Francois de Paule (Lucien Paul) BLACHERE – 1871-1950

Portrait d’un Père au cœur d’or.

«Nous gardons du P. François de Paule, par dessus tout, le souvenir de
cette affection, de cette amabilité inaltérable et
de cette charité sincère qui dans notre communauté et dans toutes les
communautés où il est passé, lui ont permis de conquérir tous les cœurs.
Tous ceux qui ont connu le Père François de Paule s’accordent à faire
l’éloge de l’exquise délicatesse de son cœur. Jamais on ne surprit une
parole, même simplement
vive, sur ses lèvres. Il s’attachait à être parmi ses frères un élément
d’union et, pour favoriser la détente des esprits, il s’ingéniait à animer
la conversation par des
‘chistes’ ou des souvenirs qu’il tirait d’une mémoire fidèle et
inépuisable. Dans sa poitrine battait réellement un ‘cœur d’or’,
délicatement sensible aux peines et aux joies de chacun de ses frères,
toujours prêt à leur aider et à les encourager, par les trésors de sa
longue expérience de vie. Son cœur reflétait la patience inlassable et la
tendre compassion du cœur même du Christ. Il avait l’attrait du
confessionnal: on l’a appelé très justement un ‘autre Curé d’Ars’, comme
lui ennemi du diable».P. Carmel Pémoulié
dans Auras de Lourdes (1950).

Religieux de la Province de Bordeaux, missionnaire en Amérique du Sud.

Des liens de famille avec la première Assomption.

Lucien Paul naît à Saint-Gilles du Gard le 21 juillet 1871. C’est chez les jésuites d’Avignon qu’il fait ses études (1882-1890), même s’il se trouve être le neveu de Paul de Pèlerin, un familier du P. d’Alzon. Bachelier, il accomplit son service militaire (1893-1894) et prend contact avec l’Assomption lors d’un pèlerinage à Jérusalem organisé par N.D. de Salut. Le 8 décembre 1894, il prend l’habit à Livry sous le nom de François de Paule et y prononce ses vœux le 8 décembre 1895. On l’envoie à Rome faire sa philosophie et sa théologie (1896-1900), il en revient doublement docteur et profès perpétuel (6 janvier 1897). Il a été ordonné prêtre à Livry le 8 septembre 1898. Sa science le promeut professeur du scolasticat à Louvain (1900-1909); il est ‘déplacé’ en 1909 pour la Bonne Presse et l’aumônerie des PSA à Paris (1909-1911) et, encore à Rome comme professeur (1911-1912), il continue sa collaboration aux Vies des Saints. Il est affecté à l’alumnat d’Elorrio en Espagne de 1913 à 1917. Tous les 6 décembre il se déguise en St Nicolas, chargé d’oranges et d’une petite surprise pour chacun. Innombrables sont les promenades et les excursions qu’il accompagne sur les pics voisins de l’Amboto et de l’Udala.

Un vétéran de la mission en Argentine.

C’est alors que le P. François de Paule s’offre au P. Emmanuel Bailly comme volontaire pour la mission en Argentine, nouvellement créée. Il re- joint, à 46 ans, le P. Séraphin Protin dans une petite résidence au cœur de la capitale argentine, Chacabuco. Il parle mal l’espagnol, ne peut guère prêcher, mais cela ne l’empêche pas de devenir un pilier du confessionnal et du baptistère à Belgrano de 1919 à 1925,

paroisse populaire d’un faubourg de Buenos Aires. Il dira à la fin de sa vie avoir administré plus de 13.000 baptêmes, mais se refusait à toute appréciation quantitative quant aux confessions. Levé dès 3h 30, il passe des heures en adoration à la chapelle et entame, une fois les portes ouvertes, sa journée au confessionnal, véritablement assiégé: il y reçoit un temps le vice- Président de la République et la femme du Président du Sénat, aussi bien que les petites gens. Sa ‘clientèle’ ne cesse de se multiplier car on apprécie sa sagesse, sa bonté et sa faculté à apporter la paix. Il y a gagné la réputation d’un véritable nouveau Curé d’Ars, pourchassant comme lui le diable à grandes aspersions d’eau bénite. En 1927, le P. François de Paule reçoit sa feuille d’obédience pour Santos Lugares qu’il ne va plus quitter jusqu’en 1950, la veille de son départ pour l’hôpital. Le sanctuaire attire les foules et il est, là-encore, l’homme du confessionnal, le directeur spirituel très recherché et le religieux béni auquel on attribue des vertus miraculeuses. Après 1930, on lui demande un temps d’être maître des novices. Sa bonté d’âme lui fait accepter bien ‘des vocations d’hiver’ qui savent abuser de sa crédulité, même de véritables gredins dont il a peine ensuite à reconnaître les fredaines. Il célèbre ses noces d’or sacerdotales le 10 octobre 1948, un peu comme le point terminus de son ministère, tout ce qui lui est octroyé ensuite lui paraissant un surplus inespéré. Il garde, malgré l’âge et la fatigue, un esprit vif et prompt, souffrant surtout du froid qu’un poêle électrique toujours allumé ne parvient pas à endiguer. En fait, le P. François de Paule est atteint d’urémie qu’une analyse de sang en août 1950 révèle d’un taux catastrophique. Le médecin traitant impose une hospitalisation immédiate à la clinique française. Le P. François de Paule y meurt le 2 octobre 1950, vers midi, ayant fait l’admiration du corps soignant pour sa patience et son support des souffrances. Le corps est transféré dans l’après midi à la communauté de Santos Lugares où est aménagée une chapelle mortuaire. Le P. François de Paule est inhumé le lendemain, 3 octobre, au cimetière Saint-Martin dans le caveau des Sœurs de l’Enfant-Jésus, à côté du P. Agapit Genevès.

Bibliographies

Bibliographie Lettre à la Famille 1951, n° 113, p. 27-28 et n° 114, pages 33-34. Lettre du P. Escoubas, 10 janvier 1951. Auras de Lourdes, 1950. Le P. François de Paule a écrit des articles dans la Revue Augustinienne de Louvain, des Vies de Saints dans la collection de la Bonne Presse, des chroniques sur l’Assomption en Argentine dans la revue de l’Assomption… Il a laissé d’autre part à Rome une importante correspondance (entre 1899 et 1938), des rapports sur les maisons d’Argentine et des notes sur sa vie de maître des novices.