Francois d’Assise (Jean) BECQUANTE – 1910-1974

Les soucis de l’intendance.
« La maison des Essarts vient d’être à nouveau habitée par des troupes de
passage
[allemandes]. Le P. Destouches a été victime de vol et aussi notre brave
avocat en retraite. Je n’ai encore rien vu de disparu car je tiens tout
enfermé, mais je suis toujours sur le qui-vive. Ce sont les gros soucis
pour moi d’une surveillance continuelle. il
m’est fait obligation de recevoir une colonie de vacances du Hâvre avec son
encadrement ainsi que d’un
camp de bûcherons. Deux cas de diphtérie se sont déclarés dans le camp de
rassemblement d’Allorges… J’ai reçu l’autorisation de transport de pommes
de terre. Ces jour-ci je sors tout emmitoufflé, une crise de paludisme et
un gros rhume en sont la cause. Heureusement j’avais fait provision de
quinine avant mon départ du Sénégal. Je vous remercie de l’avertissement
que vous m’avez donné suite à l’accueil de cette personne, mais je lui ai
toujours parlé en présence du jardinier qui est mon cousin. Je regrette
d’avoir donné prise à certains bavardages, mais à l’avenir je veux éviter
tout ce qui pourrait donner lieu à des soupçons…
».
Lettres du P. François à son
Provincial, novernbre 1941.

Religieux de la Province de Paris.

Le choix de l’Assomption comme famille de vie.

Jean Becquante naît à Calais (Pas-de-Calais) le 29 octobre 1910. Fils unique, très tôt orphelin de père, il est admis à l’alumnat d’Arras en septembre 1922. Il choisit ensuite le petit séminaire de Boulogne-sur-Mer (1927-1929), mais garde la nostalgie de l’atmosphère familiale de l’Assomption. Le P. Cassien Dubost le présente sur sa demande au noviciat des Essarts le 17 septembre 1929. Devenu Fr. François, sous la direction du Léonide Guyo, il prononce ses premiers vœux le 1er janvier 1931. Il est envoyé comme professeur au collège de Saint- Edme de Sens (1931-1932) puis au Bizet sur la frontière franco-belge. Après deux années de philosophie à Scy-Chazelles (Moselle) de 1932 à 1934, il accomplit son temps de service militaire à Toul (1934-1935) et peut gagner Lormoy (Essonne) pour sa formation théologique. C’est là qu’il prononce ses vœux perpétuels le 21 novembre 1936 et qu’il reçoit le sacerdoce le 26 février 1939. A la mobilisation, il est promu sergent et semble avoir achevé son service à Dakar au Sénégal.

Les années d’errance.

Démobilisé en 1941, le P. François connaît l’incertitude et la mobilité de la désorganisation de l’époque: gardien des lieux au Bizet, à Arras, aux Essarts, il doit se prêter à une gestion impossible qui se révèle en 1946 gravement déficitaire. Transféré d’autorité à Arras, il accuse le coup et, découragé, sur un coup de tête un jour de cafard, il annonce à son Provincial sa décision de quitter la Congrégation (décembre 1946). Pendant six ans, il fait l’apprentissage d’une vie autonome et laborieuse à Paris. Grâce à la compréhension du P. Merry Susset et à l’amitié des PP. Delory et Cornillie, il reprend pied à l’Assomption en avril 1952:

Notices Biographiques A.A Page : 201/201 retour longtemps désiré et courageusement préparé. Il est alors affecté au secteur pastoral de Montmirail, comme vicaire et desservant de nombreuses paroisses voisines. En 1955, la maladie du P. Adolphe Bousquet, curé de Verdelot, le promeut curé titulaire du lieu, après une année de suppléance (1934).

Prêtre, chasseur et conseiller municipal vingt ans durant.

La commune de Verdelot compte à l’époque 600 habitants, dispersés en 52 hameaux ou fermes isolées. Chargé de cette paroisse mais aussi de Bellot, Montdauphin, Sablonnières et Villeneuve-sur-Bellot, cet homme que l’on dit rude se donne tout entier à son ministère grâce à un don travaillé pour les contacts humains, un intérêt très ouvert aux soucis et aux loisirs des hommes. Il met en valeur le pèlerinage de Notre-Dame de Pitié grâce à des prédications et des cérémonies liturgiques hautes en couleurs. Le P. François a l’éloquence aisée et un don d’organisation très averti, au point de transformer sa modeste église de campagne en une véritable cathédrale comme le fait remarquer en 1959 un journaliste de France Catholique. Il bénéficie pour cela de l’aide puissante des Augustines de Meaux installées à proximité et sait se faire ouvrir toutes les portes: il accepte la présidence de la société de chasse locale et se fait élire trois fois conseiller municipal. En 1973, il participe encore activement à l’organisation du ‘circuit lumineux de la vallée du petit Morin’.

L’adieu de tout un peuple.

De santé précaire, le P. François se sait atteint de psoriasis, mais en juin 1974, il demande une hospitalisation à Coulommiers pour des examens plus approfondis. Une tumeur au cerveau le plonge dans un état d’abattement très rapide. Le dimanche 7 juillet, il meurt des suites d’une hémorragie interne. Les obsèques ont lieu le mercredi 10 juillet en présence du vicaire général de Meaux, Mgr Protat, et d’une foule composée en majorité d’hommes, ce qui est impressionnant dans une région où la religion est toujours considérée comme une affaire de femmes et d’enfants. Il est inhumé au cimetière du lieu, auprès de son prédécesseur, le P. Adolphe Bousquet, au son du Salve Regina.

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Bibliographies

Bibliographie : B.O.A. mars 1975, p. 266. Notice biographique du P. Vandepitte (pour Paris-Assomption). Paris-Assomption, octobre 1974, n° 140, p. I-III?