Francois-Xavier (Alphonse-C.) LEGRAND – 1868-1946

Merlimont, 1928.
« Voilà bientôt 4 ans que je m’occupe de l’?uvre du P. Halluin. J’ai pu
l’apprécier. Je m’y suis donné corps et âme, à m’en rendre malade. Je l’ai
relevé aux yeux de tout Arras. Les Noëlistes m’ont mis en relations avec
tous les catholiques et j’ai obtenu pour l’?uvre tous les ans depuis 4 ans
tout ce qu’il était possible d’obtenir. J’ai inondé le pays
de lettres de quête;cette quête est tolérée par les pouvoirs publics, il le
faut car nous n’avons plus de quêteur et le P. Félix [Ranc] ne reçoit plus
rien ou, s’il reçoit, ne me donne que des sommes relativement minimes. Les
écoliers, jusqu’à 12 ans, nous donnent beaucoup de consolations à tous les
points de vue; mais dès qu’ils sont apprentis, c’est la misère et
l’immoralité! Il importe de mettre tout à fait à part ceux qui travaillent
en ville et d’avoir de bons prêtres dévoués et zélés pour surveiller tout
ce petit monde.
Ce n’est malheureusement pas le cas pour deux de chez nous. Cazalot est-il
encore religieux’?… Il laisse courir en ville à 1eur guise 1es
apprentis, ne s’occupant pas de leur conduite. On peut faire
des enfants ce qu’on veut, mais il faut un personnel zélé. Viendrez-vous
jusqu’ici ? Une chambre vous attend ».

Religieux de la Province de Paris.

Une mémoire réanimée.

Alphonse-Camille Legrand est né le 2 janvier 1868 à Riencourt-lès-Bapaume (Pas-de-Calais). Il suit les premiers éléments de formation scolaire à Calais, à l’institution-orphelinat Saint-Joseph de Calais (Pas- de-Calais), dirigé par l’abbé Domiencour, tout en assurant pendant 12 ans la surveillance des jeunes. A 28 ans, il est reçu comme alumniste à Mauville (Pas-de-Calais), en 1881. Ses lacunes ne lui permettent pas de suivre une scolarité normale; sans se décourager, il retourne à l’orphelinat de Calais comme apprenti-imprimeur et assure de nombreux services, tout en apprenant suffisamment de latin pour présenter sa candidature à la vie religieuse à l’Assomption. Le 21 novembre 1896, il est admis, sous le nom de Frère François-Xavier, au noviciat de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis). Il y prononce ses premiers v?ux le 21 novembre 1897. Il est dirigé sur la maison de Toulouse (Haute-Garonne) que gouverne le P. Roger des Fourniels et y entreprend des études de philosophie (1898-1900). Profès perpétuel le 21 novembre 1898, il rejoint en mars 1900 la communauté de Bure en Belgique et passe ensuite à Louvain pour ses études de théologie (1900-1902). Il est ordonné prêtre à Malines le 22 février 1902. Chargé de l’économat et de la direction des Frères convers à Louvain (1902-1906), il assure divers services selon sa fiche de renseignements: Sart-les-Moines, del9O6 àl9O7, Louvain à nouveau, de 1907 à 1919, pour l’économat et le recrutement des pèlerins pour Jérusalem, Taintegnies, de 1919 à 1924, pour l’économat, et enfin l’orphelinat d’Arras, de 1924 à sa mort, survenue le 22 juillet 1946. Il est inhumé à Arras.

Dernier message.

En 1946, désorganisation et pénurie sont le lot de bien des régions d’Europe du Nord,

à peine sorties des bombardements de la guerre. Au mois de juin 1946, l’Assomption est en chapitre général. Ce fait pourrait expliquer en partie le silence qui entoure la mort du P. François-Xavier Legrand au mois de juillet. Les archives romaines conservent de lui une dernière missive écrite au P. Gervais Quenard, en date du 15 janvier 1945, où l’on perçoit la tourmente du temps, la perturbation des esprits et des conduites ordinaires, mais aussi la fatigue de ce religieux vieillissant. Nous la donnons en témoignage de ses derniers jours: « je demande à Dieu de donner à l’Assomption de bons religieux selon les désirs et l’esprit du Père d’Alzon. J’ai constaté qu’il y avait chez plusieurs un esprit qui était plutôt communiste que chrétien et j’en ai beaucoup souffert. Je prie pour la conversion des âmes. Notre-Dame de La Salette a dit à Mélanie qu’à une certaine époque il entrerait dans le clergé et dans les couvents des hommes sans vocation qui y conserveraient leurs vices! je crois qu’il y en a chez nous!… Il faudra après moi trouver un économe quêteur, surtout qu’il entretienne des relations avec les bienfaiteurs et qu’il passe la moitié de son temps à leur écrire. J’ai de cette façon entretenu d’affectueuses et généreuses sympathies. Malgré la guerre, on nous a beaucoup donné pour l’orphelinat et pour l’alumnat. Ma santé n’est pas brillante. Je viens d’avoir une vilaine grippe qui dure encore. J’ai 77 ans, j’ai atteint le terme de mon pèlerinage terrestre. Je vous demande la permission de passer du temps à l’éternité. Je vous demande pardon de toutes les bêtises de ma vie! Le P. Marie-Michel Cornillie m’a dit que je ne devais plus envoyer de lettres aux bienfaiteurs, mais ce que c’était lui qui devait écrire. J’ai même déchiré deux lettres de quête pour rester dans l’obéissance. Croyez, mon bien cher et révérend Père, à mes sentiments les plus affectueux dans les c?urs si bons de jésus et de Marie ».

Il y a au moins une souffrance ou tribulation qui va être épargnée au P. François-Xavier Legrand, celle de l’incendie criminel de deux ailes du bâtiment Halluin, le 14 octobre de cette année 1946. On aurait aimé conserver une correspondance du P. Rodolphe Martel, responsable de l’orphelinat, si elle a existé, relatant les derniers moments du P. François-Xavier Legrand.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Dans les ACR, du P. François-Xavier Legrand, nombreuses correspondances (1900-1945). [Du fait de sa mort, à l’issue de la seconde guerre mondiale, aucune notice biographique n’a été consacrée au P. François-Xavier Legrand]. Lettre du P. François-Xavier Legrand au P. Gervais Quenard, Merlimont, 27 juillet 1928.