Félicien (F.L.A.) VANDENKOORNHUYSE – 1864-1943

Chaville, 1939.
« J’ai reçu votre lettre samedi. Nous vous attendrons encore, à moins
d’événements imprévus. Le message américain va sans doute nous donner
quelques jours de répit. Il semble qu’Hitler ne reculerait pas devant la
guerre, mais son complice [Mussolini?] préfère
le marchandage (1). Un brutal et un maquignon, tous deux menteurs effrontés
et dépourvus de tout scrupule!
Donnez-nous tout ce que nous demandons et rendez-nous grâce de notre
modération… les Tartuffes! Je vous fais suivre
une lettre du P. Saint-Martin (2) qui contient des renseignements
intéressants sur leur exode hypothétique. Mais Lormoy ne serait qu’une
halte et Layrac est déjà réservé à la Croix-Rouge. Il ne fait pas très bon
pour le moment à Chaville. Ce serait
peu de chose sans les anxiétés que les totalitaires sans entrailles font
passer sur le monde. Veuillez croire, mon cher Père, à tout mon dévouement
en Notre-Seigneur
». Félicien.

(1 ) Allusion à l’affaire des
Sudètes et à l’Anchluss.
(2) Le P. Saint-Martin se trouve à Scy-Chazelles. On fait des plans de
repli en cas de guerre.

Religieux de la Province de Bordeaux, premier Provincial de Bordeaux (1923-1929), assistant général (1929-1943). Un grand serviteur de l’Assomption. Félicien-Louis-Auguste Vandenkoornhuyse est né le 9 juin 1864 à Saint-Omer (Pas-de-Calais). Après avoir fait l’école des Frères, il entre à l’alumnat de Clairmarais, voisin de Saint-Omer (1878-1882). Il prend l’habit sous le nom de Frère Félicien à Osma en Espagne, le 8 août 1882. Profès annuel l’année suivante, il prononce ses vœux perpétuels, le 15 août 1884. C’est à Rome que se fait toute sa formation ecclésiastique (1884-1889). Il y obtient un double doctorat en philosophie et en théologie. Il a été ordonné prêtre le 17 décembre 1887. Très vite lui sont confiées charges et responsabilités: nommé supérieur de la maison d’études du Breuil (Deux- Sèvres), de 1889 à 1892, il vient à Paris pour un complément d’études de six mois (1892-1893). Le voici nommé à Notre-Dame de France à Jérusalem sous-prieur de la communauté et professeur de théologie (1893-1895) avant de prendre la charge de maître des novices à Phanaraki (1895-1899) où il relève le P. Baudouy. De 1899 à 1900, il revient à Paris au service des Frères étudiants, mais les événements ne l’y laissent que six mois. Il s’exile, aux Pays-Bas à Gemert, puis en Belgique à Louvain où il est encore maître des novices (1900-1903). La mort du P. Alfred Mariage le propulse supérieur de la Mission d’Orient en novembre 1903; il laisse son poste au P. Benjamin Laurès et se partage dorénavant entre les résidences de Kadi-Keuï (Istanbul) et Philippopoli (Bulgarie) où le P. Gervais Quenard prend la direction du collège en 1908. Le P. Félicien exerce cette responsabilité générale pendant onze ans (1904-1915). La première guerre mondiale chassant les Assomptionnistes de Turquie, Page :165/165 le P. Félicien que son âge dispense des obligations militaires, devient supérieur de la Procure à Marseille (Bouches-du-Rhône), de 1915 à 1918. Le P. Joseph Maubon, alors supérieur au Chili, apprenant la mort du P. Emmanuel Bailly (novembre 1917), confie, lors de son voyage de retour pour l’Europe, au P. Séraphin Protin, alors en poste à Buenos Aires, son désir de ramener avec lui en Amérique du Sud, après le chapitre général, le P. Félicien comme religieux expérimenté pour toutes les missions d’envergure. Mais les événements en décident autrement. Le P. Maubon, supérieur du Chili, devient vicaire général avec consigne d’adapter la Congrégation aux règles canoniques en vigueur. Le P. Félicien, membre du chapitre, est retenu entre Lumières (Vaucluse) et Rome par les prolongations capitulaires de ces années difficiles. Il gagne ensuite Santiago au Chili, selon les consignes données par le P. Joseph Maubon qui l’ont établi comme remplaçant et nouveau supérieur de la mission du Chili. Le P. Gervais Quenard, supérieur général en 1923, qui a d’autres vues sur le P. Félicien et n’est pas au courant des consignes antérieures laissées par le P. Maubon, rappelle en Europe le P. Félicien pour explication: ce dernier en partant d’Amérique désigne le P. Jean de Dieu Danset sur place, réchappé des fièvres de Talcahuano, comme responsable de la mission du Chili. C’est ainsi qu’en 1923, le P. Félicien devient le premier Provincial de la nouvelle Province de Bordeaux. Tout est à faire et à organiser. Il donne à cette province son visage pour de longues années, implantant l’Assomption dans les principaux postes qui définissent ses activités pendant des décennies (Layrac, Agen, Toulouse, Fumel, Melle). Mais le successeur du P. Mariage en Orient et du P. Maubon au Chili n’en a pas fini avec la mobilité des responsabilités. La mort du P. Alype Pétrement à Rome en 1927 prive la Curie d’un Assistant. Le P. Siméon Vailhé fait fonction pour la période intermédiaire. Au chapitre général de 1929, le choix se porte sur le P. Félicien comme premier assistant et vicaire général. Il gagne Rome où il seconde efficacement le P. Gervais, souvent absent pour de longues tournées. Cependant par goût, il préfère rester dans le domaine des idées et de la doctrine queue soit théologique, philosophique ou canonique, trois domaines dans lesquels sa science est sûre. Il aime aussi bénéficier des grandioses cérémonies romaines comme de l’enseignement du pape Pie XI qui ne manque pas d’énergie dans ses encycliques d’avant-guerre. En août 1932, à Chaville, le P. Félicien a la joie de fêter ses noces d’or de profession religieuse en compagnie de ses anciens condisciples novices d’Osma. En 1939, les événements mondiaux, tant redoutés et pressentis, se précipitent. Les membres de la Curie laissent Rome pour Chaville (Hauts-de-Seine) où la Curie a l’habitude de prendre ses quartiers d’été. Avec l’établissement de deux zones en France après la victoire de l’armée allemande en mai-juin 1940, coupure qui rend les communications difficiles, les membres de la Curie se répartissent entre la zone Nord et la zone Sud. Le P. Félicien réside à Lyon, en zone Sud. Déjà malade et souffrant, admirablement soigné par une Petite Sœur de l’Assomption de La Guillotière, il meurt le samedi 27 mars 1943. Son corps est inhumé, après la cérémonie, le 30 mars suivant dans le cimetière de Loyasse, près de Fourvière, où l’Assomption dispose d’une concession dans un quartier réservé aux prêtres et aux communautés religieuses. Page :166/166

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Nouvelles de la Famille occupée, 29 mars 1943. Circulaire du P. Gervais Quénard, 6 avril 1943, n° 50, p. 282-287. Lettre du P. F. V. au P. Gervais Quenard, Chaville, 17 avril 1939. Dans les ACR, du P. Félicien Vandenkoornhuyse, nombreuses allocutions et conférences, correspondances (1889-1943), rapports sur Phanaraki (1898), sur la Mission d’Orient (1906- 1912), sur les maisons d’Amérique latine (1919-1923), sur la Province de Bordeaux (1925- 1928), circulaires, traité sur la vie spirituelle, nombreux cahiers et carnets de notes spirituelles, d’instructions, articles sur l’Eucharistie, notes sur la fondation de Layrac, d’Agen, de l’orphelinat de Toulouse, du collège Saint-Caprais. On doit au P. Félicien Vandenkoornhuyse quelques écrits: revue Vie Augustienne créée en 1930, Liber Novitiorum (Bonne Presse, 1932, 318 p.), biographie de Smur Marcella Oblate, articles dans Prêtre et Apôtre, avec le P. Souarn un livre sur la paroisse…-