Fabien (Marie-Joseph) GAY – 1878-1897

Deux années fécondes pour l’Assomption: 1895-1897. Si nous faisons la liste
des maisons ou communautés ouvertes par l’Assomption, pendant les deux
dernières années de v le du Frère Fabien, nous constatons le
généreux mouvement suivant :

1895
*mission en Lousiane (USA),
*alumnat de Montfort
(Yonne),
*alumnat de Sainghin (Nord),
* collège d’Hyères (Var),
*maison de Kadi-Keuï
(Turquie),
* maison de Sultan-Tchaïr
(Turquie),
* œuvres de mer,

1897
* collège de Varna (Bulgarie)
*maison de Zongouldack
(Turquie).

L’année 1895, dans les annales de l’Assomption, reste l’année la plus riche
en ouvertures de communautés sous le mandat du P. Picard (1880-1903), avant
le redéploiement ‘hors hexagone’ consécutif à la dissolution de la
Congrégation en France (1900-1901).

Fabien (Marie-Joseph) GAY

1878-1897

Religieux français.

Récit d’une vie.

Marie-Joseph Gay est né le 3 mai 1878 à Césarches, en Savoie, près d’Albertville. Il n’a pas encore 11 ans quand il entre à l’alumnat de Notre-Dame des Châteaux (Savoie) où le confie son oncle curé de La Bathie et où il est scolarisé de 1888 à 1892. Un jour, le Supérieur d’alors, le P. Frédéric Raynaud, l’appelle pour lui annoncer la terrible nouvelle que sa mère vient de mourir. Aussitôt notre jeune Marie-Joseph part à pied de la colline sans se préoccuper des 25km. qui le séparent de Césarches. La fatigue l’accablant, il quête en route son pain pour reprendre des forces. En arrivant à la maison familiale, il voit sa mère, Louise née Revilsignorat, terrassée après quelques jours de maladie. Il se souvient qu’elle lui a dit six mois plus tôt, à son départ: « Au revoir mon fils, nous ne nous reverrons qu’au ciel ». Après Les Châteaux, Marie- Joseph descend à Brian (Drôme) pour les humanités (1892-1894). Enfant de la Savoie, il garde une grande dévotion pour Saint François de Sales et cherche à imiter par une conduite de droiture, de douceur, d’humilité et de franche gaieté le modèle épiscopal. Marie-Joseph entre au noviciat de Livry, le 28 juillet 1894, à 16 ans. Il reçoit le nom de Frère Fabien et peut, dès le 9 août 1895, prononcer ses premiers vœux annuels. Déjà souffrant de tuberculose, il se rend en pèlerinage à Lourdes pour le 15 août 1895 demander à la Vierge de nouvelles forces et la guérison, si telle est sa volonté. Le bruit court même, à son retour, que son vœu est exaucé; mais le Frère Fabien ne se cache pas la réalité de son mal. Lors du décès du jeune Frère Fiavien Magnac, mort à 23 ans, à Livry le 21 septembre 1895, il laisse échapper cette réflexion: « Demain, je me figurerai que c’est pour moi que l’on chante le Requiem; dans les oraisons j’entendrai Fabianus au lieu de Flavianus; c’est bientôt mon tour».

Pour ne pas lui laisser souffrir les rigueurs de l’hiver à Livry, le P. Ernest Baudouy envoie le Frère Fabien à Menton (Alpes-Maritimes), au climat méditerranéen plus clément. Il revient au noviciat au mois de juin 1896 pour se préparer à la cérémonie des vœux perpétuels avec quatre autres confrères. Le 15 août 1896, il a la joie de se donner pour toujours à sa famille religieuse. Le 17 août suivant, il quitte Livry pour la dernière fois. On l’attend à Lourdes à nouveau où l’examine le Dr Boissarie lequel l’assure de la guérison complète du côté droit. Le P. Picard l’autorise à retourner à Notre-Dame des Châteaux respirer l’air natal. Il écrit à Livry dans un style allégorique: « Vous pouvez vous figurer ce qu’on peut rêver au creux d’un rocher dans une chambre silencieuse, en présence d’une charmante feuille qui vous parle du nid. Pauvre oiseau tombé de l’arbre, ses jeunes ailes qu’il agite l’aident à peine à se réfugier dans un buisson ». Il va rendre visite à son oncle, le curé de La Bathie: à peine assis au presbytère, il apprend par son frère la mort d’une sœur âgée de 15 ans: je ne puis revoir ma famille sans assister à un deuil nouveau. L’hiver approche: de nouveau, le Frère Fabien gagne Menton. Il cherche à se rendre utile. Il s’occupe de reliure, devient l’économe provisoire de la petite communauté (1). A la chapelle Saint-Joseph, on admire sa piété juvénile et on le plaint de sa toux prolongée. Il fait la quête et l’on sait que l’impératrice d’Autriche, Elisabeth dite Sissi (2), se montre généreuse. Il meurt subitement le lundi 17 mai 1897, à 19 ans. Le Frère Fabien est inhumé au cimetière de Roquebrune, sur les hauteurs de la côte.

(1) D’après le Registre des maisons, la communauté de Menton-Carnolès se compose de 3 religieux en 1896: le P. Frédéric Raynaud, le Frère Maurice Billard et le Frère Fabien Gay. (2) Elle ignore que son destin va se terminer tragiquement en 1898 sur les bords du lac de Genève où elle est assassinée par un anarchiste.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Souvenirs, 1897, n° 302, p. 154; n° 304, p. 170-171. L’Assomption, 1897, n° 5, p. 87. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Notices Biographiques