle du P. Eugène est toute entière consacrée à l’enseignement: de 1946 à 1948 :à Miribel-les-Echelles, de 1948 à 1953 au scolasticat de Scy-Chazelles, de 1953 à 1954 à l’alumnat de Scy-Chazelles, de 1954 à 1955 au scolasticat de Valpré (Rhône), de 1955 à 1969 à l’alumnat de Miribel à nouveau, de 1969 à 1975 à l’alumnat de Scy-Chazelles et de 1975 à 1977 au juvénat des O.M.I d’Augny (Moselle). Professeur trop décalé par rapport à ses élèves, il enseigne principalement les sciences physiques, mais sans manuel et sans méthode. Il construit lui-même ses expériences, avec un matériel bricolé. Peu éloquent, il n’arrive pas toujours à enthousiasmer et à endiguer ses élèves. De 1977 à 1982, il est directeur académique du collège de la Viste des Pères de Timon-David à Marseille. Victime d’un accident de la circulation, il est déjà atteint dans sa santé, physique et mentale, quand il arrive à Lorgues le 11 septembre. Il meurt le 26 novembre 1991 et est inhumé à Lorgues.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (V) 1991-1993, p. 51-52. Assomption France, Nécrologie 1991, p. 241. [Bien que professeur toute sa vie le P. Bonon n’a pas laissé beaucoup d’écrits dans les archives romaines: quelques rares correspondances, surtout du temps de la guerre 39-45].