François-Joseph THONNARD – 1896-1974

Saint-Gérard, 1952.
« Je viens de recevoir votre lettre et comme je l’ai écrit au P.
Provincial, je n’ai pas d’objection à faire à votre décision. Il me semble
tout simple de faire ce que me demandent mes supérieurs, pour mieux
accomplir la volonté de Dieu. C’est pour cela que je me suis fait
religieux. Comme supérieur, j’ai toujours demandé à mes inférieurs de
prendre mes ordres et directives comme étant l’interprète de la volonté de
Dieu, puisque je m’efforce de les garder toujours conformes à la Règle. Je
suis bien heureux de leur donner l’exemple sur ce point essentiel. J’ai
seulement demandé à mon Provincial de ne pas tarder à quitter Saint- Gérard
afin de ne pas gêner le nouveau supérieur et je serai très heureux d’aller
à Lormoy pour me consacrer aux études augustiniennes. Un seul point me
paraîtrait dur: ce serait de quitter complètement l’enseignement. Si à
Lormoy on avait besoin d’un
professeur de philosophie ou d’histoire de la philosophie, pourrais-je
avoir la permission d’accepter? Cela ne m’empêcherait nullement, je crois,
de faire du bon travail aux études augustiniennes, mais je m’en remets sur
ce point à votre jugement … ».

Religieux de la Province de Belgique-Sud. Dans la tradition philosophique et augustinienne. François-J. Thonnard est né à Barvaux-sur-Ourthe le jeudi 5 novembre 1896, dans le Luxembourg belge. Il est baptisé le lendemain. Le curé de son village lui donne ses premières leçons de latin (1908-1910). En septembre 1910, le jeune homme entre à l’alumnat de Bure. Il est estimé suffisamment mûr pour être envoyé à Ascona en Suisse pour ses humanités (1911-1913). Le P. Damascène Dhers le fait entrer au noviciat de Limpemberg (Grand-Duché de Luxembourg) où il prend l’habit le 14 août 1913. La guerre ayant éclaté et interrompant toutes les relations avec la Congrégation, sa première profession doit être reportée. L’insuffisance de la nourriture aggrave la fatigue des travaux manuels indispensables à la survie, mais le Frère François-J. ne se laisse pas détourner des études, même s’il doit se livrer à la culture des betteraves. Les novices de deuxième année commencent sur place leurs études de philosophie (1915-1917), complétées à Louvain en 1918 et immédiatement suivies des études de théologie (1918-1922). Profès annuel le 19 mai 1918, il est admis à la profession perpétuelle le 16 mai 1921 et ordonné prêtre par Mgr Nicotra, nonce apostolique à Bruxelles, le 23 juillet 1922, également à Louvain. Dès l’année 1922, le Père François-Joseph commence une belle carrière professorale, d’abord à Taintegnies (1922- 1923), puis à Louvain (1923-1924), enfin à Saint-Gérard (1925- 1939). Il consacre tout son temps à l’étude et à l’enseignement de la philosophie, servi par une intelligence de qualité et soutenu par un travail régulier et persévérant. Il s’exprime avec aisance, alors qu’il cherche parfois ses mots dans la conversation ordinaire. Il a le don de présenter une même idée sous divers aspects, de rendre l’enseignement le plus abstrait limpide et aime se livrer, grâce à la technique des interrogations, aux joutes intellectuelles. Il écrit au tableau ses schémas devenus légendaires, illustrant et synthétisant clairement les questions les plus difficiles. Sa vie est conduite avec une régularité toute monacale. Tôt levé, fidèle à tous les exercices religieux communautaires, il se plonge sans perdre une minute dans l’étude et prépare soigneusement ses cours. Après le déjeuner, il aime se retrouver en récréation en compagnie de ses confrères. On lit les journaux et on attend ses commentaires qui donnent lieu à des débats qu’il a l’art de conclure victorieusement et joyeusement. En 1939, ses supérieurs le chargent du supériorat à Saint-Gérard. Cette expérience fait l’épreuve des temps difficiles avec la guerre: Saint-Gérard regroupe tous les étudiants belges philosophes et théologiens, Louvain ayant été détruit. En 1946, il est remplacé comme supérieur par le P.Joseph Maurissen qui en 1948 passe à Hal où sont transférés les théologiens. Page : 67/67 Le P. François-Joseph reprend la charge de supérieur à Saint-Gérard (1948-1952) sans abandonner son cher enseignement. En septembre 1952, il quitte Saint-Gérard non sans émotion pour rejoindre l’équipe des Etudes augustiniennes, établie en France au scolasticat de Lormoy (Essonne). Il continue un temps à y donner un cours d’histoire de la philosophie, mais à la fin de 1954, l’Institut des Etudes augustiniennes est transféré à la rue François ler, à Paris, qui devient sa résidence. Il a tout loisir de mettre à profit sa riche expérience de professeur en se consacrant plus directement à la recherche, prolongeant une oeuvre de publication depuis longtemps déjà commencée. La Bonne Presse a déjà édité ses deux petits livres sur saint Bernard et saint Thomas d’Aquin. Son manuel de Philosophie, paru en 1937, a reçu un grand succès et a consacré sa notoriété dans le monde savant spécialisé. Il renouvelle son Précis d’Histoire de la philosophie, composé à partir de son cours polycopié et traduit en six langues. Il remet à jour les Extraits des grands philosophes dont la première édition remonte à 1946. Tout en étant un fervent disciple de saint Thomas d’Aquin, le Père Thonnard fait allégeance à un autre maître, Augustin, auquel il va donner une place privilégiée dans ses nouvelles publications. Déjà avant d’être rangé sous la houlette du P. Cayré, le Père François-Joseph s’est chargé de la traduction et du commentaire de deux volumes des Oeuvres de saint Augustin, volumes 6 et 7, avec la collaboration du P. Guy Finaert. Il collabore à la publication des Oeuvres du Patriarche de l’Occident, à la Revue des Etudes Augustiniennes et au Bulletin Augustinien. Ses nombreux articles ont été recensés par le P. Ange Brix dans un inventaire bibliographique général publié par une firme américaine à Boston, sous forme de 4 grands volumes: on ne compte pas moins de 40 titres d’études dus au P. François-Joseph, touchant à tel ou tel aspect de la doctrine augustinienne, plus particulièrement la philosophie et la grâce. Il est peu de volumes publiés par la Bibliothèque Augustinienne depuis 1954 que le Père n’ait revu et enrichi de ses notes, notamment les 5 volumes de la Cité de Dieu. La mort vient stopper le P. François-Joseph la plume à la main, à tel point que plusieurs de ses ouvrages ne sont publiés qu’après son décès. Homme de science, le Père est surtout un religieux d’une vie spirituelle profonde. La pensée d’Augustin convient parfaitement à son cœur aussi bien qu’à son esprit. Il a réussi à synthétiser la doctrine spirituelle du Maître dans son Traité de vie spirituelle à l’école de saint Augustin (1959), étude magistrale monnayée dans 50 cahiers de la Vie Augustinienne, parus entre 1953 et 1961. Malgré la forme scolastique donnée à l’ouvrage, il a saisi la profondeur et l’unité d’une doctrine que résume la conclusion: « Tous les aspects de la spiritualité augustinienne se rejoignent dans la charité. L’amour en ce sens est aussi le poids qui les entraîne, l’esprit qui les fait vivre et qui les harmonise en une parfaite unité ». En 1963, le P. François-Joseph fête son jubilé d’or d’entrée au noviciat, préparé par une retraite de trente jours aux Essarts. En 1968, il fête ses 50 ans de profession religieuse à Lormoy. Mais il est atteint d’artériosclérose au cerveau. Le 29 septembre 1969, il regagne la maison de Saint-Gérard. En février 1972, il souffre d’une arthrite aiguë. Son calvaire prend fin le ler mai 1974. Il est inhumé le 4 à Saint-Gérard. 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Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. mars 1975, p. 268. L’Assomption e ses Oeuvres, 1974, n » 579, p. 31. Belgique-Sud Assomption, novembre 1974, ri. 68. Revue des Etudes Augustiniennes, 1974, XX 1-2, p. 2. Lettre du P. François-Joseph Thonnard au P. Wilfrid Dufault, Saint-Gérard, 6 septembre 1952. Dans les ACR, du P. François-Joseph Thonnard, nombreux articles sur le P. d’Alzon et l’enseignement, les manuels de philosophie, rapports sur Saint-Gérard, conférences, correspondances (1919-1959). On doit au P. Thonnard des ouvrages connus dont Précis d’histoire de la philosophie (1937), Extraits des grands philosophes (1946), Précis de philosophie (1950), Vie spirituelle à l’école de saint Augustin (1956), Traité de vie spirituelle à l’école de saint Augustin (1959) … Cf Henri Rochais, Tables des Etudes Augustiniennes (1955-1985). L’Institut d’études Augustiniennes dans A.T.L.P, 1996, n° 129, p. 11-14. Dans le livre du Colloque sur le centenaire de La Croix, J. Prévotat fait allusion à un article analysant les doctrines de Maurras, signé François de Barvaux: il s’agit du pseudonyme du P. Thonnard, mieux connu de ses anciens élèves sous le nom de ‘petit Père’.