Francois d’Assise (Georges) BERTOYE – 1857-1929

L’Action Française et La
Croix.

« Hier, j’ai été mandé subito à
la nonciature pour y recevoir
le très dur boulet sans
signature mais de toutes
évidences authentique
puisqu’il m’était remis en
formes officielles dont voici la
copie.. C’est dur, très dur. En
même temps, on me prévenait
que la Curie généralice avait
dû en avoir à Rome
simultanément
communication. Que nous
avons été bien inspirés
d’insérer du moins, quoique
avec discrétion. Je vais entrer
dans la voie demandée,
quelque inconvénient que cela
puisse avoir. Le Pape veut être
soutenu. Nous le soutiendrons.
Mais en attendant de causer de
cela… et d’autres choses, après
conversations ce matin avec
Coggia, Berteaux et Pétel, je
tiens à vous dire que j’ai
déclaré, en en prenant la
responsabilité
personnellement, que pendant
8 jours, nous avions cru que
c’était un document diocésain.
Et je vous prie avec la
délicatesse très respectueuse
qui convient dans les affaires
romaines de dire combien il
est regrettable que nous
n’ayions pas été avertis,
comme nous l’avons été en
tant d’autres circonstances de
ce qu’on avait en vue, nous
aurions marché plus vite et
plus à fond ».
P. Franc à P. Gervais Quenard,
17.09.1926.

Religieux français.

Un prêtre diocésain mêlé au journalisme.

Georges Bertoye est né le 20 mai 1837 à Aubenas dans l’Ardèche, cinquième d’une famille de dix enfants. Son parcours de formation se déroule hors de l’Assomption: il étudie à Viviers (1864-1868) puis à l’institution lyonnaise des Chartreux (1868-1875). En octobre 1875, il réalise son rêve d’entrer au Grand Séminaire de Viviers. Il y est ordonné prêtre diocésain le 22 mai 1880. Vicaire à Payzac (1880-1881), puis aux Vans (1881- 1885), il prépare une licence en théologie à Lyon. A nouveau vicaire et aumônier (1887), il reçoit de son évêque, Mgr Bonnet, le soin de fonder et de diriger La Croix de l’Ardèche (1891-1895). En 1896, il devient curé de Saint- François d’Assise à Annonay.

Religieux AA, journaliste sous le pseudonyme de Franc.

Au printemps 1900, il prend la décision de se faire religieux et le 16 mai 1900 il reçoit l’habit assomptionniste à Gemert, novice à 43 ans sous le nom de François d’Assise. L’année suivante, il prononce ses premiers vœux (mai 1901) et le 1er juillet 1901, il est nommé à la succession du chanoine Masquelier comme rédacteur en chef de La Croix, alors que M. Paul Féron-Vrau dirige depuis 1900 la maison de la Bonne- Presse. Sous le pseudonyme de Franc, ce religieux officiellement sécularisé devient l’âme du journal dans les circonstances que l’on connaît, après la dispersion de l’équipe rédactionnelle des religieux. On le connaît aussi habituellement sous le nom de ‘Chanoine Bertoye’, canonicat que son évêque d’origine lui décerne en 1916. Le 26 mai 1902, il s’est lié pour toujours à l’Assomption (vœux perpétuels à Gempe, entre les mains du P. Picard). Après 1910, Franc s’éloigne de la ligne Féron-Vrau pour se rapprocher de celle de Jean Guiraud qui deviendra en 1917 co-rédacteur en chef, en remplacement de Jules Bouvattier. Pendant 25 ans, ‘Franc’ s’attelle au travail quotidien du journalisme avec des qualités reconnues: solidité doctrinale, prudence éclairée, sens de l’actualité, avec la volonté inébranlable de défendre les droits de l’Eglise dans un contexte difficile. En 1914, on lui doit la création d’une revue spécialisée pour le clergé et les religieux enrôlés dans la grande guerre comme forme de soutien mais aussi d’entretien du corps clérical soustrait aux activités pastorales. Il doit faire face à toutes les polémiques qu’engendrent les grandes questions du temps: aussi bien les affaires internes à l’Eglise , telles que la condamnation du Sillon, la séparation des Eglises et de l’Etat en France (1903), la condamnation du modernisme par Pie X, la querelle des Inventaires que les préoccupations politiques et patriotiques exacerbées par le conflit mondial. Sa situation personnelle n’est guère enviable: religieux isolé par nécessité, obligé à de grandes prudences, de santé assez fragile, devant porter une tâche quotidienne écrasante, il s’impose une discipline de vie redoutable comme rivé à son bureau, ne bénéficiant guère de loisirs ou de répit. Face à l’immédiateté événementielle, il est exposé au feu de la critique que toute prise de position ne peut qu’exacerber auprès des censeurs de tous bords. Quand rebondit la question de l’Action Française après la première guerre mondiale, le P. Franc cherche sa liberté de manœuvre dans un nouveau positionnement du journal par rapport à ce ‘terrain catholique impossible’, vieux rêve d’unité des chrétiens au-dessus des partis, de plus en plus rétréci ou malmené sur le plan politique, mais toujours relancé sous la forme d’une fidélité soumise aux directives de Rome. C’est un exercice d’équilibre très difficile! On lui sait gré d’avoir réussi à faire progresser le quotidien La Croix jusqu’au sommet, inégalé depuis, d’un tirage avoisinant les 177.000 exemplaires en 1926.

Une fin rapide.

A l’automne 1928, pour raison de santé, le P. François d’Assise qui a passé la main au P. Merklen en décembre 1927, gagne la maison de Lorgues (Var). Il y meurt rapidement, le mardi 29 octobre 1929. Les obsèques sont célébrées à Lorgues par le P. Antonin Coggia et le corps est transféré à Lyon dans le caveau de la famille Bertoye.

Bibliographies

?Bibliographie et documentation:

Lettre à la Dispersion, 1929, n° 328, p. 301; n° 332, p. 334-335; n° 334, p. 350-353; 1930, n° 336, p. 4-7. Polyeucte Guissard, Portraits Assomptionnistes, p. 228-240. La Croix, 31 octobre 1929. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudrefroy. Sous le pseudonyme de Franc, le P. Bertoye a écrit dans nombre de publications de la Bonne-Presse. La Croix, La Croix des Comités, La Croix de 1 Ardèche, La Chronique de la Bonne Presse, Le Laboureur, Questions actuelles, Jérusalem, Le Prêtre aux armées… La revue de Louvain ‘Ontmoeting’ (Rencontre) a publié en 1964, n° 3-4, répertoire bibliographique p.1-4, la liste impressionnante des écrits répertoriés du P. Bertoye. D’autre part ce religieux a publié quelques livres de spiritualité, des Méditations et un livre de poésies et de réflexions: ‘Pensées du Ciel,, B.P., 1914. Colloque 1987, Cent ans d’histoire de la La Croix, Centurion, 1988.