Evrard (Joseph-Emile-Gaston) EVRARD – 1878-1960

Un religieux aux goûts monastiques.
Né à Paris, le 26 octobre 1878, Joseph-Emile Evrard, après ses classes
primaires (1884-1891), fait ses études à l’alumnat d’Arras (1891-1894),
puis à Clairmarais
(1894-1896). Il prend l’habit religieux à Livry le 6 septembre 1896
et le nom de Frère Evrard. Il prononce ses premiers vœux à
Phanaraki (Turquie) le 15 septembre 1897 et ses vœux perpétuels au
même lieu le 6 septembre 1898. Ce sont ensuite deux ans de
philosophie et un an de théologie à Jérusalem (1898-
1901) et deux ans de théologie à Kadi-Keuï (1901-
1903). Encore frère, il est envoyé en Russie aux côtés du P. Liévin
prêtre professeur à l’Académie ecclésiastique catholique, à
Saint-Pétersbourg (1903-
1905) en qualité officielle de ‘domestique’ pour y créer un embryon
d’église russe catholique. Le Frère Evrard vient se faire ordonner prêtre à
Rome, le 8 avril 1905. Travailleur et très doué intellectuellement, le
P. Evrard parle le russe et le polonais. On trouve des articles de sa
main dans la Revue Augustinienne de Louvain et La Documentation
Catholique de la Bonne Presse.

La mission russe.

En mai 1878, le P. d’Alzon, préoccupé d’ouvrir l’immense
Empire russe à l’apostolat assomptionniste, étudie les moyens d’ouvrir
un poste à Odessa. Ce rêve se réalise 25 ans plus tard, comme l’a
résumé le P. Gervais Quenard dans le numéro spécial de Pages
d’archives (n° 11, octobre 1959) auquel nous renvoyons pour
les détails. Le P. Evrard est l’un de ces pionniers. Après deux années
passées à Odessa en compagnie du P. Auguste Maniglier (1906-1907),
en qualité d’aumônier, le P. Evrard, toujours russophile, arrive à
Kiev durant l’été 1907, comme vicaire et chapelain de la
colonie française. Le P. Gervais Quenard réside, lui, à Vilna.
Durant 7 ans, le P. Evrard se consacre à sa mission avec un
dévouement total
(1907-1914), ouvrant pour ses fidèles un foyer national. Il
dessert également un orphelinat polonais où il trouve vivre et couvert
et prête son concours à la paroisse polonaise Saint-Nicolas de Kiev. La
prudence est souvent nécessaire pour déjouer la perspicacité de
la XXXX
« Vous trouverez ci-joint une supplique que le P. Romuald
[Souarn] voudra bien présenter à la congrégation
‘ProReligiosis’. Elle ne vous étonnera pas: c’est en effet la
4ème fois au moins depuis
1923 que j’essaie d’assurer le salut de mon âme. D’autres intérêts vous ont
fait sacrifier ce bien particulier à un prétendu bien général.
Malheureusement, les faits ont démontré votre erreur. Ma présence en
Roumanie est non seulement inutile, mais
nuisible au bien de la Congrégation, ce bien que vous recherchiez
uniquement
… J’ai donc décidé devant Dieu de me retirer. Mon seul refuge possible
est la Trappe. Je vous supplie donc de donner à ma demande un avis
favorable. Ainsi l’affaire s’arrangera sans bruit, sans éclat et c’est mon
désir. Si vous refusez il ne me restera que la révolte extérieure cela
s’entend. Ce me sera pénible, très pénible, mais je m’y résoudrai pour un
plus grand bien. De toute façon qu’on me le permette ou non, je quitte Blaj
et la Roumanie à la fin de l’année scolaire, au début de juillet [1935]. Je
suis capable de sacrifier ma réputation, comme durant 32 ans j’ai sacrifié
au bien de l’Assomption mon temps, ma santé, mon repos ».

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Evrard (Joseph-Emile-Gaston) EVRARD

1878-1960

Religieux de la Province de Lyon.

Un religieux polyglotte.

La mission roumaine. En septembre 1923, le P. Evrard et le P. Adhémar Merckx débarquent, de nuit, dans la petite ville de Blai en Transylvanie roumaine. Sur l’invitation de Mgr Suciu, l’Assomption vient d’accepter de prendre des chaires de langue française dans diverses écoles et un séminaire de rite oriental. Les deux religieux fondent un alumnat ‘Casa Domnului’, dotée d’une belle chapelle que décore le P. Judicadi Nicolas. Le P. Evrard est passé au rite ‘uniate’ ou gréco-byzantin à Pâques 1925 et il se fait naturaliser roumain. Après Blaj, c’est au tour de Beius où, en plus d’un noviciat, l’Assomption dirige l’internat du lycée de garçons tandis que celui des filles est pris en main par les Oblates. Nommé vicaire provincial de Roumanie en 1925, le P. Evrard ne cesse de manifester son désir d’entrer à la Trappe. En 1935 il fait l’essai d’une vie monastique intégrale, mais il doit y renoncer au bout de quelques mois. Il retrouve la Roumanie (1936) où il est chargé du noviciat de Beius. En 1938, le Saint-Siège le nomme recteur du collège pontifical roumain à Rome. Titulaire d’un passeport roumain, il peut y passer toute la période de la seconde guerre mondiale. Homme de foi profonde, sensible et compatissant pour les autres mais très dur pour lui-même, le P. Evrard est remplacé à Rome en 1947 par un de ses anciens élèves, devenu religieux, le P. Vasile Cristea. En 1948, il se trouve aux premières loges à Jérusalem, au cœur des combats entre juifs et Arabes qui défigurent la résidence de Notre- Dame de France. Devant les déprédations, il garde rancune aux juifs et aux Anglais d’avoir profité de la situation de guerre pour affaiblir notre présence à Jérusalem. Il passe ensuite en Jordanie comme gardien de Saint-Pierre en Gallicante et aumônier de Sœurs d’un hôpital, installé dans notre maison. En décembre 1955, affligé d’une difficulté d’élocution et de la perte progressive de la mémoire, il vient à Lorgues (Var). Il cherche encore à se rendre utile, aussi bien au jardin que dans des services ministériels de remplacement. Mais le grand âge se fait sentir: perte de la notion du temps, faiblesse physique, chutes… Le 2 avril 1960, il est extrémisé et il meurt le 27 avril suivant, sans secousse et même sans mouvement, les yeux fermés, les mains jointes. Ses obsèques sont célébrées le 29 avril. Il repose dans un loculus de la chapelle mortuaire, située dans la propriété.

(1) Cette fameuse entrevue et ces péripéties sont décrites avec force détails dans le livre du P. Antoine Wenger, Rome et Moscou, D.D.B., 1987, p. 97-107.

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Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. Octobre 1961, p. 143. Rhin-Guinée, 1960, n° 22 p. 5-8. Lettre à la Famille 1960, n° 302, p. 465-466. L’Assomption et ses muvres 1962 n° 525, p. 20-22. Lettre citée du P. Evrard au P. Quenard, Blaj, 23 avril 1935. les ACR possèdent une collection importante de correspondances du P. Evrard Evrard (1891- 1951), de rapports sur Moscou (1906), sur Beius (1921) Lugoj (1926), Cluj (1927-1930), Blaj (1929-1932), la Roumanie (1932). Le P. Evrard Evrard a également donné des articles- souvenirs, restés à l’état de manuscrits, sur la mission de Russie et de Roumanie, pays où il est directement lié à la fondation des postes assomptionnistes. Il serait d’autre part le traducteur (anonyme) des Protocoles des Sages de Sion en polonais dont un exemplaire a été vert par un chercheur à Varsovie. police russe, toujours en éveil quant à la présence d’étrangers et quant à l’action des Notices Biographiques