Eugène (Francois-Eugène) BERGE – 1869-1948

Distinction.

« J’ai l’honneur de vous faire connaître que sur ma proposition, M. le
Sous- Secrétaire d’Etat à la Marine marchande a bien voulu donner la croix
de Chevalier de la Légion d’Honneur au frère Eugène Bergé, qui pendant 26
années consécutives s’est prodigué avec tant de dévouement près
des marins de la grande pêche. Je suis heureux de vous annoncer cette
nouvelle qui
m’a causé à moi-même la plus grande satisfaction, c’est la reconnaissance
par les Pouvoirs Publics des services éminents rendus de longues années par
cet homme de bien qu’est le frère Eugène.

Ainsi que je vous l’écrivais le
10 mai, je regrette que les circonstances ne vous aient point permis de
nous assurer le concours de votre Ordre dans l’avenir. Les Assomptionnistes
ont joué un rôle prépondérant dans l’histoire de notre Société et je veux
espérer que si vous n’avez pas pu assurer un successeur immédiat au Frère
Eugène, son remplacement à la tête de la Maison de Saint- Pierre ne rompra
pas les liens qui nous unissent ».

Lettre de l’amiral Rocheprat
au P. Moubon, le 18 décembre
1921.

Religieux de la Province de Bordeaux.

Un apôtre des Oeuvres de Mer.

François-Eugène est né à Toulouse le 5 mai 1869. Il fait des études au pensionnat St Joseph de sa ville et connaît l’Assomption par l’intermédiaire des œuvres de presse et des œuvres sociales que dirige le P. Roger des Fourniels. Il prend l’habit à Livry (Seine-Saint- Denis) le 23 mars 1894 et prononce ses premiers vœux le 25 mars 1897 sous le nom de Fr. Eugène. C’est le P. André jaujou, chez les Orantes, qui le reçoit à la profession perpétuelle le 25 mars 1903. Attaché six mois à Bordeaux dès 1895, il est très vite affecté aux ‘Oeuvres de Mer’ qui lui font connaître en compagnie du P. Yves Hamon les parages de Saint-Pierre et Miquelon, le milieu des marins et de la pêche lointaine et toutes les activités apostoliques qui sont développées à partir du bateau de l’œuvre, Saint Pierre, jusqu’à son tragique naufrage. Chaque année, jusqu’en 1927, le Fr. Eugène prend la mer pour se rendre à la fameuse ‘Maison de famille’ établie à Saint-Pierre et Miquelon où sont reçus, soignés et réconfortés tant de marins éloignés longtemps des leurs. Fr. Eugène aime profondément ces hommes dont les défauts ne lui épargnent pas de fréquentes surprises. A cette époque, l’action religieuse est l’aboutissement ultime des secours matériels, médicaux et moraux prodigués aux marins que résument deux termes: évangélisation et moralisation. Fr. Eugène totalise ainsi une trentaine de campagnes et participe au développement des œuvres spécifiques de l’Assomption en direction de ce milieu dont on connaît en particulier La Croix des Marins. En 26 ans, un bilan d’activité fait mention pour ces œuvres de mer de 414 naufragés rescapés, de 1582 malades hospitalisés de 23 626 journées de soins, de 3 333 dons de médicaments et de 620218 lettres reçues ou transmises. En 1912, en récompense de son dévouement,

Notices Biographiques A.A Page : 241/241 le Fr. Eugène reçoit le prix Montyon et le 17 avril 1922, à bord du navire-hôpital Jeanne-d’Arc la Légion d’honneur des mains de l’amiral de Gueydon. La cérémonie est évoquée dans le journal Havre-Eciair. En 1927, à 58 ans, le Fr. Eugène fatigué doit cesser sa participation à la Société des Oeuvres de Mer, mais affecté à la communauté de Bordeaux (1927-1932) il continue à s’occuper des marins en fondant avec le concours de personnes dévouées l’Oeuvre du Livre du marin: récolte et achats de livres et revues, constitution de bibliothèques pour les bateaux, distribution et garde des ouvrages au bénéfice des gens de mer. De 1934 à 1938, il est affecté à la Maison des marins de Toulon qui remplit dans ce port une mission analogue à la Maison de famille établie à Saint-Pierre et Miquelon. Fr. Eugène est également un assidu fervent des pèlerinages de Lourdes et il profite des facilités qui lui sont données pour organiser une participation nombreuse du milieu maritime aux pèlerinages de Lourdes. On comprend qu’ il lui soit difficile de gagner en 1938 la maison de repos de Lorgues (Var) à cause d’une santé altérée depuis longtemps. Il s’y croit en pénitence. En juin 1939, l’activité le reprend, malgré son état de fatigue, et il s’absente momentanément de Lorgues, sans autorisation et sans laisser d’adresse, ce qui le met dans une situation délicate par rapport à la Congrégation. Le P. Clément Laugé facilite le retour en douceur du religieux fugitif qui rejoint Lorgues en octobre 1940, fait amende honorable et promet de ne plus s’occuper de ses chers marins. Dès lors il y vit sans bruit, selon son habitude, veillant à n’incommoder personne, partagé entre ses souvenirs, une correspondance active avec les nombreuses sympathies qu’il a gardées dans le milieu marin. Il ne se déplace plus qu’avec peine et s’exprime difficilement. Il meurt d’usure plus que de maladie le 3 octobre 1948, ayant achevé sa 79ème année. Il est inhumé dans le caveau tout neuf que le P. Privat Bélard vient de faire aménager dans la propriété et il est le premier à inaugurer l’un des 72 loculi de la chapelle sise au milieu de la pinède, derrière la grotte dédiée à Notre-Dame de Lourdes. Une rue Eugène Berge a été inaugurée à Saint-Pierre et Miquelon en 1997.

Page : 242/242

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Famille 1948, n° 61, P. 92 L’Assomption et ses œuvres, 1949, n° 475, p. 12-13. Correspondances du Fr. Eugène Bergé (1897-1952). Cahiers des souvenirs personnels de FR. Eugène, de Terre-Neuve. A Travers la Province (Paris), 1997, n° 132, p. 28. J. Danbard et H. Darieus, Annales 1991 ‘Société d’Histoire et d’Archéologie, de l’arrondissement de Saint-Malo.