Eugène (Henri) DOURVER – 1858-1884

Scènes d’expulsions à Paris, novembre 1880.
«Les brigandages se sont exercés cette semaine sur une si vaste échelle
qu’il nous est impossible de les raconter toutes. A Paris, avant le jour à
la lueur des torches, à l’aide de pinces, de leviers, de haches, de
marteaux, de
monseigneurs, de rossignols et de tout l’attirail ordinaire des expéditions
nocturnes, dit Bernadille, mais avec l’assistance de la police, qui n’avait
point jusqu’à présent l’habitude de prêter son concours à ce genre
d’opérations et aux gens qui les font, quelques centaines de
portes ont été enfoncées… Les couvents des Capucins, des Dominicains des
Maristes, des Franciscains, des Rédemptoristes, des Oblats, des Prêtres de
Picpus, ont été attaqués en même temps qu’on enfonçait la porte du
Pèlerin… Au milieu de ces drames douloureux, il y a eu une comédie: 68
moines Prémontrés, enfermés sur la hauteur de Frigolet dans le couvent
reconstruit par le P. Edmond, ont été assiégés par toute une division
commandée par le général Billot ».
Le Pèlerin, novembre 1880 n°
202, p. 1563

Eugène (Henri) DOURVER

1858-1884

Religieux français.

Un novice ‘chahuté’ en 1880.

Henri Dourver est né à Morlaix (Finistère) le 14 mars 1838 dans une famille qui donne à l’Assomption un religieux et une religieuse (R.A.) et au diocèse un prêtre séculier. Il vient à Paris comme séminariste à Saint-Sulpice (Issy-les-Moulineaux) et décide de se faire assomptionniste. Il commence son postulat à Sèvres (1). A l’époque commune rurale à l’extérieur de Paris, Sèvres est l’implantation en mai 1879 d’un ‘noviciat à la campagne’ pour la Province de Paris créée en 1876, de façon à réserver les locaux de la rue François 1er aux religieux de l’administration provinciale, à ceux qui travaillent à la Bonne Presse et aux étudiants-profès. Le Frère Eugène n’a guère le temps d’y goûter les charmes des coteaux surplombant l’Ouest de la capitale ou les leçons du P. Germer- Durand, maître des novices. A cause du mouvement des expulsions, à Paris le 5 novembre 1880, il se réfugie avec ses compagnons dans l’appartement de M. Février, un voisin et ami des Religieux de la communauté de la rue François ler. C’est là qu’il prend l’habit le 11 novembre 1880, sous le nom de Frère Eugène, dans le salon transformé en chapelle provisoire. Il prend en décembre le chemin de l’Espagne où l’Assomption vient d’occuper l’ancien couvent désaffecté des PP. Carmes à Osma où ils ont vécu de 1597 à 1835. Le voyage, sous la direction du P. Jean Lehec, ne manque pas de complications: chemin de fer de Paris à la frontière franco-espagnole, Irun; changement de train pour Irun-Burgos; transport en ‘coche’ de Burgos à Aranda pendant 12 heures; correspondance en coche Aranda-La Vid où un arrêt est prévu chez les Augustins et, enfin, Osma où les novices finissent par arriver le jeudi 23 décembre. Au début, la vie à Osma ressemble à celle d’un hôpital, tant le voyage a été éprouvant,

puis tout rentre dans l’ordre. Le Frère Eugène prononce ses premiers vœux le 11 novembre 1882, entre les mains du P. Picard, alors en visite au noviciat. Différentes épreuves le marquent, d’abord dans sa santé qui, en dépit des soins prodigués, ne se rétablit pas de façon satisfaisante. Son caractère, cœur d’or et tête de breton, lui vaut bien des frottements en communauté, mais aussi l’éprouve l’éloignement de sa Bretagne natale dans un pays dont il ne parvient pas à maîtriser la langue. Cependant il a à cœur de catéchiser des enfants et les pauvres qui viennent frapper à la porte du couvent, avec des gestes de sollicitude qui suppléent au vocabulaire défaillant: distribution des restes des repas, de chaussures ou de vêtements. Ce langage de la charité lui attire une charge de sympathie que son retour en France ne fait pas évanouir, comme le montrent les sentiments exprimés par ces gens en 1884.

Une vie enlevée.

Le Frère Eugène revient en France 1882, à la fin de l’année 1882. Il est nommé à la communauté d’Arras, au service de l’orphelinat. Il ne peut y rester en raison de ses problèmes de santé et vient à Paris commencer ses études ecclésiastiques, mais il emporte avec lui le germe de la tuberculose dont il n’a pu être guéri. Il désire ardemment être ordonné prêtre. Le P. Picard obtient à Rome, en raison de l’état de faiblesse physique du Frère Eugène, les extra tempora qui vont permettre une accélération pour les différents degrés d’accès au sacerdoce. Le Frère Eugène est ordonné sous-diacre à Arras le 23 décembre 1882, diacre à Paris le 14 juillet 1883 et prêtre le 22 juillet suivant. La cérémonie se déroule dans la chapelle de la rue François ler, grâce à l’obligeance de Mgr. Soulé, ancien évêque coadjuteur d’Haïti. Après quelques jours en Bretagne pour les prémices dans la paroisse de Morlaix, le P. Eugène revient à Paris pour y mourir le 17 janvier 1884, à 26 ans. Il est inhumé au cimetière d’Auteuil dans le caveau des Religieuses de l’Assomption, aux côtés du P. O’Donneil qui y repose depuis 1869.

(1) La localité de sèvres, aujourd’hui dans les Hauts-de-Seine, est un lieu historique pour les familles de l’Assomption: noviciat parisien A.A. en 1878-1880; noviciat pour les Oblates en 1882; couvent pour les Petites-Swurs de l’Assomption; expérience de ‘La Cloche’ pour les Assomptionnistes, communauté en monde ouvrier, après la seconde guerre mondiale…

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Souvenirs 1883, n° 25, p. 122 (ordination) ; 1884 n° 28, p. 139-140; n° 29 p. 147-152. Lettres d’Alzon, t. XIII (1996) p. 445. L’Assomption (Nimes), 1879, n° 33, p. 262. Pages d’Archives, 1940, n° 7 (lère série), intitulées ‘Il y a soixante ans’. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Le Pèlerin, novembre 1880, n° 202, p. 1559-1563 (récit de l’expulsion rue François ler). Notices Biographiques