Flavien (Alphonse) JANS – 1918-1999

Rébellion muléliste, 1964. Le 24 septembre 1964 des
rebelles venant de Monbassa et de Bunia atteignent les terres de Béni. Même
la modeste garnison a déserté la ville. Les rumeurs incessantes
qui circulent depuis plus de 10 jours sur l’avance des rebelles et sur les
atrocités qu’ils commettent ont vidé Béni. C’est en tirant en l’air que les
rebelles entrent. Mgr Piérard a laissé libres les missionnaires de partir,
mais par solidarité
tous sont restés. Le 25, dans la soirée, une bande de jeunes lumumbistes
vient réclamer la camionnette des religieux. Le
26, les rebelles reviennent à la mission: cette fois ils entrent
et fouillent placards et tiroirs, pensant trouver des pièces
compromettantes pour les missionnaires. Furieux de leur maigre butin, ils
obligent les missionnaires à quitter la soutane. On conduit Mgr Piérard et
6 prêtres à un tribunal populaire mais des éléments chrétiens parviennent à
éviter aux otages de mauvais traitements. Dans la journée
du 27 septembre, les rebelles prennent la fuite et les prisonniers peuvent
rentrer à la mission dans les transports de joie que l’on imagine, alors
que l’annonce de leur mort s’est déjà répandue.

Religieux luxembourgeois de la Province de Belgique-Sud.

Une recrue luxembourgeoise.

Alphonse Jans est né à Eschweiler (Grand-Duché de Luxembourg), le 2 juillet 1918, d’une famille nombreuse et chrétienne. En 1932, lors d’une visite de ‘recruteur’, un religieux assomptionniste s’informe auprès de son curé. Le curé désigne le jeune Alphonse qui, sans connaître un mot de français, part courageusement pour Sart-les-Moines où il accomplit toutes ses humanités (1932-1937). Pendant une année il s’initie aux arcanes de la langue française qu’il assimile avec bonheur, tout en gardant son léger accent luxembourgeois. Il prend l’habit le 26 septembre 1937 à Taintegnies, sous le nom de Frère Flavien et y prononce ses premiers vœux un an plus tard, le 27 septembre. La suite du programme se déroule sans problème: philosophie à Saint-Gérard (1938-1941) avec une interruption due à la mobilisation lors de la ‘drôle de guerre’. Il remplace un religieux belge parti à l’armée et enseigne le néerlandais à l’alumnat de Bure (1939- 1940). Il peut ensuite reprendre ses études à Saint- Gérard, y commencer et y terminer le cycle théologique (1941-1945). Profès perpétuel le 27 septembre 1941, il est ordonné prêtre le 15 avril 1945. Le Frère Flavien reste dans les esprits un modèle de discrétion, d’efficacité et d’esprit de foi.

En mission au Congo.

Après quelques mois de préparation, le P. Flavien s’embarque pour le Congo à la fin de l’année 1945. Il y dessert successivement les paroisses de Béni- Païda (1946-1953), de Mbingi (1954-1955), soit dix ans avec son évêque, puis huit ans de solitude à Mbao (1955-1964). Les Petites Sœurs de Foucauld s’installent chez les Pygmées. Le P. Flavien est leur aumônier, mais à contrecœur,

car il n’est pas partisan de la vie solitaire et ses plus proches confrères se trouvent à quelque 25 km. Il reste dans cette situation pendant 4 ans. Les ‘gémissements’ du confrère qui doit le remplacer ont encore raison de son bon cœur. Il prolonge son temps de solitude pendant 4 autres années. A la sueur de son front et du travail de ses mains, il construit une belle église. En 1960-1961, ce ministère est interrompu par un séjour de santé en Europe. En 1964 de nouvelles difficultés s’annoncent avec la révolte des Mulélistes. On les croit invincibles, porteurs de pouvoirs magiques. Le P. Flavien comme ses confrères sont emprisonnés, moqués, malmenés. A quelques km. de là, cinq Frères du P. de Foucauld sont mis à mort. Après deux jours de détention, le P. Flavien est libéré par miracle. Il profite d’un moment de peur de ses geôliers allés s’abriter dans un trou, pour prendre la fuite. En 1964, le P. Flavien se retrouve en Belgique, mais il reprend la route du Zaïre en 1965: Manguredjipa, Butembo, Muhangi où de 1970 à 1972 il est responsable d’une école secondaire avec internat. De 1968 à 1988, il dessert Bunuyka: il reste 20 ans au service de la paroisse. Malgré les difficultés, les misères des changements politiques, il reste impassible à travers vents et marées. C’est l’homme qui convient pour entretenir le moral de ceux qui restent. Sa santé se dégrade peu à peu. Ses jambes n’en veulent plus. En avril 1988, il rentre définitivement en Belgique. Saint-Gérard devient sa résidence et son lieu de prédilection. Sa belle barbe blanche, son humour, son sourire, sa sagesse et son courage en font un personnage reconnu et aimé de tous. Chacun admire sa ténacité au jardin, qu’il s’agisse de lutter contre l’invasion des liserons ou d’arracher les pommes de terre. En 1995, on fête son jubilé d’or sacerdotal. A partir de la fin de l’année 1998, on le voit décliner. La descente et la montée des escaliers lui deviennent très pénibles. Le 3 janvier 1999, il désire encore célébrer l’Eucharistie avec la communauté. Le P. Jean Debouck le trouve inanimé au pied de son lit. Le 7 janvier 1999, une assemblée nombreuse et recueillie participe à ses obsèques. Le P. Flavien est inhumé dans la concession des religieux de l’Assomption qui, à Saint-Gérard, jouxte l’église du village.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (VIII) 1998-1999, p. 83-85. Belgique-Sud Assomption, février 1999, n° 265, p. 3596-3602. Qu’Il Règne (Procure de Bruxelles) 1999, n° 349, p. 10-12.