Eutychios Prosper (A.-G.-L.) LAMERAND – 1871-1927

A bord du ‘Jean Bart’ 1919.

«Je suis tout confus d’avoir à vous donner une ‘façon’ de certificat pour
mon cher confrère et ami, le P. Lamerand. C’est mon ancien dans le
sacerdoce et il me semble que les rôles sont inversés. Mais je suis heureux
de pouvoir vous dire que la présence à bord du ‘Diderot’ du P. Lamerand a
été pour moi une collaboration précieuse et un réconfort pendant deux
années que nous avons passées ensemble. Ce Père Eutychios a joui de
l’estime et de la considération de tous 1es officiers et marins durant tout
son séjour à bord. Comme commissaire-interprète et officier du chiffre. Il
a su faire apprécier ses qualités naturelles, son esprit de devoir et son
caractère de prêtre zélé qui a souvent remplacé l’aumônier en titre que je
suis. Tous, à bord, nous avons regretté que la maladie l’ait forcé à nous
quitter, à l’heure où son expérience de vieux constantinopolitain eût été
si précieuse à ses chefs et à ses amis. Nous avons appris avec joie que sa
santé s’était remise de la rude secousse d’une dangereuse opération.

P. Aumônier de la 2ème escadre.

Religieux de la Province de Lyon.

Un enfant du Nord.

Alphonse-Georges-Léon Lamerand est né, le 2 avril 1871, à Sequedin (Nord). Il fait ses études primaires et secondaires au collège jésuite Saint-Joseph de Lille (1880-1888). Il prend l’habit au noviciat de Livry (Seine-saint-Denis), le 29 septembre 1888. Il se prépare à la vie religieuse sous la conduite du P. Emmanuel Bailly d’abord, puis du P. Ernest Baudouy. « Le Frère Prosper, âgé de 17 ans et demi, frère de deux religieuses Oblates, est un excellent enfant qui paraît apte à faire un bon religieux. Franc, bien élevé, pieux, il semble que l’on peut l’admettre sans crainte dans notre famille religieuse ». C’est à Livry qu’il prononce ses premiers v?ux en 1889, sous le nom de Frère Prosper, et à Phanaraki en Turquie, ses v?ux perpétuels, le 15 octobre 1890. Après un an de professorat à l’école de Phanaraki, il est envoyé au collège d’Ismidt de 1891 à 1893. Il se remet ensuite aux études pour la philosophie et la théologie à Phanaraki et à Kadi- Keuï de 1893 à 1896. Il est ordonné prêtre le 6 septembre 1896 par Mgr Alexandre Le Roy, à Livry.

Au service de la Mission d’Orient.

Cette même année 1896, avec deux autres religieux, le P. Prosper accepte de passer au rite grec. Il devient le P. Eutychios et il est chargé de fonder la première chapelle grecque de Kadi-Keuï où il séjourne de 1896 à 1899. Les années qui suivent, il remplit tour à tour les fonctions de directeur du petit séminaire grec de Koum-Kapou, de directeur du grand séminaire oriental de Kadi-Keuï, de professeur à l’alumnat d’humanités gréco-slave. Il est professeur au séminaire grec de Koum-Kapou quand survient la guerre de 1914 qui le mobilise pour la marine pendant toute la durée du conflit.

Affecté d’abord aux ambulances dans le Nord, il devient très vite en effet officier-interprète dans l’escadre de la Méditerranée, possédant à la perfection les langues grecque et turque. En 1919, après la démobilisation, il passe par nécessité au rite latin, les oeuvres grecques étant ruinées par la guerre et ses suites perturbatrices en Asie Mineure, et il reprend son nom latin de Père Prosper. Il est nommé supérieur de la maison de Koum-Kapou, puis devient aumônier militaire en 1921 du corps d’occupation militaire de Constantinople, suite aux différends meurtriers qui opposent la population turque et les minorités chrétiennes, surtout grecque, de toute l’Asie Mineure (1). De 1921 à 1923, le P. Prosper est supérieur de la maison de Brousse. Après une année de professorat à Koum-Kapou, il repart seul pour la mission de Brousse où il achève sa vie d’un dévouement inlassable et joyeux au service de cette minorité chrétienne clairsemée et en voie d’extinction. Le soir du 27 octobre 1927, le P. Prosper meurt d’une chute faite d’un échafaudage, pendant qu’il travaille à la décoration de son église. Il n’a que 56 ans. Le corps du P. Prosper repose au cimetière catholique de Brousse. (1) On sait que la première guerre mondiale eut des effets particulièrement terribles pour l’ancien empire ottoman qui avait pris parti en faveur de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, contre la Russie, la France et l’Angleterre. Les Franco-Anglais viennent occuper les détroits et Istanbul tandis que les Grecs débarquent à Smyrne en mai 1919, y massacrent les Turcs et provoquent la protestation nationaliste de l’armée turque. Moustala Kémal se rend maître de la plus grande partie de l’Anatolie, y organise des élections générales (octobre 1919) et se fait élire chef du gouvernement par l’Assemblée d’Ankara (23 avril 1920). Les Grecs cherchent à reprendre l’offensive en Anatolie (juin 1920), mais ils sont battus par les partisans de Mustafa Kémal sur la Sakarya (août-septembre 1921), puis à Doumloupinar (août 1922), chassés de Smyrne (septembre 1922) et contraints à l’armistice de Moudanya (octobre 1922). Le traité de Sèvres, signé par le Sultan Mahomet VI, dénoncé par Musfaka Kémal, est révisé à Lausanne (24 juillet 1923), assurant à la Turquie non seulement l’Anatolie, mais la Cilicie, l’Arménie, le Kurdistan, la possession des Détroits et de la Thrace orientale. Le sultanat est aboli, le califat aussi, la République est proclamée, Mustafa Kemal devient Atatürk, Ismet Pacha Premier ministre. L’Etat est laïcisé, les ordres religieux sont abolis, le costume religieux est interdit, la société est occidentalisée (costume, alphabet latin, calendrier). Pour la Mission d’Orient, après les perturbations apportées par la première guerre mondiale, c’est le coup de grâce. Peu à peu les postes de mission, désertés par les chrétiens, sont abandonnés.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1927, n° 243, p. 257; n° 244, p. 265-266; n° 246, p. 282-284. L’Assomption et ses CEuvres, 1928, n° 325, p. 131-134. Notice biographique sur le P. Prosper Lamerand par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Dans les ACR, du P. Eutychios Prosper Lamerand, correspondances (1891-1927), rapports sur Koum-Kapou (1920)