Finbarr (Jeremiah) LOONEY – 1890-1912

A sa mère.
« Comme vous pouvez le voir par mon adresse, je ne suis plus à Luxembourg.
Je suis maintenant dans notre maison d’études de Louvain pour commencer ma
philosophie. Il vous faut prier pour moi, parce que les études
philosophiques sont très difficiles, et la
lumière de Dieu et une bonne santé sont nécessaires pour réussir. P. Jérôme
[?] m’a dit qu’il était allé vous voir et que vous étiez en bonne santé,
j’étais très heureux de cette nouvelle. Il m’a dit également que vous étiez
heureuse de ce que j’avais été admis à prononcer mes vœux perpétuels. Voilà
qui est bien, chère mère, soyons toujours joyeux quand Dieu nous demande de
lui offrir un sacrifice. Ne nous dit-il pas
lui-même, dans la sainte Ecriture, qu’il aime joyful giver celui qui donne
généreusement? Et désormais, chère mère, j’appartiens à Dieu pour toujours
à cause de mes vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Je ne puis plus
jamais faire comme je veux, mais comme Dieu veut, et j’appartiens à Dieu
pour toujours. Avant de quitter le noviciat, notre bon maître
nous a envoyés en pèlerinage à Trèves qui se trouve en Allemagne. C’est une
très ancienne ville; nous avons vu des ruines romaines, visité la belle
cathédrale … ».

Religieux irlandais.

Formation.

Jeremiah Looney est né en Irlande (1), dans le diocèse de Cork, en 1890. Il est l’un des premiers alumnistes qui, remarqués et choisis par les religieux en Angleterre, sont envoyés sur le continuent pour leurs études.. C’est ainsi qu’en 1904, le jeune Jeremiah arrive à Zepperen en Belgique pour ses études de grammaire (1904-1908). Il passe ensuite à l’alumnat de Taintegnies pour les humanités (1908-1910). On le trouve d’une intelligence moyenne et lente, mais il compense cette forme d’infériorité naturelle, peut-être due à l’apprentissage d’une langue étrangère, par une grande application au travail. Ses différents professeurs et éducateurs apprécient son attitude courageuse et laborieuse. Ses jeunes confrères qui l’apprécient le surnomme parfois le ‘saint austère’. Le 14 août 1910, sous le nom de Frère Finbarr (2), Jeremiah prend l’habit assomptionniste au noviciat de Gempe. Souriant, effacé, il ne manque jamais à l’appel quand on a besoin d’un service. le travail manuel ne l’effraie pas. Porté à la défiance de lui- même et à quelques crises de découragement, ce n’est pas sans appréhension qu’il demande à être reçu aux vœux perpétuels: la cérémonie se déroule au noviciat de Limpertsberg au grand Duché de Luxembourg, le 15 août 1912. Quelques jours plus tard, il part avec ses condisciples pour la maison d’études de Louvain en vue de commencer ses études de philosophie. Tout va bien pour lui lorsque, brusquement, une pneumonie se déclare qui, très vite, ne lui laisse aucun espoir de guérison. Atteint également de la tuberculose, le Frère Finbarr demande de lui-même à renouveler ses vœux, reçoit avec piété le sacrement de l’Extrême-Onction et réitère à plusieurs reprises le sacrifice de sa vie, d’une façon touchante et très apostolique.

Après une longue agonie, il rend le dernier soupir, le matin de la fête de saint Michel, le 29 septembre 1912. Il n’a que 22 ans Son corps est inhumé au cimetière de l’abbaye de Pare, à Louvain.

Faire-part du P Merklen aux maisons de la Congrégation.

« J’ai le devoir douloureux de vous annoncer une nouvelle épreuve. Le Frère Finbarr (Jérémie Looney), né à Cork (Irlande) et âgé d’environ 22 ans, est mort ce matin, fête de saint Michel, à 8 h., au moment même où le P. Général [Bailly] lui envoyait, avec sa bénédiction la plus affectueuse, la promesse des prières de tout le noviciat pour que saint Michel adoucisse ses derniers moments. F. Finbarr, arrivé à la maison d’études pour commencer sa première année de philosophie, tombait subitement malade quinze jours à peine après son entrée. On crut d’abord à une simple grippe compliquée de douleurs intestinales. Mais bientôt le docteur déclara une pneumonie qui s’aggrava rapidement; et vendredi dernier, à 8h. du soir, le frère recevait les derniers Sacrements. Il se montra, à ce moment et jusqu’au terme de son agonie, ce qu’il avait été aux alumnats de Zepperon et de Tainiegnies et au noviciat:un enfant bon, docile, oublieux de lui-même, très attaché à sa vocation, pieux et reconnaissant… Il était l’un des premiers alumnistes choisis par nos Pères d’Angleterre pour étendre le Règne de Dieu dans cette belle et chère Mission. C’est un dur sacrifice de le voir disparaître … »

(1) En 1890, l’Irlande toute entière se trouve toujours sous la domination anglaise. Malgré les révoltes du XVIème siècle, attisées par la rivalité confessionnelle, l’île est colonisée par des seigneurs écossais et anglais. L’Acte d’union avec l’Angleterre en 1800, voté sous Pitt, entérine une situation de fait qui est peu à peu remise en cause au XIXème siècle. Le Sinn Fein entame un long combat en vue de l’autonomie, puis de l’indépendance , qui aboutit, après la révolte armée de Pàques 1916, à la proclamation unilatérale d’indépendance en 1919. Le traité de Londres en 1921 ratifie la partition de l’île en deux entités, au sud l’Eire, membre du Commonweath, et au nord l’Ulster, partie intégrante du Royaume-Uni. (2) Finbarr ou Finbar est le nom porté par un saint Abbé irlandais du VIème siècle, d’innis- Doimhle, dans le Wexford. Il est fêté le 4 juillet. On connaît aussi un autre Finbarr ou Barr, fêté le 25 septembre, nom porté par un saint évêque du VIème siècle, natif de Connacht, fondateur d’une école monastique à Lough Eire, à l’origine de la ville de Cork dont il devint le premier évêque.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1912, n° 169, p. 685. L’Assomption, 1912, n° 190, p. 167-170. Lettre-circulaire du P. Pierre Fourier Merklen, Louvain, 29 septembre 1912. Lettre de jeremiah Looney à sa mère, Louvain, 14 septembre 1912. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy.