Eugène (Eugène Léon René) GIRAUD – 1871-1939

Talcahuano 1922.
« Depuis votre départ du Chili je ne vous ai jamais écrit,
faute de temps. Il y a les malades à soigner: PP. Claudius, Louis Deltour,
Marie-Ange et Isidore. J’en ai passé des nuits blanches! Ajouter à cela le
travail de la maison qui devait bien se faire, doublé 4 fois par le va-
et-vient que nécessitent de si grands malades qu’on ne peut laisser seuls.
J’ai la charge du matériel de la maison:
lingerie, dépense, cuisine, achat, entretien de l’église ainsi que la tenue
des livres paroissiaux. Ici cela marche à peu près nous n’avons pas
énormément de travailles gens
se font enterrer sans passer par l’église. Mais pendant l’année nous avons
eu 1.305
baptêmes. Dimanche la messe a eu lieu pour tous les marins, les officiers
en grande tenue; a été fêté l’anniversaire de la bataille de Iquique. J’ai
vu dernièrement dans le Noël d’avril une réclame pour
‘Notre Paroissien très complet’ édité par la Bonne Presse. Auriez-vous la
bonté de m’en payer un? Avec tous les malades, nous avons eu de gros frais
de médecins, de remèdes et d’enterrements, ajoutez à cela le trou qu’a fait
le P. Jeandel dans la caisse: vous aurez une idée de l’état
de la bourse.». Frère Eugène au P. Joseph Maubon, 30mai
1922.

Eugène (Eugène Léon René) GIRAUD

1871-1939

Religieux de la Province de Bordeaux, missionnaire au Chili.

Mémoire fraternelle.

Le P. Julien Julien (1872-1958) écrit en 1939 au P. Ernest Baudouy chargé de la rédaction à La Lettre à la Dispersion: « Je vous envoie un petit renseignement au sujet du Frère Eugène Giraud, décédé récemment au Chili. Le Frère Eugène était venu à l’Assomption comme vocation tardive. R dut entrer à Montfort (Yonne) vers 1896 ou 1897. Je pense que ne réussissant pas dans les études, il demanda à devenir frère convers et fit son postulat dans cette maison. Quand j’y arrivais en novembre 1898, il n’y était plus, mais son souvenir était resté très vivant parmi les compagnons et aussi parmi la population catholique des environs. On parlait de lui comme de quelqu’un de très travailleur, dévoué et très débrouillard. Il avait gardé bon souvenir de Montfort et de la rue François Ier où il était sacristain. Il s’efforçait de trouver des vocations tardives. Il y resta jusqu’après le départ des religieux au moment de la dispersion en 1901. Il réussit même à sauver toute la cave de François 1er et transporta le tout dans les diverses résidences des religieux restés à Paris. je crois bien qu’il ne s’entendu pas très bien avec l’abbé Schall qui avait la garde de la chapelle de Notre-Dame de Salut. En 1902 ou au printemps 1903, il passa deux ou trois mois à Louvain et partit de là pour New York où il se trouvait en 1904 au dire du P. Charles Vermesch. Il dut être envoyé au Chili fin 1904 ou même 1905 ».

Reconstitution biographique.

Eugène Giraud est né à Chauvigny (Vienne), le 21 décembre 1871. Le temps de sa jeunesse nous est inconnu. Il fait son service militaire à Oran (Algérie), dans un régiment de Zouaves (1892-1895). Un temps surveillant dans un orphelinat des Pères Salésiens,

il espère apprendre suffisamment de latin pour envisager le sacerdoce, essai sans succès. Il frappe alors à la porte de la maison des vocations tardives à Montfort (Yonne) où le reçoit le P. Rémy Commun. En septembre 1898, il entre au noviciat des Frères convers, à Livry. En 1900, il se trouve attaché au service de la communauté de la rue François 1er et se rappelle avoir servi la messe au P. Picard. En janvier 1903, on le trouve à Louvain (Belgique). Le 31 mars de la même année, le P. Emmanuel Bailly l’emmène avec lui à New York. Le 18 décembre 1904, il s’embarque à Marseille, toujours avec le P. Bailly, pour l’Amérique du Sud. Il débarque au Chili au début de l’année 1905 et est affecté à la maison de Rengo. C’est là qu’il fait sa profession perpétuelle en 1908 entre les mains du P. Théophile Durafour. Durant ses 34 ans de résidence au Chili, il passe par les différentes maisons de la mission: partout il fait preuve de son dévouement et de sa débrouillardise, ce qui vérifie cette remarque inscrite sur son livret militaire: « Eugène Giraud fera un bon intimer de salle, soumis et très docile ». En 1920-1921, le Frère Eugène soigne les religieux atteint du typhus exanthématique à Talcahuano. Le P. Marie-Alfred Goettelmann se souvient de lui en 1935 lorsque le Frère Eugène faisait chaque jour et même deux fois par jour à pied le trajet entre Mendoza et Rengo pour lui rendre visite à l’hôpital où on le soignait d’un anthrax. En 1936, le Frère Eugène est envoyé à Conception, à la paroisse San Juan de Matha. En 1937, il est lui-même atteint d’une paraplégie. Voulant se rendre utile malgré tout, il commence une table générale des baptêmes de la paroisse. Le 24 janvier 1939, la ville de Conception est ravagée par un tremblement de terre qui détruit l’église et le couvent. Le Frère se trouve seul dans sa cellule et croit sa dernière heure arrivée. Le 12 avril 1939, il est transporté à Mendoza. Il souffre beaucoup d’escarres qui lui mettent la chair à vif. Il meurt au petit matin du 4 septembre 1939. Il est inhumé dans le mausolée de la paroisse de Rengo, à côté du P. Célestin Huff, décédé le 10 juillet 1938.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1939, n° 804, p. 477; n° 814, p. 5-7. Lettre du Frère Eugène Giraud au P. Maubon Talcahuano, 30 mai 1922. Lettre du P. Julien Julien au P. Ernest Baudouy, Brockley, 2 décembre 1939. Dans les ACR, deux correspondances du Frère Eugène Giraud (1922). Notices Biographiques