Florentin (Louis-Yves-Marie) KERNOA – 1898-1967

Humaniste.
« Militant convaincu d’un humanisme chrétien qui a établi depuis longtemps,
et pour longtemps, l’échelle des valeurs, le P. Florentin situait à sa
place, au sommet, l’espérance du salut. Il se plaisait à lire et à relire
les sermons de saint Augustin. Il
avait sans doute rencontré ces pages où l’auteur s’acharne à convaincre ses
auditeurs de l’espoir de la résurrection et, craignant la faiblesse de
l’argumentation, interpelle
saint Paul pour manifester comment la grâce de Dieu nous délivrera de ce
corps de mort. ‘Je ne quitte pas mon corps pour toujours, je le dépose pour
un temps’. Formé et modelé à l’antique, habitué
à calculer selon les canons même de l’humanisme classique dont il savourait
toutes les expressions de pensée, le P. Kernoa, prêtre professeur aux 40
ans de service, laissait parfois
transparaître son regret de voir ébranler certaines structures
de la formation traditionnelle et abandonner certains langages qui, de nos
jours, prennent soudain des allures
quelque peu ‘barbares’ pour les jeunes générations. Il a été le type même
du prêtre
professeur qui a réalisé la mission d’un enseignant qui se veut médiateur
».
Henri, Guillemin.

Religieux de la Province de Bordeaux, assistant général (1952-1954).

Années de jeunesse.

Louis-Yves-Marie Kernoa voit le jour à Loctudy (Finistère), le 12 novembre 1898. Orphelin de père très jeune, il est scolarisé à Loctudy (1905-1911) et remarqué en 1911 par le P. Matthias Nicolas: il entre à l’alumnat de Bure en Belgique où il accomplit toute sa scolarité secondaire (1911-1917), sous la direction du P. Marie-Joseph Novier en raison de la guerre qui a perturbé le réseau des maisons de l’Assomption. Etudes et santé pâtissent de cet isolement forcé. En juillet 1917, le jeune Louis fait un essai de vie chez les Trappistes. Il se présente le 29 septembre 1917 à la porte du noviciat de Louvain où le reçoit le P. Possidius Dauby. Novice sous le nom de Frère Florentin, il prononce ses premiers v?ux le 29 septembre 1918. Incorporé à l’armée (1919), à Brest, il est réformé en octobre pour cause d’anémie. Il revient en Belgique pour ses études de philosophie à Taintegnies (1919-1921) et de théologie à Louvain (1921-1925). Profès perpétuel le 16 avril 1922, il est ordonné prêtre le 26 juillet 1925. Féru de littérature latine, il se passionne aussi pour les idées de l’Action française, autour du P. Eucher Marquant qui lit assidûment les éditoriaux de Maurras. Cet emballement de jeunesse se reportera par la suite sur la cause du Maréchal Pétain.

Enseignement, ministères et responsabilités.

Le P. Florentin est d’abord versé dans le service de l’enseignement: il est successivement professeur de littérature classique dans les alumnats d’Arras (1925-1927), de Clairmarais (Pas-de-Calais), de 1927 à 1929, de Melle (Deux-Sèvres), de 1929 à 1930, puis dans les collèges de Sainte-Barbe à Toulouse (Haute-Garonne), de 1930 à 1932, d’Agen (Lot-et-Garonne), de 1932 à 1945,

enfin à l’alumnat de Cavalerie (Dordogne), de 1945 à 1946. C’est à Toulouse qu’il prépare et réussit son baccalauréat et sa licence ès-lettres. Cultivé, lisant aperto libro aussi bien le latin que le grec, il n’a pas de peine à émerveiller ses élèves. Sévère, il est surnommé ‘Vent du Nord’. A partir de 1946, le P. Florentin inaugure en 1946 une série de mandats de supérieur: à Toulouse (1946-1949), au scolasticat de Layrac (1949-1952). Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’y est pas heureux et c’est une vrai soulagement quand il est nommé assistant général en 1952, à Rome. Mais en janvier 1954, il croit de son devoir de présenter sa démission. Après six mois de repos au collège d’Alzon à Bône (Algérie), il est affecté à la maison provinciale de Bordeaux (Gironde) où il s’adonne au ministère de la prédication (1954-1965): retraites, conférences, missions au service de l’?uvre de la Propagation de la foi remplissent bien son temps. Toutes ses prises de parole en public sont soigneusement écrites et apprises par c?ur, grâce à une mémoire fidèle et bien entretenue. En juin 1963, il est victime d’une première alerte cardiaque, ce qui met un terme à ses activités, mais non à ses lectures. Il lit la Bible en entier chaque année et fait l’effort d’apprendre l’hébreu. Grand consommateur de livres, il se distrait en fréquentant les librairies et se monte une véritable bibliothèque, à faire envie à plus d’un professeur de collège. En novembre 1965, il accepte un service d’aumônerie et d’enseignement à Villeneuve-sur-Lot, dans une institution tenue par des Dominicaines. Une seconde alerte cardiaque plus sérieuse le contraint à une hospitalisation à Agen, en juin 1967. Durant l’été, il prend un peu de repos chez ses s?urs en Bretagne. Il songe à reprendre du travail à Villeneuve. Le lundi matin, 28 août 1967, fête de saint Augustin, à Layrac où il fait une halte, il est saisi d’un nouveau malaise et meurt subitement dans sa chambre, découvert par le P. Jean-Robert Montembault après la concélébration eucharistique. Le docteur Chameil ne peut que constater le décès, dû à un oedème aigu des poumons. Les obsèques du P. Florentin sont célébrées à Layrac, le mercredi 30 août. Il est inhumé au cimetière de la commune, près des six Assomptionnistes qui l’y ont précédé.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. janvier 1968, p. 218-219. A Travers la Province (Bordeaux), octobre 1967, n° 155, p. 9-13. Voulez-Vous? (bulletin de Layrac), 1967, n° 62, p. 1-3. Extrait cité de l’homélie du P. Henri-Gabriel Guillemin pour les obsèques du P. Kernoa. Dans les ACR, du P. Florentin Kernoa, correspondances (1919-1960), rapports sur Layrac (1949-1952).