Eugène (Eugène-Jules-J.) MONSTERLET – 1866-1922

Protestation. « J’ai l’honneur de répondre à la lettre que votre Grandeur
vient de m’adresser, en me permettant de lui exprimer la peine et
l’étonnement profonds qu’elle me cause. En effet, parmi les désirs ou
ordres que votre Grandeur m’a manifestés, je me rappelle seulement soit la
proposition qu’elle daigna me faire de me nommer supérieur de son petit
séminaire, soit le
reproche qu’elle m’adressa que la maison des Châteaux eut admis des
humanistes, soit enfin une demande de la liste de nos élèves qui seraient
de son diocèse. Quant à la proposition de me confier la direction du
séminaire diocésain, j’exposai à votre Grandeur les raisons multiples et
fondées qui m’obligeaient à décliner cet honneur et je pensais que votre
Grandeur y avait renoncé. Quant au
second point, dès que j’eus prévenu notre directeur titulaire [abbé
Silvestre] de votre plainte, il prit sur mes instances les dispositions
nécessaires pour écarter au plus tôt de la maison les élèves destinés aux
cours d’humanité, bien qu’il croie devoir réserver en principe son droit
d’avoir, vu la nature de tout établissement libre secondaire,
des cours de cette nature en sa maison … ».Eugène
Monsterlet à Mgr Lacroix,
12/08/1903.

Religieux français.

Un fils du Nord.

Né à Saint-Omer (Pas-de-Calais) le 28 août 1866, Eugène-Jules-Joseph Monsterlet est élève chez les Frères des Ecoles Chrétiennes à Saint-Omer, de 1873 à 1879. Il entre au petit séminaire d’Arras (Pas-de-Calais) et y poursuit sa scolarité de 1879 à 1882, puis demande son admission à l’alumnat de Clairmarais (Pas-de-Calais) où il fait ses humanités de 1882 à 1884. Il opte pour l’Assomption en prenant l’habit religieux au noviciat de Paris des mains du P. Picard, dans la chapelle des religieuses de l’Assomption, rue de Lübeck, le 8 septembre 1884. Il garde son prénom de baptême, Eugène. Il part en novembre de la même année pour le noviciat à Osma (Espagne) où il reste jusqu’au retour des novices à Livry (Seine-Saint-Denis), en octobre 1886. Profès annuel en 1885, il prononce ses vœux perpétuels à l’alumnat de Nîmes, le 1er novembre 1886, entre les mains du P. Picard. Attaché au service de l’alumnat Saint-Augustin de Nîmes (Gard) comme professeur, le Frère Eugène se rend à Rome pour ses études ecclésiastiques (1890-1892). Il a déjà été ordonné prêtre le 20 septembre 1890 par Mgr Thomas, lazariste, à Livry.

Un animateur et fondateur d’alumnats.

Le P. Eugène fait un premier séjour à Notre-Dame des Châteaux (Savoie), comme professeur de 1892 à 1893 avant d’être affecté à celui de Brian, dans la Drôme (1893-1898). Il s’y lie d’amitié avec l’abbé Silvestre, prêtre diocésain de Valence, qui est choisi comme titulaire diplômé des alumnats. On demande au P. Eugène d’apporter son concours au démarrage de l’alumnat de Laubat (Charente,-Maritime), de 1898 à 1899. Il revient encore à Brian, de 1899 à 1900, avant de prendre en charge Notre-Dame des Châteaux (1900-1903),

au moment des perquisitions et du mouvement d’expulsion. Incardiné par Mgr Lacroix au diocèse de Tarentaise, il lutte jusqu’au bout et paraît plusieurs fois en correctionnelle pour délit de Congrégation. Lâché par l’évêque qui, en fait, mène double jeu, il est condamné et transfère les alumnistes des Châteaux à Mongreno, près de Turin (Italie). En août 1904, le P. Eugène est de la fondation du premier alumnat espagnol, Calahorra, de 1904 à 1907. Il l’établit ensuite à Elorrio dont il est le supérieur jusqu’à ce que la maladie l’oblige à prendre du repos (1916). Il fait alors partie de la ‘maison de Paris’, ce groupe de religieux dispersés en appartements en raison de la législation anti-congréganiste. En 1921, sa santé devenant de plus en plus précaire, le P. Eugène doit aller se reposer chez une de ses sœurs à Saint-Omer. C’est là que la mort le surprend, le 9 novembre 1922, après quelques mois de douloureuses souffrances qu’il supporte avec un grand esprit de foi. Les alumnistes ont eu dans le P. Eugène un professeur zélé et un supérieur qui s’est montré d’un dévouement constant à leur formation. Homme pugnace, il est strict observateur de la règle et met une grande énergie dans l’accomplissement de tous ses devoirs. Il ne s’accorde que rarement un peu de loisir. Son épuisement prématuré est sans doute la conséquence d’un surmenage ininterrompu. Le corps du P. Eugène est inhumé au cimetière de Haut-Pont, près de Saint-Omer.

Un homme atteint, mais lucide.

« je vous remercie de l’intérêt que vous portez à l’œuvre des vocations. J’envoie à Mgr Lacroix la liste des enfants de son diocèse chez nous. Je suis très éloigné de croire que le simple retard de l’envoi de la liste ait pû à un tel point froisser et irriter Monseigneur. J’ai reçu lundi soir 10 courant une lettre très amère de Fougues [procureur général]. J’ai fait quatre brouillons de lettre pour répondre. Je ne sais comment dire ma peine à Mgr Lacroix. J’aime à espérer que sa Grandeur n’emploiera pas vis-à -vis de la maison les rigueurs dont elle me menace. Nous J’avons toujours respecté, j’étais heureux d’être avec lui en très bons rapports. J’ai toujours agi et parlé librement avec notre évêque. J’étais charmé de sa conversation et de son amabilité. Pourquoi si brusquement les choses changent-elles? J’en suis attristé au-delà de tout ce que vous pouvez croire … ». Lettre du P. Eugène au Vicaire Général de Tarentaise, 12 août 1903.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1922, no 34, p. 255-256; no 36, p. 265-272. L’Assomption et ses C£uvres, 1923, no 258, p. 8-9. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. L’Echo de Notre-Dame (bulletin de Saint-Sigismond), 1923, no 21, p. 327-329 et no 22, P. 343. Vers l’autel (Scherwiller), 1923, no 11, P. 182-183. Dans les ACR, du P. Eugène Monsterlet, rapport sur Elorrio (1904-1920), sur la formation des alumnistes (1914), correspondances (1885-1921). Le P. Eugène Monsterlet a d’autre part écrit des monographies, restées à l’état de manuscrits ‘sur les alumnats de Notre-Dame des Châteaux (1903), sur Calahorra (1904), sur Brian (1921). Les Archives Nationales de Paris détiennent un lot de correspondances nourries entre le P. Monsterlet et Mgr Lacroix, évêque de Tarentaise, au moment des perquisitions de Notre-Dame des Châteaux et pendant l’instruction du procès contre les Assomptionnistes.